‹ Théodicée chrétienne; ou, Comparison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 38 sur 58 · THÉORIE DU DOGME DE LA TRINITÉ. SOT · texte numérisé non relu

THÉORIE DU DOGME DE LA TRINITÉ. SOT

personne divine, qui afiirme élernellement Tétre divin, ego su/n qui surriy est le Père. Parla faculté qu'il a de se connaitre, le Père tire éternellement de son sein une pensée qui exprime tout son être, et dans laquelle il se contemple. Cette pensée est un autre lui-même, un fils coéternel etconsubstantiel; et comme toute la nature du Père se retrouve dans le Fils ; comme en Dieu tout est substance, réalité, vie, perfection , ce Fils est une seconde personne subsistante et réelle. Le Père et le Fils exerçant leur infmie faculté d'aimer, il procède de cette communion un troisième, qui est TAmour substantiel , dans lequel passe tout l'être divin du Père et du Fils ; et comme en Dieu tout est substance , vie , perfection , ce troisième consubstantiel est une troisième personne.

Ce mot de personne^ dont nous nous servons pour désigner les trois développements de l'essence divine, sans doute ne correspond pas parfaitement au fait divin, a Ce mot, dit saint Au-^ gustin, a été appliqué au Père, au Fils et au Saint- Esprit, non pas tant pour exprimer ce qu'ils sont, que pour ne pas nous taire sur un mystère dont on est obligé de parler. » Mais si l'idée de la personnalité appliquée aux relations divines est incomplète , comme toutes nos idées, elle n'est point inexacte ; elle est la plus digne , et même la seule que nous puissions nous former de ce mvstère divin.

Dès qu'on a conçu la distinction personnelle

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en Dieu, ii est nécessaire aussi de concevoir certains rapports entre les trois personnes divines : le Père est le principe des deux autres personnes; il engendre, il n'est point engendré; le Fils est engendré. L'Écriture nous le représente souvent comme envoyé par le Père, parce que le Père est son principe. L'Esprit-Saint procède du Père et du Fils comme d'un seul principe, parce qu'il n'y a qu'une seule volonté, qu*un seul amoiu* en Dieu.

Les trois personnes divines étant des spécifications de l'essence divine, étant caractérisées par quelque chose qui leur est exclusivement et individuellement propre , le Père, en tant que Père, n'est pas le Fils; et le Fils, en tant que Fils, n'est pas TEsprit-Saint. Cependant cette distinction personnelle ne détruit pas l'unité divine fondée sur l'identité substantielle des trois personnes; et le nombre divin constitue la plus haute, la plus vraie, la plus parfaite unité.

L'ordre , les rapports qui existent entre les personnes divines n impliquent aucune subordination , aucune infériorité , l'identité substantielle établissant entre elles une parfaite égalité.

Ces rapports n'introduisent aucune borne , aucune imperfection dans l'essence divine, (|ut, pour être participée par trois personnes , n'en reste pas moins en chacune d'elles dans son infinité.

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Toutes les notions que je viens de vous présenter ont fixé raltention, épuisé les méditations des plus beaux génies dont puisse s'honorer rhumanité; elles ne sont donc pas des mots vides de sens. Je sais bien que le mystère enveloppe tout cet ordre de pensées ; je sais bien que nous ne concevons pas pleinement ni rÉtre , ni ses propriétés, ni la distinction personnelle au sein de Timilé absolue. L'Être sans bornes ne peut être compris par une intelligence bornée et débile comme la nôtre. Cependant y quelque incomplètes que soient ces notions, essayez de les refuser, et voyez les suites.

Direz-vous, par exemple, que Dieu ne se connaît pas et ne s'aime pas lui-même ? Mais alors vous faites de Dieu une force aveugle et ténébreuse; et bientôt vous verrez Tordre moi*al, Tordre physique, Tunivers tout entier chanceler sur leur base. Direz-vous que Dieu, en se connaissant et en s'aimant, n'agit pas; et, en agissant, ne produit pas des termes de connaissance et d'amour ? Mais le langage et la logique s'y refusent; connaître, aimer, c'est agir; et toute action dans Télre parfait est productive. Peut-être, tout en accordant ces choses, ne consentirez-vous pas à reconnaître dans ces termes de Taction divine des personnes subsistantes. Alors vous toml)erez dans l'inconséquence. En effet, si Taction divine produit des termes di-

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vins, ces termes divins, possédant toute la perfection de l'essence divine, doivent être personnels, doivent être des personnes réelles et subsistantes.

A mesure qu'on approfondit ces notions, on en reconnaît davantage la justesse, la vérité; les contradictions apparentes qu'elles semblent présenter s'évanouissent, et il ne reste plus que les obscurités inévitables aux intelligences finies.

De tontes les vérités exposées dans cette leçon , nous pouvons conclure que le dogme de la Trinité est le complément nécessaire de l'idée même de Dieu. En effet, si nous n'admettons pas des propriétés en Dieu, nous faisons de Dieu une abstraction vaine; et si nous ne concevons pas les termes des propriétés et des opérations divines sous la notion de la personnalité, nous introduisons des accidents dans l'essence divine, nous nous formons de Dieu des idées basses et indignes.

Complément nécessaire de l'idée de Dieu, ce dogme nous manifeste la loi du développement interne de la Divinité, la loi même de la vie divine. Il dévoile à nos cœurs, dans la simplicité divine, une fécondité sans bornes; et dans l'unité divine, une société inetfable, et des jouissances infinies.

Avec ce dogme on conçoit clairement Tindépendance, la souveraineté absolues de l'Être su-

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