THÉORIE DU DOGUE DB LA CRÉATION
Dieu, De sont pas la condition première de TintelUgence divine. C'est ce qu'on oublie trop souvent aujourd'hui; c'est ce qu'il importe de rappeler toujours. Dieu se connaît et s'aime lui-même; là est sa vie et sa félicité suprêmes. Par une vue secondaire, et bien distincte de la première, quoiqu'elle ait dans la première sa raison et son principe, Dieu connaît la multiplicité indéfinie des êtres qu'il peut créer. Il les voit avec toutes leurs relations, par conséquent avec leurs bornes nécessaires. Mais cette multiplicité, ces relations, ces bornes, ce n'est pas en lui, c'est hors de lui, c'est dans la création idéale ou réelle, dans les créatures possibles ou réalisées, qu'il les voit. Ce n'est plus son essence propre, mais bien l'idée des créatures qu'il voit, et qu'il pose par cette vue. Il est donc évident que cette vue n'implique , dans l'essence divine, aucune multiplicité, aucune contingence, aucune relation, aucune borne, et que l'infini reste toujours distinct du fini^
Après avoir conçu l'existence idéale du monde en Dieu, appliquons-nous à concevoir l'acte créateur lui-même.
Dieu, quand il le veut, est puissant à réaliser les idées, les lois, les mondes qu'il conçoit. Par
* Sur cette question , voyez : S. Augustin , /^<? 83 f^uœst,, questio 46; De civitate Dei, lib. II, cap. x. S. Anselme, Monologium , cap. xxix - xxxvii. S. Thomas , Summa , I' pars, quaeftt. i4, art. 5; quiest. 15, art. 2, 6.
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un acte de sa volonté infinie et toute-puissame, il produit, il pose au dehors des forces vivantes, qui retracent Tirnage des types divins de son intelligence. Ces forces vivantes sont les substances.
Quand cet acte infini, qui appelle à Texistence ce qui n'existait pas auparavant, intervient, un aliinie incommensurable est franchi; un mystère incompréhensible s'accomplit; mais cette incom* préhensibilité n'est pas une raison, nous Tavons prouvé, pour rejeter la seule notion que noui puissions nous former de Tacte créateur.
L'existence du monde nous apprend que cet acte, dont nous concevons la possibilité, s'est réalisé. Dieu a dit, et tout a été fait; il a voulu, et les mondes sont sortis du néant. DixU etfacta sunt, mandavit et creata sunt.
Si l'idée du fini conserve toujours son caractère propre dans l'intelligence divine; si elle ne se confond jamais avec l'idée de l'essence infinie; à plus forte raison, la réalisation de ces types dans la création, et la création tout entière, ne peuvent jamais se confondre avec l'infini luimême.
En effet, la création, aussi immense qu'on la suppose, est nécessairement finie. Ses conditions essentielles sont le temps, l'espace, la multiplicité. I^ création est nécessairement dans le temps, dans l'espace; elle est nécessairement une multiplicité d'êtres. Reculez dans le passé autant