‹ Théodicée chrétienne; ou, Comparison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 37 sur 58 · THÉORIE DU DOGME DE LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

THÉORIE DU DOGME DE LA TRINITÉ

nelle a ëtë tirée par la première personne divine, par la puissance , du sein de la substance divine. Mais tirer de sa substance un être ëgal à soi , c'est engendrer. Cette pensée substantielle et infinie est donc engendrée. La première per^ sonne divine est donc Père; la seconde est . donc Fils ; et ce Fils est unique j parce que toute la puissance du Père s'épuise dans cette génération d'un Fils infini j égal à lui-même. Ces noms augustes de Père , de Fils , appartiennent donc à Dieu ; Dieu est Père y Dieu est Fils. L'humanité ne s'est donc pas trompée lorsqu'elle a toujours salué Dieu du nom vénérable de Père.

Le Fils, véritablement consubstantiel au Père, puisqu'il est sa substance même, reçoit des noms divers , qui expriment tous ses qualités divines , en tant que Fils. Il est la Parole, le Verbe du Père, parce qu'il exprime tout ce que le Père est , et que le Père se contemple dans cette Parole, dans ce Verbe. 11 est la lumière, l'intelligence, la sagesse, parce que la lumière, Tintelligence, la sagesse du Père se retrouvent en lui dans toute leur plénitude. Il est l'image, la splendeur, l'empreinte de la substance divine , parce qu'il la reproduit tout entière.

En résumé, le Fils de Dieu , c'est Dieu connu par Dieu ; Dieu manifesté k Dieu même ; et comme en Dieu tout est substance et vie , comme en Dieu il n'y a rien d'accidentel, de passager.

d'imparfait , celte manifestation , reproduisant tout ce que Dieu est , est véritablement et nécessairement une personnalité infinie comme Dieu méme^

Mais Tintelligence ne peut pas être le terme des processions divines , du développement divin. L'essence divine qui^ dans la seconde jiersonnalité 9 s'est opposée elle-même à ellemême comme objet de sa pensée ^ doit être ramenée à elle dans un troisième terme , qui parfait Tunité divine. La puissance d aimer , qui est dans Tessence du Père et dans celle du Fils, va développer une troisième phase dans la Divinité. 11 y a une aspiration du Père vers le Fils et du Fils vers le Père; le Père aime le Fils, le Fils aime le Père; il y a entre eux une ineffable communication y un embrassemeut , un baiser^ comme dit Bossuet , dans lequel s écoule et passe la substance divine tout entière. Cette aspiration, cette communion, cet

* n Dieu donc qui pense substantiellement , parfaitement, étei-nellement , et qui ne pense et ne peut penser qu'à lui-mcrae , en pensant , connaît quelque chose de consubstantiel , de parfait et d'étemel comme lui; c'est là son enfantement, son éternelle et t>arfaite génération. Car la nature divine ne connaît rien d'imparfait , en elle la conception ne peut être séparée de l'enfantement. C'est donc ainsi cjue Dieu est J'ére ; c'est ainsi qu'il dcmne la naissance à un iilb qui lui est égal ; c'est là celte éternelle et parfaite fécondité, dont roxcellence nous a ravis, dés que, sous la conduite de la foi , nous avons osé y |)orter notre [leusée. ^ Bossuet, Jiiei'atw/t.s sur les Mystères, i"- .se/naine.

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embrassement y ce torrent de flammes , pour me servir encore des expressions de Bossuet, est TÂmour substantiel et infini. Comme toute Tesscnce divine se retrouve dans cette communion; comme elje y est avec une spécification qui la caractérise dans ce troisième moment , la spé* cification , Findividualité de Tamour ; comme elle y est avec toutes ses propriétés essentielles de puissance y d'intelligence , de volonté et d'activité; cette phase nouvelle, ce développement nouveau est une troisième personnalité, une personne subsistante et réelle. C'est T Esprit-Saint, le souffle, la respiration du Père et du Fils, leur vie commune, la vie divine. Et TEsprit-Saint n'est pas engendré, car il provient de deux causes actives et efficientes qui le produisent par un seul et même acte. Celle production n'est donc pas une naissance; c'est une procession sans nom particulier.

Ainsi est fermé et complété le cycle infini de la vie divine. Un premier moment où la puissance infinie, s'il est permis de s'exprimer ainsi, se pose et s'afRrme elle-même. Un second moment où elle fait jaillir de son sein l'image lumineuse et éclatante de son essence infinie. Un troisième moment où cette infinie beauté jouit pleinement d'elle-même.

Qui soulèvera à nos yeux le voile de ce mystère ? qui dira les ineffables harmonies de cette

parole , lumière essentielle , vérité suprême , ex-

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pression de rinfiui ? qui pressentira les joies inénarrables de celle communion où le Père passe dans le Fils, où le Fils passe dans le Père, où Tinfini se pénètre et se possède lui-même? Et dans ces acles divins, rien de successif, de changeant, d'imparfait; tout est instantané, étemel, immuable, infini. La pensée succombe, la parole est muette ; mais Tintelligence et le cœur y sentent le mystère même de la vie. Ils sont attirés vers ce foyer comme vers le centre immanent de Texistence. Ils voient que tout ce qu'il y a dans le monde délire, de vérité, de bonté, de beauté, de vie, n'est qu'un faible écoulement, un iniperceplible éclat de celte Trinité divine. Combien tout est petit, combien tout s'efface devant le cœur qui contemple ce mystère! Et puisqu'il l'entrevoit, puisqu'il le pressent, n'en doutons pas, un jour il le verra, il le possédera.

Tel est le mystère de l'adorable Trinité. Après avoir résumé en peu de mots les considérations que je viens de vous présenter, je vais en déduire certaines notions qui en découlent nécessairement, et qu'il faut connaître.

Nous avons vu qu'il y a dans l'Etre infini trois propriétés fondamentales, la puissance. Tintelligcnce et Tamour. Ces propriétés sont éternellement en acte, et ces actes divins ont pour objet essentiel la substance divine, Dieu luimême. Le principe sans principe, la première

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