HISTOIRE DU DOGME DE LA CRÉATION
taies ; les systèmes philosophiques nous donnent les secondes. Comme le champ bu nous entrons est vaste, nous serons obliges de borner nos recherches aux principales solutions.
En dehors de la tradition biblique, la doctrine sacerdotale la plus ancienne , sur Torigine du monde y est Thypothèse célèbre connue sous le nom de système de V émanation. Cette doctrine est le fond de la théologie des Védas et du code de Manou. Déjà, lorsque nous cherchions Tori* gine du dogme de la Trinité, j'ai eu occasion de vous donner une idée de ce système ; il est nécessaire de vous le présenter aujourd'hui d'une manière un peu plus complète.
Ce système s'ofTre à nous sous les couleurs de l'imagination orientale. Au commencement de la cosmogonie de Manou, Brahm dépose, au sein des eaux fécondes qui sortent de son essence, un œuf brillant comme For, aussi éclatant que l'astre aux mille rayons , et dans lequel TÉtre suprême prend naissance. De cet œuf, qui est Brahma luimême , procède la série infinie des êtres. Four exprimer r identité de tous les êtres avec Brahma, ou plutôt pour faire comprendre que Brahma seul existe, les Hindous se servent des plus hardies images. Voici comment les a présentées un critique habile : « Brahma est comme une masse d'argile dont les êtres particuliers sont les formes, comme Taraignée éternelle qui tire de son sein le tissu de la création , comme un feu immense d'où
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jaillissent les créatures eu myriades d'ëtincellesi comme Tocéan de Tétre^ à la surface duquel apparaissent et s'évanouissent les vagues de Texistence j Técume de ces vagues , les bulles de celte écume , qui paraissent distinctes de cette écumes et qui sont Tocéan lui-même. Brahma est comme un homme infini : le feu est sa tête , le soleil et la lune sont ses yeux ; il a pour oreilles les plaines sonores du ciel, pour voix la révélation des Védis; les vents sont sa respiration , la vie universelle son cœur, et la terre ses pieds ^ »
Sous lotîtes ces images se cachent uu sentiment et une conception de la vie universelle :
De Tessence de TÉtre infini nous voyons d'abord sortir Tesprit; de Tespiit, le moi; brillantes et pures émanations. Brahma met ensuite au jour les forces primitives et générales de la nature et de l'esprit. La première de ces forces est vraie; la seconde est illusoire, et ne possède qu'une apparence de réalité ; la troisième enfin est ténébreuse. De ces forces naissent les éléments doués d'un degré toujours décroissant de subtilité; viennent ensuite les êtres individuels, les dieux, les génies, les astres, les hommes, les animaux, les plantes. La natui*e se développe dans quatre âges divers moins parfaits les uns que les autres; et le quatrième est le dernier degré du malheur.
* £ss(iis sur la Pliilosnpiuc des IJi/rlous , par Colehroukc. * Quiitrirtnc Essai sur la philosttphlc J'cdaNta ^ passiiii. Prrn's «ie r Histoire de ia Philosop/ue.
HISTOIRE OU DOiiUE DE LÀ GRÉiiTlON. 319
L'espèce humaine est divisée en quatre castes inférieures les unes aux autres, parce qu'elles sont des émanations toujours moins parfaites de Brahma. Le Brahmane privilégié sort de la bouche deBrahma; leKchatrya, de son bras; le Vaisy, de sa cuisse; et eufîn le malheureux Soudra, qui ne possède que la moitié d'une âme, prend son origine dans le pied de Brahma.
La création est donc soumise à la loi d'une perpétuelle dégradation y d'une corruption inévilable. Écoutez ces terribles paroles : « Enveloppés d'une multitude de formes ténébreuses, les êtres ont tous la conscience de leur but , ils éprouvent le sentiment de la joie et celui de la douleur.... Us marchent vei^ le but final ( l'absorption ), à partir de Dieu jusqu'à la plante, dans ce monde horrible de l'existence , qui toujours s'incline et descend dans la corruption ^ »
Cette création , dominée par cette loi fatale de la dégradation progressive, est considérée dans son ensemble comme une série de productions et de destructions; comme une alternative continuelle entre le sommeil et la veille de TÉtre infini. « Quand il eut tout créé , celui qui se développe constamment et d'une manière inconcevable, retomba en lui-même, lemplaçant le temps par le temps. Tandis que Dieu veille, le monde vit
* £ssai sur la Langue et la Philosophie des Indiens, par Schlej^el.
, et se meut; mais quand il dort, quand son esprit est en repos, Tunivers s'évanouit et passe.... Tous les êtres tombent dans Tinertie; ils sont dissous dans Tâme suprême, engloutis dans le fond de son être, parce que celui qui est la vie de tout être
sommeille doucement, privé de son énergie
Ainsi ^ échangeant tour à tour le sommeil et la veille, constamment il fait naitre à la vie tout ce qui a le mouvement et tout ce qui ne Ta pas; puis il l'anéantit et demeure immobile. 11 y a des mondes qui se développent sans fm, des créations, des destructions; il fait tout cela presque en jouant, lui, le plus grand créateurV »
Sans entrer dans d'autres détails, nous pouvons caractériser les idées fondamentales de celte théorie , et signaler ses principales consé(|uences.
Trois idées ressortent des textes que je viens de vous citer : la première, celle d'un monde, développement de l'essence divine; la seconde, celle de la marche des émanations divines du plus parfait vers le moins parfait, et de leur tendance inévitable vers la corruption. Alors la création tout entière se montre à nous comme une chute, une dégradation de l'Etre divin lui-même; et un voile funèbre enveloppe le monde. La troisième idée enfin (]ue nous saisissons dans ces théories est celle d'un retour de toutes les émanations dans la substance |)remière, dans le chaos pri-
* Mdmiva''Dharma''Stistra f liv. I.