‹ Théodicée chrétienne; ou, Comparison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 43 sur 58 · HISTOIRE DU DOGME D£ LA CRÉATION · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU DOGME D£ LA CRÉATION

dogme ecclésiaslique consistait précisément à affirmer la création du monde sans matière préexistante.

Après un fait aussi éclatant , il est inutile de recourir aux textes des Pères pour établir l'enseignement de rÉglise. Saint Augustin, résumant toute leur doctrine et tous leurs travaux, enseigne de la manière la plus expresse la création ex nihilo \ Saint Anselme, dans son Monologium^ et saint Tliomas, dans la Somme, continuant tous les deux la chaîne de la tradition, perpétuent exactement la même doctrine.

Si tel est le dogme constant de TÉcriture et de la tradition , TÉglise n'a donc fait que le reproduire exactement, et Texprimer d'une manière nette et précise , lorsqu'elle a enseigné dans le quatrième concile général de l^tran, sous le |>ape Innocent lil, « qu'il n'y a qu'un seul créateur, qui au commencement du temps forma du néant l'une et l'autre créature, la créature spirituelle et la créature corporelle, la créature angelique et la créature mondaine*. » Ce décret fut porté contre les hérétiques albigeois et vaudois, qui avaient renouvelé l'antique dualisme et la doctrine de l'éternité de la matière.

» OV. Dciy lib. II, 4, 5, 6; lih. XII, 15, 16, 17. (ofifcss., lib. II, 13, 15. .-irt. r. Felircm ma ni., 2, 8. Gvn, iitl', 7, 2, 3.

' Unum esse crratotrm omnium,», (fui simul nh unùotem" poris utramqiie de nihilo vondidit ctvatnram , spiritualcm et ror/}ffralem , (W^vlicam vide lire t ci mundattam, Conc. Lacr. IV.

Tel est donc, Messieurs, le dogme chrétien de la création. Vous voyez qu'il diffère essentiellement des traditions théologiques des anciens peuples, et des systèmes philosophiques.

Dans la prochaine leçon , en vous présentant la théorie du dogme établi aujourd'hui comme fait, j'espère vous démontrer que ce dogme est seul acceptable par la raison ; que seul il peut se concilier avec la vraie notion de Dieu.

THÉORIE DU DOGlfE DE LA CAÉATION.

Trois solutions du problème de rorigine des choses ; le dualisme, le panthéisme, le dogme chrétien. — La contradîcdon , et les suites funestes des deux premières hypothèses sont démontrées. — Le dogme chrétien, seul acceptable par la raison , ne présente aucune contradiction; il satisfait à toutes les conditions du problème. •^ Théorie de la création : le monde en Dieu ; la science divine du fini distincte de la connaissance que Dieu a de lui-même; la simplicité divine n'est point altérée par l'idée du fini qui est en Dieu. — L'acte créateur. — La création ne perfectionne pas Dieu ; le monde est nécessairement fini*.

Dans la dernière leçon , au milieu des oppositions ^ des variations et des contradictions des systèmes religieux et philosophiques de l'ancien inonde y nous avons vu le dogme révélé, le dogme biblique , toujours constant avec luimême , présenter dans son développement une admirable unité. Enseigné en tête des livres saints; perpétué par la tradition constante des juifs; promulgué de nouveau par THomme-Dieu et par ses apôtres; défendu, expliqué par les docteurs et les philosophes chrétiens; consacré enfin par la définition expresse de l'Église, au quatrième concile de Latran , il porte le carac-

* Auteui^ à consulter : l** Saint Augustin , ouvrages cités dans la dernière leçon; 2* Saint Thomas, Surnma, de causa omnium eniium et de creatione, Suinma adver. Gent, lib.II,m.

336 QlhNZlËMË LEÇON.

1ère de celle imiiiulabililé el de celle perpéluilé, sceau des dogmes vërilablemenl divius.

Le dogme chrétien enseigne que l'acle de la puissance infinie, appelé création, est véritablement producteur de substances qui n'existaient pas auparavant. Telle est l'idée qui lui est propre, et qui le distingue de toutes les opinions et de tous les svstèmes humains. Je voudrais vous présenter aujourd'hui la théorie philosophique de ce dogme , et dévoiler a vos yeux tout ce qu'il renferme de lumière, malgré les nuages qui enveloppent nécessairement le rapport du fini et de l'infini.

Je dis d'abord (|ue le dogme chrétien seul est acceptable par la raison puisqu'elle en reconnaît la nécessité absolue, sans pouvoir toutefois le comprendre entièrement. Je dis en second lieu, (|ue ce dogme nécessaire contient la théorie la plus phiIos()])hique et la plus lumineuse de Torigine du monde, et des rapports du monde avec Dieu. Dans la situation présente de l'esprit humain, il n'est pas de sujet plus important que celui que nous allons traiter aujourd'hui.

Vous savez, Messieurs, qu'en dehors de l'athéisme, dont il ne peut être ici question, il n'y a cpie trois solutions possibles du problème de l'origine du monde : ou bien le monde est le résultat do deux principes coélernels et nécessaires; ou bien il est le développement de la substance divine; ou enfin il est le produit d'un

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