X AVERTISSEMENT
trcr l'ordre qui existe entre elles, leurs relations, leur dépendance, leur liaison; déduire toutes les conséquences renfermées en elles ; les comparer aTec les autres sciences, autant que le permet la nature de la chose ; faire ressortir les analogies qui peuvent exister entre elles ; enfin , par tous les autres moyens convenables , rendre Tobjet de la foi , et surtout les mystères , nonseiilement croyables mais plausibles {suasibilia) ; évidemment c'est relever la dignité de la foi et la doctrine chrétienne. Non-seulement cet exposé scientifique perfectionne l'esprit humain , et Fintroduit, pour ainsi dire, dans le sanctuaire de la Divinité , pour y contempler les plus hautes vérités; mais encore les vérités ainsi exposées par la méthode scientifique , sont plus claires , disposées dans un ordre plus sévère , plus intimement connues ; et de là il résulte d'immenses avantages pour la théorie et pour la pratique.... La foi objective et historique est comme le véhicule qui nous introduit dans l'intelligence des vérités, qui d'abord étaient simplement crues ; elle est un germe toujours capable de recevoir de nouveaux développements; elle est la source d*une contemplation spéculative , où les théologiens peuvent sans cesse puiser les eaux vives d'une exposition scientifique toujours progressive et plus parfaite. »
ATERTlSSEIIEirr. XI
L'illustre théologien rappelle ensuite les exemples des pères, des docteurs et des écrivains ecclésiastiques, dans lesquels domine ^ dit-il, une exposition profonde et philosophique des mystères , et les conceptions les plus sublimes. u In quibus omnibus profundam ubique phior losophicam cemis dominari de Christianis « mysteriis tractationem sublimissimosque con- «r ceptus. n
A l'objection tirée du principe de saint Thomas , qui réduit la raison , à Tégard des mystères, à un rôle purement négatif uniquement employé à résoudre les difficultés , le savant théologien répond en ces termes : a Lorsque le docteur angélique semble n'attiibuer à la raison qu'un rôle purement négatif par rapport aux mystères, il exclut seulement la démonstration proprement dite des mystères de la foi par des principes rationnels, et leur pleine et parfaite intelligence ; et certes c'est avec raison , puisque l'une et l'autre sont impossibles. Mais il n'exclut nullement l'intelligence et la connaissance scientifique que nous établissons; bien loin de là, il enseigne le contraire dans plusieurs endroits ^ »
• Pra*lectiones theologicœy t. IX, pars III , sectio i, cap. lUy art. 1, prop. S.
XU AVEBTISSEMENT.
Ces paroles du P. Perone nons semblent être Texposé complet de notre méthode. Elle n'est pas seulement irréprochable; plus que jamais elle nous parait nécessaire. La vraie question entre le rationalisme et le christianisme est aujourd'hui celle de Torigine et de la formation du dogme. L'Allemagne a accumulé sur ce double objet d'immenses travaux, la plupart prenant leur point de départ dans la philosophie de Hegel. Nous ne citerons que ceux de Baur et de Neander; le dernier cependant s'efforce de conserver au christianisme son caractère de divinité. Notre littérature théologique contemporaine fait y sous ce rapport , un triste contraste avec celle de nos voisins d'outre-Rliin. Convaincu que tous les progrès de la théologie tenaient à une étude des origines et du développement du dogme plus approfondie et plus étendue y qui seule peut fournir des armes capables de combattre la fausse science dont nous sommes envahis , nous avons appelé sur cet objet l'attention des théologiens.
Mais l'histoire du dogme ne suffit pas. Il faut y joindre une bonne philosophie théologique. Après ce que nous avons dit ; après les paroles du P. Perone , nous n'avons rien à ajouter. Divin dans son origine , que le dogme soit ex-
AVERTISSEMENT. XIU
posé à nos contemporains comme la plus haute , la plus pure y la plus parfaite des pbilosophies ; une foule d'esprits généreux, avides de lumière et de science, retourneront à la foi, leur source vivante. Cette méthode historique et philosophique est donc le moyen d'approprier renseignement théologique aux besoins du temps, et de le soutenir à la hauteur d'où il ne doit pas descendre. Libre dans ses allures et dans son langage, elle se prête à toute la chaleur du sentiment, à tous les mouvements de l'éloquence, et permet ainsi de rendre tous ses attraits à la plus sublime et à la plus nécessaire des sciences.
Cette méthode , à notre avis , devrait présider au haut enseignement théologique; elle serait pour les jeunes théologiens comme le couronnement et le complément des mâles exercices de cette scolastique , si propre à former et à discipliner l'esprit.
En terminant , nous crovons devoir offrir ici un témoignage public de notre reconnaissance aux personnages illustres et aux théologiens qui ont bien voulu nous donner des encouragements et des preuves non équivoques de leur approbation. Parmi ces personnages , nous prendrons la liberté de nommer M. le cardinal de Bonald,
XIV ATERTiSSEMENT.
archevêque de Lyon , M. le cardinal Giraud, archevêque de Cambrai j M. Tarchevéque de Chambëry, M. le docteur Dollinger, notre excellent ami, rhonneur des sciences théologiques en Allemagne , et enfin le savant professeur du collège Romain , le R. P. Perone.
45 octobre i849.