‹ Théodicée chrétienne; ou, Comparison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 28 sur 58 · ESSENCE ET PEBPECTI0N8 DIVINES · texte numérisé non relu

ESSENCE ET PEBPECTI0N8 DIVINES

un bel hymne , et rendu à la majesté suprême la plus parfaite adoration dont nous soyons capables. 11 est triste et glorieux à la fois de confesser notre impuissance. Ce sentiment n'était pas inconnu à Fénclon lorsqu'il s'écriait : « 11 m'étonne et j'en suis ravi. Je succombe en le voyant , et c'est ma joie. Je bégaye, et c'est tant mieux de ce qu'il ne me reste plus aucune parole pour dire ni ce qu'il

est, nicequejenesuispas Quand je parle de

lui, je trouve toutes mes expressions basses et imputées. Je reviens à l'être, je m'envoie jusqu'à celui qui est , je ne suis plus en moi-même , ni moi-même; je passe en celui qui était, en celui qui est, je le vois, je me perds; je l'entends, mais je ne saurais me faire entendre : ce que je vois éteint toute curiosité; sans raisonner, je vois la vérité universelle : je vois et c'est ma vie ; je vois ce qui est, et ne veux plus voir ce qui n'est pas. Quand sera-ce que je verrai ce qui est, pour n'avoir plus d'autre vue que cette vue fixe? Quand seraî-je par ce regard simple et permanent uni à lui? Quand est-ce que tout moi-même sera réduit à cette seule parole immuable : Il est, il est, il est*? w

* Fénelon , Tniité fie Vexistence de Dieu,

DIXIEME LEGON. .

HISTOIRE DU DOGME DE LA TEnCITi.

L'intelligence aspire à une connaissance distincte de Dieu ; c'est par le dogme de la Trinité qu^elle y arrive. — Marche du rationalisme par rapport à ce dogme ; importance qu'il y attache aujourd'hui. — Histoire du dogme de la Trinité ; il ne faut pas chercher son origine dans les doctrines théologiques et philosophiques de Fancien monde.

— L'Inde ; idée générale de la civilisation indienne et de l'état actuel de nos connaissances à ce sujet. — Deux é|x>qnes dans la religion hindoue , Tépoque védique et réjM>-

iue héroïque. — Cosmogonie du Rig-Véda ; cosmogonie e Manou ; dogme fondamental de la religion hindoue à sa première époque. — Trimourti ; son origine; sa signification.— La Grèce et Platon : à quelle époque on a commencé d'attribuer une triuité à Platon ; contradiction des divers interprètes; Alcinoiis; Numéniiis d'A|>araée; Plotin ; Proclus. — But de ces diverses théories de la Trinité. — Sentiment des Pères sur la trinité platonique.

— La question doit rtre résolue d'après les écrits authentiques de Platon, vains efforts i)our y trouver une trinité.

— Conclusion générale de toutes ces recherches ; le dogme chrétien étant contradictoire aux théories antiques n*en peut être une transformation ' .

Lorsque l'intelligence éclaiiée par la lumière de la révélation cherche dans une profonde nié-

* Auteurs à consulter : i° Notice sur les P'édas, par Colebrooke ; 2* Essdix sur in Pliilosoplùc des Hindous , par CoK*brooke, traduit de l'anglais par M. Pautliier; 3** Alditrwfi' DharntaSdstra, traduit par M. Ix)ise!eur'Des1ongchanips; 4" Die Rcli^ons^Systrm der Ucidnisc/ten VMer des Orienta y Stulir, Berlin, 1836; 5" Die philosophie im fortf^art*^ der JVelt^schichte y AVindisclnnann , Bonn, 1832. Sur Platon : i" Pelau , de Trinitate y t. II; 2° L'excellente Dissertation sur la Trinité platonif/ue dans le commentaire du Timée , par M. H. Martin.

ditation à s'ëlever à la pure notion de Dieu , elle voit successivement disparaître toutes les conditions de l'existence des êtres finis ; elle voit, avec une évidence absolue, qu'aucune de ces manières d'être ne peut convenir à l'infini. L'infini se dégage de toutes les conditions de contingence, de multiplicité, de divisibilité, de succession; il se dégage de l'étendue et de la matière, de l'espace et du temps, du monde des corps et du monde lies esprits. L'infini se retire en quelque sorte dans le sanctuaire inviolable de son unité absolue.

Arrivés à cette hauteur, nous voyons l'Être dans sa plénitude, et aussi dans sa parfaite simplicité : une seule et même perfection qui renferme tout; un seul et même acte qui épuise tout.

Elevée au-dessus d'elle-même et du monde, sortant d'elle-même et oubliant le monde, l'âme contemple TÈtre dans toute sa pureté. Elle voit une lumière infinie , un océan de vie sans fond et sans rives. Tout y est : toute perfection, toute vérité, toute beauté, toute bonté, y sont; mais d'une manière incompréhensible et mystérieuse, c'est-à-dire infinie.

Il faut que l'esprit s'efforce de se tenir à cette vue simple, à cette affirmation absolue. H faut y rester pour se dégager peu à peu de tous les fantômes de l'imagination, de toutes les notions, de toutes les idées finies de la raison. Il faut y rester; car c'est en persistant dans cette vue qu'on voit poindre, au sein de ces ténèbres divines, de cette

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obscurile mystérieuse, un rayon lumineux qui nous laisse entrevoir les ineflables mystères de Tessence divine.

Quelque sublime que soit la vue simple, Taflirmation de lexistence et de Tinfinité de Dieu, quoique cette vue soit la source de toute lumière, de toute espérance, et de tout bonheur, comme elle est nécessairement obscure et confuse, Tintelligence ne peut s'en contenter. Elle aspire à une connaissance plus distincte; que dis-je? elle ne met pas de bornes à ses désirs; elle voudrait connaître comme elle est connue, elle voudrait surprendre le secret de la vie divine. Noble curiosité et bien glorieuse à Thomme ! là se révèle toute la sublimité de sa destinée.

Pour satisfaire cette aspiration, que la bonté divine excite elle-même dans nos âmes, il lui a plu de nous révéler le mystère de son essence. Dieu nous a révélé qu'il y a une trinité dans son unité. Le dogme de la Trinité, ce grand objet de la révélation chrétienne, cette base fondamentale du christianisme, est le complément nécessaire de ridée de Dieu. L'homme était à jamais incapable d'aucun progrès réel dans la connaissance de l'unité absolue, si cette unité ne s était pas manifestée dans la Trinité; et cette grande lumière n'éclaire pas seulement l'Être divin, elle étend ses rayons sur l'ame et sur le monde, pour en dévoiler les lois les plus profondes.

Nous arrivons ici, Messieurs, à un des objets

TBIMITÊS UIMDODB £T PLATONIQUE. 22 i

les plus importants de cet enseignement; j ai de graves devoirs à remplir, et j'en sens tout le poids. La première question qui se présente est celle de Torigine de ce dogme Nous nous trouvons' ici, comme sur tous les autres points, entre deux assertions contradictoires; ie christianisme as* sure que le dogme de la Trinité est d'origine divine; le rationalisme soutient au contraire que ce dogme n'est qu'une pure conception humaine» 11 est curieux d'observer la marche du rationa* lisme moderne par rapport à ce mystère. Que pouvait être ce dogme pour la philosophie sensualiste du dernier siècle, et pour l'école encyclopédiste? Vous n'ignorez pas avec quelle coupable légèreté Voltaire s'est exprimé sur le plus saint et le plus profond des enseignements dogmatiques. Ses amis les plus modérés ne voyaient dans la Trinité qu'un assemblage d'idées incohérentes et de mots vides de sens. Les temps sont bien changés, Messieurs, le rationalisme tient aujourd'hui un langage bien diiïérent. Ce dogme, que, dans sa langue sacrilège, Voltaire appelait une bagatelle j est devenu pour les disciples avoués du philosophe de Ferney la loi fondamentale de la vie, et Texplication universelle. Aussi, avec quel zèle ne s'est-on pas mis à l'œuvre, pour découvrir et constater cette loi; et les vingt dernières années nous ont gratifiés d'une demi«douzaine de trinilés : nous avons la Irinité hégélienne^ la trinité saint-simonienne, deux ou trois

226 MUÈME LEÇOK.

trinités progressistes, et une trinitë éclectique.

Toutes ces théories ne sont, pour Técole rationaliste, que des conceptions humaines, des |)erceptions plus ou moins incomplètes de la loi de la vie. Et comme Thomme a eu toujours le sentiment de cette loi , on soutient que la notion de la Trinité se trouve dans toutes les religions antérieures au christianisme, ainsi que dans les systèmes philosophiques les plus célèbres; et que le dogme chrétien n'a été qu'une simple traus^ formation de ces dogmes antiques. Développement naturel de la pensée humaine , la conception chrétienne elle-même ne serait qu'une forme passagère, qui un jour sera dépassée par le progrès des esprits; et déjà les théories de nos philosophes, et leui*s nouvelles trinités, se présentent pour recueillir la succession du dogme clirélien.

Avant d'examiner ces spéculations modernes , il est nécessaire de poser d'une manière nette et précise le dogme chrétien ; et pour arriver à ce but, il faut en étudier l'histoire et en exposer la théorie.

Trois questions principales domineront toutes nos recherches. Première question : le dogme chrétien de la Trinité est-il une pure transformation des théories théologiques et philosophiques de l'ancien monde? Deuxième questioki': quelle est la véritable origine, la nature, le développement historique de ce dogme? Troisième question enfin : ce dogme n'est-il qu'un assem*-

blage de mots vides de sens ou une simple perception des lois de la vie et de la raison ? ou bien, y trouvons-nous le complément divin et nécessaire de ridée même de Dieu, la plus haute explication de la vie divine, la source de la vraie science de nous-mêmes et du monde? Lorsque ces diverses questions auront reçu une solution, il ne nous sera pas difficile de déterminer le véritable caractère des trinités rationalistes.

En posant ces questions, je viens de vous donner le plan de nos leçons sur la Trinité; vous voyez qu'il n'est que la mise en œuvre de notre méthode elle-même, il e^l inutile sans doute de vous signaler Timportance des nouvelles études qui s'ouvrent aujourd'hui pour nous.

Dans cette leçon, nous allons nous occuper immédiatement de la première question : le dogme de la Trinité est-il une hansformation des doctrines antiques du polythéisme? Pour la résoudre, il est nécessaire de connaître ces doctrines; lorsque nous les aurons étudiées, nous pourrons établir entre elles et le christianisme une comparaison qui nous donnera la solution du problème. Mais cette étude est vaste ; pour l'abréger, et en même temps pour la rendre plus féconde, nous nous arrêterons seulement aux doctrines principales, et qui expliquent toutes les autres. En Orient, nous ne verrons donc aujourd'hui qu'un seul peuple; en Grèce, qu'un

seul philosophe ; mais les doctrines de ce peuple

7iê DïXïtUE LiÇOK.

nous dontieroui resprit de toutes les antiques traditions théologiques du polythéisme; et le& théories de ce philosophe nous feront connaître la plus haute spéculation de la philosophie hu* maine; nous étudierons donc Tlnde et Platon.

Au seul nom de Tlnde et du peuple hindou , l'imagination se représente un des plus étonnants phénomènes que renferment les annales de rbumanité. Une antiquité qui remonte presque à Fépoque diluvienne; des livres postérieurs seulement de deux ou trois siècles à ceux de Moïse ; une doctrine qui renferme de hautes vérités, mêlées aux fables les plus absurdes et les plus monstrueuses; la métaphysique la plus subtile à côté de la poésie la plus hardie ; des épopées aux proportions gigantesques; un art qui taille et sculpte dans le roc des temples immenses; à côté des monuments de la foi la plus aveugle et la plus superstitieuse, une "pliilosophie qui connaît tous les systèmes et toutes les négations ; avec cette audace et ce dérèglement de la pensée, Timmobilité la plus absolue dans les institutions sociales; Tavilissement , la dégradation de Thomme consacrées et maintenues par la loi religieuse et politique ; tels sont les traits généraux que nous présente cette étrange civilisation.

Cependant on n'a pas craint de compaier les fables hindoues , caractérisées par les écarts d'une imagination délirante, et presque toujours

empreintes d'une profonde immoralité, aux plus saints , aux plus purs , aux plus profonds des mystères. Que dis-je? l*engouement indianiste est ailé jusqu'à donner à ces fables la préférence sur les dogmes chrétiens. Mais, quand on va au fond de toutes ces traditions, de toutes ces doctrines, on trouve qu'elles reposent sur une donnée dogmatique fausse et funeste; et, quand on sait que le vrai seul est beau , on n'est pas tenté de confondre l'exagération et l'enflure avec la gi*andeur; l'extravagance avec l'imagination, et une stérile abondance avec la vraie fécondité.

Ce qui favorise les méprises dans lesquelles on tombe sur le peuple hindou , c'est l'imperfection de nos connaissances relatives à ses monuments écrits et à son histoire. 11 y a cinquante ans que nous n'avions sur l'Inde que les notions les plus vagues , les plus incomplètes. Notre initiation à l'indianisme ne date véritablement que des travaux de l'Académie de Calcutta. William Jones, Willford, Colebrooke ont ouvert à la science cette voie nouvelle.

Vous savez que les quatre Védas sont les livres sacrés de l'Inde. A côté des Védas , se place le code de Manou , qui nous représente la plus ancienne législation de l'Inde, et l'état primitif de cette civilisation. Les Pouranas contiennent les légendes mythologiques; enfin, il y a les deux grands poèmes épiques, le Mahabliarata et le Ramayana. De tous ces monuments, qui, seuls

avec leurs appendices , formeraient une bibiiotlièque considérable, nous possédons une traduction du code de Manou, par M. Loiseleur- Deslongcharops ; une analyse très- précieuse des Védas par Colebrookc ; un travail du même auteur sur les systèmes philosophiques hindous; quelques extraits, quelques morceaux des Védas et surtout des Oupanichas, (|ui sont la partie dogmatique de ces livres; enfin quelques passages des Pouranas et des grandes épopées. Telles sont les sources, et tels sont les monuments d'après lesquels nous devons nous former une idée des doctrines hindoues. Les Allemands se sont livrés à cette étude avec un grand zèle; ils ont vouiu coordonner toutes les parties de la doctrine hindoue, et interpréter ses symboles. Dans ces recherches, l'arbitraire s'est fait une large part; chaque critique a émis un système particulier. Celui qui résuma ces travaux, il y a quel(|ues années, Creuzer, est déjà un peu vieilli ; le véritable état de la science nous est aujourd'hui représenté par Stuhr.

D'îiprès ce savant , il faut distinguer deux é{x>ques principales dans la religion des Hindous : l'époque védique ou primitive, et l'époque héroïque ou mythologique. Les Védas, dans leurs parties les plus antiques , et le code de Manod, sont les monuments de la première rpcMjiie; les épopées et les Pouranas, ceux de la seconde.

Je n'ai pas à faire ici un résumé de toute la doctrine religieuse de Tlnde ; une seule question doit nous occuper : y a-t-il dans la religion hindoue une notion de la Trinité', et quelle est cette notion ?

Étudions d'abord l'époque primitive, Tépoque védique. Voici la cosmogonie du Rig-Véda : cf Alors il n'existait là ni être, ni non-étre; ni monde, ni ciel, ni quelque chose au-dessus de lui, rien, enveloppant ou envdoppé ; ni eau; tout était profond et dangereux. La mort n'exis* tait pas ; alors il n'y avait pas d'immortalité , ni distinction de jour et de nuit. Mais celui-là ^ lui respirait sans aspiration , sans souffle , seul avec elle dont il soutient la vie dans son sein. Autre que lui , rien n'existait qui depuis ait existé. Les ténèbres étaient là ; cet univers était indistinc** tible comme les fluides mêlés dans les eaux ; mais cette masse, qui était couverte d'une croûte, fut à la (in organisée par le pouvoir de la contemplation. Le premier désir fut formé dans son intelligence; et il devint la semence productive originaire.... Cette semence productive devint autrefois providence ou âmes sensibles , et matière ou éléments ; elle , qui est soutenue par lui dans son sein , fut la partie inférieure; et lui, qui observe, fut la partie supérieure. Qui connaît exactement, et qui pourra affirmer dans ce monde, d'où et comment cette création a eu lieu ? Les dieux sont postérieurs à

330 mziftiic lêçoêl

cette production du monde. Ak>rty qui peut savoir d'où elle procède, et d'où ce inonde si varié est sorti; s'il se soutient luFinénie ou uou? Celui qui y dans le plus haut des cieux, est le gouverneur et l'ordonnateur de cet univers, doit le savoir certainement ; mais, aucun être ne peut posséder cette connaissance ^ n

Que voyons-nous dans cette cosmogonie? l'ii premier principe dans lequel se trouve une dualité primitive, lui et elle. Ce premier principe possède Fintelligence, de TinteUigence nait le désir, et du désir procède la semence créatrice, qui devient toutes choses.

Dans un autre récit, la création nous est présentée comme un vaste sacrifice, dans lequel la divinité s'immole elle-même pour donner naissance au monde, a Celte victime était liée avec des liens de chaque coté, et étendue par les efforts de cent un dieux, qui lièrent, façonnèrent et placèrent la chaîne et la trame. Le premier mâle étendit et enroula cette toile, et la déploya dans le monde et dans le ciel.... Quelle était la dimension de cette victime que tous les dieux sacrifièrent? quelle était sa forme? quel était le motif, la mesure, Toblation et la prière ? D'abord fut produit Ga/rJtri, accompagnée du feu; ensuite le soleil, Sai^itri, accompagné A'Ouchnih ;

• Notice sur les Fédas, par Colebrooke , traduite de Tanglaii par M. Pwidiier.

TRINITÉS HINDOUE ET PiATOMIQUE. 231

ensuite la lune splendide^ avec Anouchtubh ei avec les prières.... Tons les éléments, les sages et les hommes furent formés par ce sacrifice universel*. »

Dans cet extrait , la pensée est plus claire; la divinité y est représentée comme la substance universelle, qui devient successivement tous les éléments et tous les êtres; et, par une conséquence très-naturelle, tous ces éléments sont personnifiés et divinisés. Aussi, les divinités secondaires sont-elles très-nombreuses dans les Vé« das ; elles égalent le nombre des phénomènes naturels, l^s commentateurs les ont réduites à trois classes, représentées par le feu, Tair et le soleil, Agni^ Fàyou et Adityu; et ces trois dieux ne font qu'une seule divinité, la grande Ame, Mahàn-^tma.

Si on s'en rapporte donc aux gloses jointes aux textes des Védas, il y aurait, dans ces livres sacrés, un ternaire de forces divines, le feu, l'air et le soleil; et ces trois divinités se confondraient dans une unité commune, le grand Toul , la substance universelle.

Ces conjectures sont confirmées par Cole* brooke, qui conclut par ces paroles ses recherches sur les Védas : « La doctrine réelle de l'Écri* ture indienne est l'unité de la Divinité dans laquelle l'univers est compris; et le polythéisme

^ Notice sur les Fédas, par CoWbrooke.

253 DIXIÈME LEÇOR.

qu'elle présente offre les éléments , les étoile5s , les planètes^ comme des dieux. »

Postérieur aux Yédas, le code de Manou se rattache cependant à la première époque de la religion indienne. Il serait ti*op long de citer ici la cosmogonie remarquable qui se trouve en tête de ce livre : je me contenterai d'une courte analyse.

Nous voyons d'abord un monde plongé dans Tobscurité, imperceptible, indiscernable. L'être qui est par lui-même, le seigneur, veut faire (émaner de sa substance les diverses créatures. Il produit d*abord les eaux ; dans les eaux il dépose un gernie, l'œuf cosmique. Brahma lui-même y prend naissance. Âpres avoir habité en cet ceuf une année de Brahma , le Seigneur, par la seule pensée, le sépare en deux parts, dont il forme le ciel et la terre. De l'âme suprême, il exprime le sentiment, et le moi ; mais avant le sentiment et la conscience, il avait produit le grand principe intellectuel , les trois qualités , les cinq organes de l'intelligence, les cinq organes de Tachon, et les nuliments des cinq éléments; enfin, avec ces principes et ces éléments il forma tous les êtres \

Nous retrouvons ici bien évidemment la doctrine du Rig-Véda, un principe suprême (|ui s'émane en des productions toujours décroissantes,

* Mânnva^Dlwrma^Snstra ou Lois de Manou, fradiiites par M. Loiselenr-Deslongchamps y liv. I , c. i.

jusqu'à ce qu'il atteigne le dernier degré de Tétre.

Dans le livre de Manou y comme dans les Vé« das, on voit aussi une mythologie composée de dieux, jde demi-dieux, de génies, de géants, etc. Tous ces êtres sont des personnifications des attributs divins, et des éléments terrestres. On y reconnaît les créations fantastiques d'une imagination déréglée.

Tel est le dogme fondamental de la religion hindoue à sa première époque, d'après ses monuments sacrés. Au milieu de cet amas incohérent de vérités et de fables ; au milieu de la divergence des interprétations qu'on a essayées, une chose est certaine, c'est que le fond de ce système est la doctrine de l'émanation. J'y vois donc la confusion de Dieu avec le monde. Le monde n'est pas tiré du néant par une puissance infinie, qui reste toujours au-dessus de ses produits et distincte de son œuvre; Brahma, faisant émaner le monde de sa propre substance, passe dans le monde, et dans tous les êtres. Il se perd dans cette multiplicité infinie, pour se retrouver ensuite et rentrer en lui-inéine par l'absorption finale de tout ce qui est émané de lui. Très-conséquemment à cette vue, la nature est divinisée et adorée dans toutes ses parties. « Cet univers est réellement Brahma ; car il sort de lui , il se plonge dans lui, il se nourrit de lui : par conséquent, il faut le révérer et l'adorer*. »

' Colebrooke , quatrième Essai, système Fédanta.

286 DIXlfeMF. LBÇO?«.

Comment apercevoir dans ce système la vraie uotion de la Trinité? Je cherche en vain ; je vois bien, il est vrai, une distinction entre Brahm, l'être latent, Tétre caché dans ses ténèbres divînes, eX Brahma^ Télre actif, et producteur du monde ; je vois bien que Brahma devient créateur par rintelligence et la pensée; mais cette distinction n'implique pas deux personnalités dans rÊtre divin; ce sont deux aspects divers, deux états différents, et voilà tout. N'est-tl pas évident aussi que ces innombrables émanations de Tessence divine rendent toute vraie trinité impossible? Il n'y a plus de trinité en Dieu; il n'y a qu*une multiplicité infinie. Et même, quand on admettrait des émanations plus parfaites les unes que les autres ; quand on placerait à la tête de toutes les émanations secondaires ce ternaii*e de forces divines, que nous avons signalé, d'après les gloses, et d'où tout le reste dériverait, on n'aurait rien gagné; car, dès qu'on divise TÉtre divin, dès qu'on fait partager Tessence divine par la multiplicité créée, on rend impossible toute vraie trinité*.

La réduction des émanations principales à un

^ Dans cet exposé nous avons admis, avec la géncralité des interprètes, que le fond des doctrines védiques était un système unitaire. Mais peut-être pourrait-on soutenir avec antant de liaison que le dualisme en était l'essence. En efTet, pourquoi lui et elle dans la cosmo^'onie du Ri^'-Véda ? poui*quoi Brahma et Atma dans celle de Manou? Y aurait-il 1j\ quelque trace d'une matière éternelle et oéceMaire?

TRINITÉS milDOUB ET PLATONIQUE. 2S5

lemairepnfnitir, qui déjà se montre, mais faiblement à répoque védique, devient très-manifeste dans rëpoque héroïque, et forme même un de ses caractères principaux.

Vous connaissez la trimourti indienne, com« posée de Brahma , de Vichnou et de Siva. L'introduction de cette trimourti est relativement moderne, puisque dans les Védas et le code de Manou, Vichnou et Siva sont à peine nommés ; et jamais il n'y est fait aucune allusion à leurs cultes, qui devinrent plus tard dominants dans rinde. Je n'entrerai pas dans l'exposé des systèmes par lesquels on veut expliquer la forma» tion de cette trimourti. On suppose que, pour apaiser les luttes et les rivalités des diverses sectes religieuses qui désolaient l'Inde, une pensée politique et philosophique, conforme d'ail* leurs à l'esprit intime de la doctrine hindoue, réconcilia les trois cultes rivaux, en identifiant en une seule pei'sonne divine les trois principales divinités, Brahma, Vichnou et Siva. Une appréciation rapide de cette trimourti sera suffisante pour notre but.

La religion des temps héroïques de l'Inde, retracée dans les grandes épopées et dans les Pouranas, porte un caractère systématique et philosophique étranger à la première époque. On y reconnaît le travail d'une pensée déjà exercée; aussi tout s'éclaircit et devient facile à saisir.

Nous avons vu que Bi-ahm j lorsqu'il crée , prend le nom de Bralima. Brahnia est Fénei^ créatrice, la première force, et, en même temps, la chose créée elle-même. Pourdurer, cette création de Bi*ahma demande une action conservatrice et protectrice ; de là une seconde énergie , qui conserve et perpétue les formes produites par Tacte créateur. Cette seconde énergie est personnifiée dans Fichnou. Cependant tout nait pour mourir; la vie n'est qu'une suite de changements et de transformations, il y a donc une troisième énergie qui détruit pour renouveler; il y a le terrible Siva, dieu de la mort et de la destruction. Chacune de ces trois énergies personnifiées et déifiées a auprès d'elle une compagne, une déesse, qui reproduit des qualités analogues à celles du dieu ; et de leur union proviennent des générations infinies de dieux secondaii^es. On reste confondu devant la quantité de fables que l'imagination des Hindous a enfantées sur ces trois divinités el leur progéniture. Dans ces récits , ces divinilés paraissent absolument distinctes entre elles, puis(|irelles se font des guerres cruelles, et cherchent à se détruire. Après avoir poui^uivi longtemps le vieux Brahma, comme un être dégradé, comme un scélérat, les dieux plus nouveaiix, Vichnouet Siva, sont même parvenus à le chasser de $on trône; et son culte est presque entièrement aboli dans l'Inde. Du reste, ces trois divinités paraissent toujours subordon-

TRINITÉS HINDOUE ET PLATON J(^UK. 2o7

nées an dieu suprême, et sous sa dépendance absolue. Touterois, dans le Bagavatta, la pensée philosopliique, pour arriver à Tunité, a voulu effacer cette subordination et cette dépendance, en présentant les trois personnes de la trimourti comme trois as}>ects d'une même divinité identifiée avec le monde*.

Est-il nécessaire d'établir un parallèle entre cette trimourti et la Trinité chrétienne? N'est-il pas évident que cette trimourti inférieure au Dieu suprême; cette trimourti, simple personnification des trois attributs de production, de conservation et de destruction, rapportés à la cause suprême confondue avec le monde et la \ie universelle, n'a aucun rapport avec la Trinité véritable? M'arrêler a prouver l'évidence, ce sellait perdre le temps. Aussi, (|u'est-ii sorti de cette théologie hindoue? le panthéisme le plus absolu qui jamais ait paru, le panthéisme védantiste ; et ce panthéisme est la doctrine orthodoxe de rinde.

Ainsi, cette assertion répétée avec tant d'assurance, que le dogme du Verbe et de la Trinité est l'essence de la rehgion des Hindous, part nécessairement de l'ignorance, de la légèreté, ou d'un esprit de système poussé jusqu'à l'aveuglement. Je ne veux pas nier, sans doute, que des

* Sur U Trimourti, voyez Creuzcr, Religions de V Jnti* f/uité , t. I, liv. 1.

238 DIXIÈME LfcÇON.

yeux exercés ue puissent découvrir çk et là^ dans les traditions indiennes, quelques traces de vérités plus hautes, quelques rapports avec des mystères plus saints. Mais ce n'est pas ce qui domine, ce n'est pas ce qui constitue Tesprit intime des doctrines hindoues. Ces restes sont là comme des idées étrangères, qui ne se lient pas, ne se marient pas avec le système prédominant, et ne peuvent se fondre avec lui ; et, semblables à ces débris de colonne rongés par le temps, et devenus des masses informes, ils seraient tout à fait méconnaissables, si on n'empruntait pas ailleurs la lumière qui peut les faire reconnaître.

Si le temps nous le permettait, nous pourrions faire sur TÉgypte, la Perse, la Grèce antique, le même travail que sur Tlnde. Nous retrouverions partout un thème diversement modifié, mais le même quant au fond ; et par conséquent notre conclusion ne pourrait élre différente.

Puisque la théologie antique ne nous fournit aucune vraie notion de la Trinité, adressons-nous à la philosophie, qui sera peut-être plus heureuse; étudions-la dans son plus illustre représentant, dans Platon.

Vous n'ignorez pas, Messieurs, que Platon a reproduit les doctrines d'Orphée et de Pythagore ; et que nous trouvons dans ses écrits la philosophie ihéologîque la plus élevée de l'antiquité. Y a-t-il une trinité dans Platon? I)'al>ord il est

nécessaire de fixer Tépoque où on a coninieucé de lui attribuer cette doctrine. Croyez-vous que ce soit du vivant de ce philosophe, ou dans les temps peu postérieurs? non : c'est après la diffusion du christianisme et du dogme de la Trinité dans le monde^ au second siècle de Tère chrétienne, cinq cents ans environ après Platon, que les philosophes syucrétîsles ont voulu trouver dans ce philosophe une trinité. Toutefois chaque commentateur a interprété Platon d'une manière différente, et nous avons autant de trinités platoniques que d'interprètes de Platon.

Ainsi, au second siècle, Âlcinoûs voit dans Platon une sorte de trinilé, dont les trois per^ sonnes sont : 1^ Tintelligence suprême, cause

du monde; 2^ Tintelligence de Tâme, ordonnatrice du monde; 3Tâme du monde elle-même. Mais Âlcinoûs considère-l-il ces trois personnes comme un seul Dieu? C'est ce qui est fort douteux.

ku commencement du m'' siècle, Numénius d'Apamée distinguait trois personnes divines: 1* le père du monde, c'est-à-dire le premier principe, l'unité, le souverain bien; 2^ l'auteur du monde; 3^ enfm le monde lui-même. Mais, selon Proclus, Numénius considérait ces trois personnes comme trois dieux.

Vers la même époque, Plotin proposa une trinité nouvelle, qui se composait: 1° de l'unité absolue; 2^ de l'intelligence supérieure au monde;

7k0 DIXIÈME LEÇ03I.

3* de rame universelle du inonde. Ce philosophe subdivisait ensuite les deux seconds principes de sa trinité intelligible en diverses émanations. ^ aurait-il dans la théorie de Plotin des vues qui paraîtraient se rapproclier davantage de la doctrine chrétienne, on ne pourrait rien en conclure en faveur de Platon , car Plotin fut disciple dWmmonius Saccas , apostat du christianisme. Il serait donc naturel de considérer les théories élevées de Plotin comme un emprunt fait au christianisme. Toutefois, le svstème de Fémanation, enseigné par ce philosophe, met un intervalle immense entre sa doctrine et la doctrine chrétienne.

Proclus modifia encore la théorie de Plotin, et introduisit dans sa trinité de nouvelles divisions et subdivisions, qu'il serait beaucoup trop long d'énumérer.

Toutes ces théories contradictoires étaient dans Platon , selon les néoplatoniciens; et ils cherchaieiil a les justifier par les écrits du maître. Alors on torturait les textes, on faisait dire au plûlosoplic d^Athènes ce qu'il ne dit pas. Ainsi, chaque uttribut et chaque opération du Dieu suprême, indiqués dans les écrits de Platon , étaient personnifiés par ses nouveaux disciples, et donnaient une hypostase divine ou du moins une subdi\ision d'hypostase.

Quel pouvait élre le but de tant d'eiTorts? Les néoplatoniciens disputaient le monde au christia-

nisine ; et, ne pouvant se dissimuler entièrement la supériorité de la théologie chrétienne, ils voulaient opposer une trinité platonique à la Trinité des divines révélations.

Il est vrai que les philosophes païens ne furent pas les seuls, à cette époque, qui signalèrent une trînité dans Platon. Dans une intention bien différente, les Pères de TÉglise s'appliquaient à montrer certains rapports entre les théories platoniciennes et la doctrine chrétienne. Saint Justin et saint Augustin trouvaient dans Platon des traces des deux premières personnes, du Père et du Verbe; et Théodoret, adoptant les interprétations néoplatoniciennes, ne faisait pas difficulté dy reconnaître une ébauche de la troisième personne elle-même. Mais les Pères, à l'unanimité, ne voyaient dans la philosophie platonique qu'un faible écoulement de la vérité, m^nifeslée pleinement par le christianisme.

Si, après avoir jelé un coup d'œil sur ces interprétations si diverses et si opposées entre elles, nous retournons à Platon et à ses écrits authentiques, il me parait évident qu'on ne peut lui attribuer aucune vraie connaissance de la Trinité. Sans entrer dans aucune discussion 6ç textes, quelques simples remarques, et qui porteront sur l'ensemble de la doctrine, et non pas sur des passages isolés , dont le sens est toujours plus ou moins arbitraire, me paraissent suffisantes.

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Dans le «yslème de Platon ^ il y a deux poÎDta absolument certains ; et un troiaième trèa-probable. Les deux points certains sont : la nécessité de la matière incréée, et riufériorité de Tâme du monde au Dieu suprême; pour se convaincre de ces deux points incontestés , il suffit de jeter un coup d'oeil sur le Timée. La cbose très-probable I est Texistence absolue , in* dépendante, séparée des idées, qui servent de modèle à Dieu pour organiser le monde.

Avec ces trois principes, toulc vraie Trinité, et même toute vraie notion du Verbe sont îuh» possibles.

D'abord , le principe de Téternité de la matière introduit dans les doctrines de Platon un véritable dualisme incompatible avec la Trinité. Ensuite, si les idées sont distinctes de Dieu, la raison divine n'ayant plus son objet en elle-même, n'est plus la raison parfaite et infinie : elle ne peut être le >.oyoc véritablement divin.

Mais, à la faveur d'une supposition gratuite, et contredite par des textes nombreux, admettrait-on que Platon a placé les idées dans la raison divine, on ne prouverait jamais qu'il ait distingué celte raison divine de la Divinité ellemême ; on ne prouverait jamais qu'il en ait fait une liyposlase , une personne. L'unique texte sur lec|uel on s'appuie est tiré d'une lettre non authentique de Platon, et d'ailleurs tout à fait

TniNITÊS HINDOOE ET PLATONIQUE. 243

énigmalique. Enfin , et je vais bien loin dans cette supposition', car Timpossibilité du contraire est démontrée, aurait-on établi que Platon a reconnu la personnalité du Verbe, son \erbe ne serait jamais que le modèle idéal du monde, son verbe ne représenterait que le monde ^ et ne se détacberait pas de la chose créée. Ce ▼erbe platonique ne serait pas celui que le christianisme adore.

D'ailleurs pour attribuer la Trinité à Platon , il ne suffirait pas de constater dans ses doctrines une certaine notion de la seconde personne, il faudrait aussi y trouver la troisième. Or, ceci est impossible* S'il est dans Platon un point de doctrine clair, c'est la création de Tâme du monde par le Dieu suprême, qui reste toujours supérieur à cet agent secondaire et subordonné; et là où régalité manque, il n'y a pas de tri* nité.

Telle est la conclusion inévitable de toute cri«> tique impartiale des écrits authentiques de Pla* ton ; de toute critique qui ne veut pas se perdre dans les abstractions et les rêveries néoplatoniciennes.

Nous venons d'examiner les sources assignées au dogme chrétien par le rationalisme. Il ne faut que la plus légère notion de la Trinité chrétienne pour apprécier l'immense intervalle qui la sépare de tous les systèmes exposés.

En effet , le dogme chrétien est la négation la

2!èU DIIIÈMË UÇOM.

plus expresse et la plus formeUe de tous ces systèmes, qu'il aurait reproduits , selon le rafioualisme. Pour qu'il y eût évolution , transformation , il faudrait qu'il y eût identité. Eh bien ! au lieu de l'identité , il y a opposition, négation, contradiction la plus absolue. Le christianisme a nié de la manière la plus expresse, et rejeté comme des erreurs monstrueuses, comme la source de tous les égarements humains, et l'émanation et le dualisme, bases des conceptions que je viens de vous présenter. Par le dogme de la Trinité, il a placé la Divinité hors de tout contact, de tout mélange avec le fîni, le créé. L'unité divine étant participée par trois personnes consubstantielles et égales, le Verbe est essentiellement la connaissance que Dieu a de lui-même; l'Esprit-Saint est Tamour qui lie le Père avec le Fils, le Fils avec le Père. Aucune trace du créé ne se trouve dans ce premier moment, dans cet impénétrable sanctuaire de l'essence divine.

Combien donc sont fausses les bases des livres que l'on écrit aujourd'hui sur le génie des religions, sur l'histoire des religions! On y suppose que l'idée religieuse est essentiellement la même dans tous les systèmes religieux, qui ne seraient que ses transformations successives. Sans doute il existe partout des traces de la vérité; les religions les plus égarées en ont conservé des empreintes reconnaissables. Mais pour affirmer

runité et l'identité de l'idée religieuse chez tous les peuples, il faut effacer tous les monuments de l'antiquité ^ et méconnaître toutes les notions d'une vraie et bonne science.

ouoniB DV iNMitt tm ta vinmni.

Résumé de la leçon précédente. — L'origine du dogme de la Trinité est dans la révélation et les écritures divines. — Preuves : le baptême et sa formule ; les enseignements du divin maître ; les témoignages des apôtres. — Doctrine de l'Ancien Testament sur la Trinité ; pourquoi cette doctrine y est présentée d'une manière obscure. — Communication des doctrines hébraïques aux autres peuples. — Preuves de la perpétuité et de l'immutabilité du dogme delà Trinité dans le christianisme ^

La vraie notion de la Trinité n'était pas dans Tancien monde. La théologie des anciens peuples, à l'exception d'un seul, était basée sur le système de l'émanation; et ce système, introduisant dans l'essence divine une multiplicité infinie y rendait impossible toute vraie trinité.

La philosophie de Platon , la plus parfaite des doctrines antiques , bien loin de nous odrir la notion de la Trinité, ne renferme pas même celle du Verbe. Ou ne prouvera jamais que Platon ait distingué le Verbe de l'intelligence divine ellemême, qu'il eu ait fait une personnalité distincte, et l'ait conçu autrement que comme le modèle idéal du monde.

* Auteurs à consulter : i^Thomassin , de Sanctissima Tri" nitate, t. III; 2*> Petau , de Trinitatey t. H; 3*» Mœlher, Vie de saint Athanase y liv. I , où la doctrine des Pères antérieurs au concile de Nicée , touchant le dogme de la Trinité , se trouve excellemment discutée ; 4" les Pères , surtout saint Athanase y saint Hilaire et saint Augustin.

ORIGINB DC DÔÊIie DE U TRINITÉ. )(7

De ces faitd établis dans la dernière leçon, nous avons conclu qu'il ne faut pas chercher l'origine du dogme chrétien de la Trinité, ni dans les anciennes traditions orientales , qui vinrent toutes se résumer en Egypte, ni dans les théories philosophiques de la Grèce, qui avaient emprunté plusieurs doctrines i\ ces traditions. Par cette conclusion , la base de toutes les explications rationalistes des origines du christianisme se trouve renversée. Je ne saurais trop appeler votre attention sur ce point important.

Le moment est venu d'assigner la véritable origine du dogme chrétien de la Trinité. Je dois d'abord vous prévenir que cette leçon sera toute critique , et appuyée sur des textes. Il en résultera pour son agrément un inconvénient que je prévois. Mais, Messieurs, il y a entre nous un autre lien que celui de l'agrément que peuvent offrir ces leçons , un lien bien plus fort , votre amour pour la vérité. Vous venez chercher ici la vérité religieuse; ou du moins vous me demandez une discussion grave et sérieuse qui puisse vous aider à la trouver. Cet amour de la vérité doit nous porter à surmonter l'aridité de certaines matières; et, lorsqu'il s'agit surtout de questions aussi importantes que celle qui doit nous occuper aujourd'hui, aucune difficulté de ce genre ne doit nous arrêter.

On dit que le dogme de la Trinité est le produit de l'élaboration successive des siècles;

24S OKZiËllB LBQON.

notre devoir est de montrer sa véritable origine dans les Écritures. Mais, avant d'exposer aucun texte, il est un fait que je dois signaler. Ce fait, qui dure depuis dix-huit siècles, un jour fut dans le monde une grande nouveauté. Ce fait est Tinitiation chrétienne, le baptême et sa formule. Ce serait perdre le temps que de s'attacher à prouver que le baptême est aussi ancien que le christianisme; qu'il en a toujours été Tentrée, et qu'il fut, dans sa formule et dans son esprit, une institution tout à fait nouvelle. Ces assertions reposent sur tous les monuments historiques; et jamais personne ne les a sérieusement contestées. C'est l'initiation chrétienne, c'est la formule du baptême qui vont nous conduire à la véritable origine du dogme de la Trinité.

L'Homme-Dieu, en quittant la terre, ordonne à ses apôtres d'aller enseigner toutes les nations, et de les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. E unies docete onines gentes^ baptisantes eoSy in nomine Patris et Filii et Spiritiis Sancti\ Ces paroles sont devenues la formule même du baptême.

Pour en comprendre la portée, il suffit de réfléchir un instant sur la nature du baptême chrétien.

Dans l'institution chrétienne, le baptême est la création même de Thomme nouveau, du monde

' Math. XX VIII, 19.

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