ECOLES SOCIALISTE KT HUIUIIITAIEX
Caractère général des sectes socialistes. — Thcodîcée sm^ ainonienne. — ^Absence de tbéodicée dans le founâénsmct. — Ces sectes ne peuvent nous arrêter. — L'école humanitaire. — Rapports et difTérences arec la phîloaophte de l'absolu. — liaiscm du principe de l'unité de sulKiiiioe avec la négation de la personnalité divine. — L'école bumanitaîre veut Te principe sans la conséquence. — Ce milieu est impossible. •**- Le livre de PHuimtniié; n théorie des rapports de Tinfin c ^u fini ; obscurité , incohérence , contradiction de cette théorie. — U Esquisse d'une philosophie; son poÎBt de départ dans l'être abstrait et logique. — Elle emprunte au christianisme la doctrine de la Trinité , au panthéisme 'unité de substance. — > Théorie de la création ; Tinfim devient fini ; vaine restriction à la déification de l'homme et du monde; contradiction que renferme l'idée d'une substance en même temps infinie et finie. — Le milieu que V Esquisse propose étant illusoire , nous n'avons le choix qu'entre le nihilisme de Hegel et le christianisme*.
Aujourd'hui nous commençons Texamen des écoles rationalistes qui se sont formées parmi nous depuis les vingt dernières années. On peut en distinguer trois : Técole socialiste, recela humanitaire et rëcole éclectique. La comparaison que nous établirons entre ces écoles et la philosophie de l'absolu , nous aidera, je Tespère, à caractériser les doctrines françaises. Toutefois, comme nous ne faisons pas ici Thistoire de la
* Les auteurs à consulter sont indiqués dans la suite de la leçon.
ÉCOLES SOCIALISTE Wt HUMANITAIRE. /!|19
philosophie , nous ne chercherons pas les rap* ports historiques qui peuvent exister entre œs écoles et la philosophie allemande ; nous ne nous enquerrons pas s'il y a eu des emprunts , et par qui ils ont été faits. lies rapports logiques , qui peuvent nous servir à bien pénétrer Tefiâence de ces systèmes, fixeront seuls notre attention.
Le caractère général des sectes socialistes est ki désir d'une réforme radicale de la société. EUcs veulent reprendre en sous-œuvre Tédifîce socialf et le replacer sur des bases nouvelles. Ce besoin d'une réforme nait du sentiment profond de }a plaie toujours saignante que Thumanité porte dans son sein, et qui la dévore. Une âme élevée» un cœur noble peuvent-ils soutenir, sans en être émus, le spectacle delà dégradation dans laquelle vit et meurt une portion si nombreuse de nos semblables ? Qui ne frémirait à la vue des misères, des vices, des injustices presque inséparable de la société telle que les passions Font faite? Admettons que les hommes dont les yeux sont fraf^és de ces tristes réalités puissent quelquefoitr en exagérer le tableau, et se rendre injustes eux«^, mêmes envers cette société qu'ils accusent : il restera toujours assez de mal réel et incontestabla pour justifier et absoudre les plaintes. J'avou4 que je ne me sens pas le courage de jet^. un blâme amer sur ces sectes qui ont connu le mal, qui l'ont détesté, et qui auraient voulu le corriger. Non , ce n'est pas ce qu'on peut leur
reprocher. Au milieu des plus tristes égarements, il se révèle des intentions louables , qu*il faut toujours respecter, et auxquelles il faut toujours rendre hommage. Le grand tort de ces sectes est d'ignorer celte nature humaine, qu'elles vou* draient corriger ; et de chercher, hors du christianisroe , un remède que lui seul peut donner. Je n'ai point à entrer dans tous ces détails. Lorsque nous étudierons l'homme , sa nature et sa loi 9 le mal et son remède , tous ces systèmes se présenteront à notre examen. Si on peut accuser ces sectes de méconnaître la nature humaine, un pareil reproche doit leur être adressé à l'égard de la nature divine. Il y a plus; et leur ignorance de l'homme vient de leur ignorance de Dieu. Une erreur en théodicée entraîne toujours une erreur nouvelle dans l'anthropologie.
La théodicée du saint-simonisme, secte socialiste 1 ue le même instant a vue naître et mourir, et qui a laissé à peine quelques traces de son passage , fut le panthéisme le plus formel et le plus décidé. Les aveux précieux d'un de ses anciens disciples nous ont appris naguère les liens secrets qui unissaient celte doctrine à rhégélianisme\ Toutes les théories saint-simoniennes du bien et du mal, du passé et de l'avenir ne furent qu*une application rigoureuse du principe panthéistique.
* Voy. un article de M. P. Leroux dans la Rn'ue indépen" doMte du 1*' mai 1842.