THÉORIE DU DOGME DE LA TBINITÉ
Uinçomprchensibilité des mystères De condamne pas la rai» son à l'inertie. Principe de saint Augustin; efforts continus des saints docteurs pour s'élever à la conception du mystère de la Trinité. — Nécessité de concevoir en Dieu des propriétés et des opérations de puissance , d'intelligence et d'amour, — Le terme , l'objet essentiel de ces propriétés et de leurs opérations est Dieu lui-même. -— Les opérations divines et les tiois Personnes. — Notions qui découlent du mystère. — Ce qui arrive quand on refuse d'admettre le mystère de la Trinité et ses notions.— Résultats principaux de ce dogme , base essentielle du christianisme ^
Après avoir i^echerchë, dans les précédentes leçons^ Torigine du dogme de la Trinité; après avoir raconté son histoire et posé sa formule , nous nous proposons aujoui*dliui, Messieurs, de nous élever par Tintelligence à une conception rationnelle de ce grand dogme. Mais peut-être m'opposerez-vous tout d'abord Tincompréhensîbilité du mystère et l'impuissance de nos efToits pour l'atteindre. Permettez-moi de l'appeler les explications que j'ai données sur ce point délicat. J'ai dit que les mystères de la foi, contenant
* Auteurs à consulter : 1° S. Athanase , Orationes in Aria* nos; !• S- Augustin, de Trinitate; 3* S. Anselme, Monolo^ gium; 4** S. Thomas , Summa theol., de Trinitate; 5° Suarex, de S, Trinitatis mysterio; 6^* Petau, de Trinitate \ ?• Thomassin, de Sanctissima Trinitate; 8* Bossuet, Etéi*ations sur les austères. Sermon sur la Trinités
l'infini tout entier^ étaient très-au-dessus d'une raison bornée comme la raison humaine. Mais si nous ne pouvons pas espérer d'arriver à une conception adéquate du mystèi^e, si nous ne pouvons pas espérer de le comprendre, nous pouvons j nous devons même chercher à le concevoir. Une foi vive et la pureté de l'âme trouvent, au sein du mystère, la lumière divine qui éclaire la nature de Dieu et notice propre nature. Le mystère nous révèle des idées, des rapports qui sont la source des plus précieuses connaissances. C'est donc pour nous un devoir de chercher à nous approprier ces connaissances.
Les saints Pères, les saints docteurs se sont infatigablement appliqués à la méditation du mystère de la Trinité; nous les prendrons pour modèles et pour guides. Je veux d'abord vous faire connaître l'opinion de saint Augustin sur la compréhensibilité du mystère de la Trinité ; écoutez ces paroles : (( Il ne faut pas croire que la sainte Trinité soit tellement hors de la portée de notre intelligence, que nous n'y puissions atteindre; et c'est l'Apôtre qui nous en assure quand il dit : que les grandeurs invisibles de Dieu, et même sa puissance éternelle et sa divinité, sont devenues comme visibles parla création du monde, et se font connaître par ses ouvrages. Cette Trinité ayant donc créé les âmes aussi bien ({ue les corps, est quelcjuc chose de beau, plus excellent cjue ces deux natures.
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Néanmoins , si nous sommes capables de connaître Tâme et d en considérer la nature , et surtout celle de Tâme intellectuelle et raisonnable, c'est-à-dire de Tâme humaine que Dieu a faite à son image et ressemblance; si ce qu'elle a de plus excellent , son intelligence même, n'est pas au-dessus de nos pensées, et que nous la puissions concevoir, pourquoi ne songerionsnous pas à nous élever, avec le secours du Créateur, jusqu'à le concevoir lui-même! » Et puis il ajoute : « Aimez à entendre et à concei^oir, puisque ces mêmes Écritures qui nous conseillent la foi , et qui veulent qu'avant de comprendre les grandes choses, et pour en être capables , nous commencions par les croire, ne sauraient vous être uti/essi vous ne les entendez comme il ^ant^ » Vous voyez que saint Augustin était loin d'interdire à la raison, éclairée par la foi et soumise à son autorité , la conception des vérités proposées à son adhésion. Saint Augustin a mis en pratique ce qu'il conseillait aux autres. Dans son grand ouvrage sur la Trinité, résumant tous les travaux de ses prédécesseurs, il présente une foule de réflexions et de considérations qui ont pour but d'élever Tintelligence à la conception du mystère. Saint Anselme est entré dans la voie
* w Intellectinn vero valde atna , quia et ipsae scripturae M sancf»», qiiie magnanim renim ante infelligentiam siiadent « (idem, nisi eas rc»cle non intelligas, utiles tibi esse non «< |>ossiint. » Epistnla CXX ad Consentium.
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tricëe par saint Augustin ; nous lui devons une admirable et profonde analyse du dogme de la Trinité. Le traité de la Trinité ^ dans la Somme de saint Thomas , est peut-être ce qu'il y a de plus étonnant et de plus prodigieux dans cet écrit si étonnant, si prodigieux lui-même. Enfin, pour ne parler que des plus grands hommes , vous connaissez toutes les pages sublimes où Bossuet a tracé de main de maître, en traits inimitables de majesté, les grands linéaments d'une conception magnifique de ce mystère'.
Depuis Torigine du christianisme, il s est bit un travail constant dans la raison chrétienne pour atteindre à Tintelligence du dogme, baseessenlielle du christianisme, il est résulté de ce travail un ordre de conception qui s'est développé avec les siècles , qui toujours s'est agrandi et est devenu plus lumineux.
Je regrette de ne pouvoir vous présenter l'histoire de ce développement; j'ai cru qu'une théorie, qui reproduirait en abrégé ces travaux, pourrait vous être plus utile.
Je n'ai pas besoin de vous avertir que la foi au dogme de la Trinité est indépendante de tout cet
* Voici par quelles paroles Bossuet commence son sermon
sur la Trinité : « Encore que la génération étemelle, par laquelle le Fils pi-ocède du Père, surpasse infiniment les intelligences de toutes les créatures mortelles, et même de tous les esprits bienheureux , toutefois ne laissons pa^ de |>orter nos vues dans le sein du Père étemel, pour y atntcMpirr le mystère de celte génération inefl'able. »
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ordre de conception , et qu'elle ne repose que sur la r^^vélation. La raison seule ne nous conduirait jamais à ce mystère; lorsqu'il nous est enseigné par la parole divine, nous pouvons essayer de le concevoir. Les considérations sui* vantes, fondées sur les lois de Tétre et la notion de l'infinité divine, me paraissent propres à faire entrevoir à Tesprit, sans le lui dévoiler, le trésor de lumière et de vie renfermé dans ce dogme sublime ; mais en ce qu'elles pourraient avoir de personnel , je suis bien loin de leur attribuer une autorité que leur vérité seule pourrait leur don-^ ner. Faut- il dire aussi que, dans cette matière délicate et difficile, s'il m'échappait quelques expressions peu justes ou peu exactes, je les désavoue d'avance, n'ayant d'autre règle que la foi et le langage de l'Église.
Lorsque, dans le silence de la méditation, nous nous élevons à la conception de l'unité , de la simplicité, de l'infinité divines, nous voyons clairement que toute perfection s'y trouve ren^» fermée, sous un mode infiniment supérieur à notre manière de connaître. Toutefois, nous ne pouvons pas nous soutenir longtemps à la hau* teur de cette vue pure, de cette affirmation absolue; nous l'avons déjà remarqué dans la neuvième leçon. Nous sommes donc obligés par les lois de notre esprit de distinguer dans la par** faite simplicité de l'Ktre divin des propriétés, des perfections, des attributs. La connaissance
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générale de l'existence de Dieu ne suffirait pas aux besoins de notre raison et de nos cœurs , sans ces notions distinctes qui nous montrent la Divinité sous ses faces les plus intéressantes pour nous, et qui se confondent , comme une seule vie, dans Tunité et la simplicité de son Être. Ce sont les propriétés divines que nous devons seules considérer en ce moment.
La première est la puissance. Cette propriété de Tinfini d'être par soi-même tout ce qu'il est, et de donner l'existence à toutes les créatures ; cette propriété de l'essence divine d'être la source de ses perfections infinies , en même temps qu'elle est la cause première, le principe universel, la force des forces, voilà ce que nous concevons comme tout à fait premier en Dieu ; et nous ne trouvons dans cette conception que ridée de puissance. Dieu est donc premièrement et radicalement puissance infinie.
En second lieu, Tintelligence est renfermée dans l'idée de l'Être infini. Si Dieu ne se connaissait pas, s'il ne connaissait pas tout son être, toute sa puissance, il lui manquerait quelque chose; il ne serait pas parfait, il ne serait pas infini. Dieu est donc intelligence.
Mais quel peut être le terme de celte puissance infinie, de celte intelligence infinie? Il ne peut être que la possession de soi, la jouissance de soi, l'amour de soi. Il faut qu'il y ait un rapport , un lien entre la puissance et l'intel-