THÉORIE DU DOGME DR LA TRINITÉ
prême, pai^ce qu'on comprend netlement qu'il se suffît h lui-même et qu'il trouve en lui sa félicite. La Divinité est placée clans une sphère infiniment supérieure aux sphères créées ; et quand on a bien conçu cet enseignement, il devient impossible de confondre jamais Dieu avec le monde. On se trouve ainsi à Tabri des atteintes de cette funeste philosophie qui, dans tous les temps, et de nos jours encore, a voulu les identifier. Si j'avais réussi à graver dans vos intelligences et dans vos cœurs ces profondes notions de la Trinité; si, du moins, je vous avais rais sur la voie de les acquérir , je croirais avoir fait beaucoup pour votre dignité d'hommes et pour votre bonheur.
Tout en séparant Dieu du monde, le dogme de la Trinité établit entre Dieu et le monde un magnifique rapport. Loi de Dieu, la Trinité devient la loi du monde; toute existence est une trinité; ce sceau auguste est empreint sur tous les êtres du monde spirituel et du monde matériel. Mais je ne pourrai traiter ces rapports nouveaux que lorsque j'aurai exposé la théorie de la création. Alors vous verrez que le dogme de la Trinité, après nous avoir expliqué Dieu , nous explicjue aussi le monde.
Les personnes divines ont aussi des relations particulières avec l'humanité, qui constituent la religion , et que nous ferons connaître en leur lieu.
Tel est dans sou essence , dans les notions qui en découlent, dans ses principaux résultats, le dogme auguste et trois fois saint, base immuable du christianisme. C'est par la connaissance de ce dogme que Dieu est véritablement adoré, glorifié. Par elle aussi les facultés humaines sont élevées à leur plus haute puissance. Ce do^me est le fover où vient s'allumer Tamour divin le plus ardent , qui transformant en quelque sorte la créature en l'objet aimé , l'associe à toutes les félicités divines. Là est donc véritablement la source de la vie. Que notre gloire soit toujours d'avoir été maïqués au sceau de la Trinité , et d'être sa vivante image.
HISTOIRR DU DOGMR DR LA CREATION.
Nécessité d'étudier Dieu dans ses rapports avec la création. — Histoire du dojjme de la création. — Doctrines théologiques du polythéisme : le système de l'émanation d'après le Mânava-Dharma-Sâstra ; appréciation de ce système. — Doctrines philosophiques : les premiers philosophes grecs ; Platon et Aristote ; les alexandrins ; conclusion générale ; Tidée de la création ne se ti*ouve pas dans le monde polythéiste. — Origine du dogme de la création dans la révélation : l'Ancien et le Nouveau Testament; la tradition ecclésiastique; le quatrième concile général de Latran; idée du dogme et sa formule*.
Jusqu'ici, Messieurs^ afin de mieux étudier Dieu en lui-même, dans son essence infinie et dans sa vie incommunicable, nous avons supprimé le monde. Cette impossibilité de considérer Dieu, abstraction faite du monde, est un des plus glorieux privilèges de notre nature intelligente, et Texercice d'une de nos plus hautes facultés. Je ne veux pas dire, sans doute, qu'il nous fut possible de nous élever à Dieu, sans Fintermédiaire du monde et du moi. L'idée de Dieu, dans sa manifestation première, implique le monde et le moi; à Tinstant même où le sen-
' Auteurs ù consulter : i° Mânava''Dharma'^dstra ^ trad. par M. Loiseleur-Deslongchamps; 2° Essais et Notices de Colobrooke ; 3® Schlegel , Essai sur la Langite et la Philoso^ phie tics Indiens; 4° Ritter, Histoire de la Philosophie, Pour l'histoire du dogme chrétien : la sainte Bible, les Pères , surtout saint Irénée , Tertullien et saint AugiLstin; le quatrième concile de Latran.
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timent de notre propre existence et de celle du monde extérieur s*é veille eti nous, par un contraste inévitable y Tidée de Dieu, Fidée de Tinfiniy apparaît au milieu de notre conscience, complète ses éléments et achève potre vie intelligente. Mais une fois en possession de ces trois éléments, et lorsque nous avons distingué les caractères de rinfîni, nous pouvons supprimer les deuT^ éléments inférieurs, et, oubliant le monde, nous oubliant nous-mêmes, nous pouvons considérer Dieu dans la plénitude de son être et dans son indépendance absolue.
Que le temps s'évanouisse , que l'espace soit replié conime la tente que le pasteur nomade eplèye le matiq poqr poursuivre dans le désert sa çQurse incerlaipe; que les mondes s'écroulept et s'abîment dans le néaqt; qu'un silence éternql règne dans ces solitudes désolées; qu'il pe s'élève plus d'bymne de reconnaissance et d'amour vers le Père de la vie : au milieu de cette catastrophe universelle , la plus petite parcelle , le plui^ petit atome d'être, si j'ose ainsi m'exprimer, ne sera point enlevé à l'infini. Dieu restera dans son essence, dans sa félicité sans borpes. Il se sufBt : il est Père, il est Fils , il est Esprit- Saint.
Cette reconnaissance du néant du monde devant Dieu, impliquée dans la vraie notion de l'infini, est la vue philosophique la plus haute. Pendant trois mois je me suis appliqué à vous mon-'
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frer cette liaison de la souveraine suffisance de Dieu avec la vraie notion de rinfini. Si ma pa* rôle a porté dans vos esprits la lumière et la conviction , vous pouvez , par la confession du néant de la création devant Dieu, produire Tacte le plus parfait d'adoration que la créature doive au créateur. Cet acte est réalisé et vivant en quelque sorte dans Tinstitution la plus essen-^ tielle du culte, dans le sacrifice. L'idée de Texpiation est, sans doute, une des bases du sacrifice ; mais Tidée de Tadoration, et de la plus parfaite adoration, s'y trouve aussi. Pourquoi, dans cette action mystérieuse, la créature est-elle immolée, anéantie, sinon pour proclamer le néant du monde, et en même temps la souveraineté absolue , la perfection incommunicable de Tin* fini ?
C'est, Messieurs, lorsqu'on a bien saisi la notion de l'infini, lorsqu'on est entré dans ses profondeurs, lorsqu'on s'est rendu compte de ses caractères, qu'on devient capable de concevoir la création, et les rapports du monde avec Dieu. Tout ce que j'ai à dire sur ce nouveau sujet ne sera qu'une conséquence de la notion même de l'infini.
Il ne suffit pas de connaître Dieu dans son essence et dans sa vie; il faut aussi le connaître dans son action extérieure qui est la création, et dans ses relations avec le monde qu'il a créé. Dieu, dans son infinité, est l'objet de notre ado-
ration, dé notre admiralion; dans ses rapports avec le monde, il manifeste de nouvelles perfections, de nouveaux attributs^ qui ravissent nos cœurs, et qui établissent entre nous et lui ce lieu d'où dépendent notre dignité et noire bonheur. H est donc nécessaire d'étudier la Divinité sous cet aspect nouveau. Mais ici naissent de nombreuses questions : comment le monde procède-t-ilde Dieu? quels rapports a-t-il avec lui? quelle est sa loi ? quelle est sa fin ? Voilà le nouveau sujet d'étude qui s'offre à nous. Aujourd'hui nous nous occuperons seulement de la question de Torigine du monde.
Fidèle à notre méthode et à nos habitudes, je dois d'abord vous faire l'histoire des opinions et des dogmes qui ont voulu expliquer cette origine. Sur ce point, comme sur lous les autres, il existe un antagonisme entre la doctrine révélée et les doctrines humaines. 11 faut donc que je vous expose d'abord ces doctrines humaines avec leurs conséquences; que je caractérise ensuite d'une manière nette et précise le dogme révélé. I^orsque nous posséderons ainsi les deux solutions, il nous sera facile, je l'espère, de montrer que le dogme chrétien seul est acceptable l^ar la raison, que seul il peut se concilier avec la vraie notion de Dieu.
Les doctrines humaines sur Toriginedu monde sont théologi(|ues ou philosophiques ; nous trouvons les premières dans les traditions sacerdo-