‹ Théodora, impératrice de ByzanceChapitre 10 sur 28 · LA VIE IMPÉUIALE DE THÉODORA · texte numérisé non relu

LA VIE IMPÉUIALE DE THÉODORA

toute une administration spéciale, et dont Tliéodora tirait de gros revenus. Elle voulut davantage. Elle aimait l'argent : elle s'ingénia h se créer des ressources nouvelles, même par les moyens les plus arbitraires. Elle aimait le luxe et la magnificence : elle se dégoûta vite du Palais Sacré, jugeant trop petite et trop modeste pour elle l'antique demeure dont s'étaient contentés tant d'empereurs. Pour lui plaire, Justinien fit bâtir a grands frais, aux abords de la capitale, de somptueuses villas, où la cour passa désormais une partie de l'année. Entre toutes, l'impératrice goûtait le palais d'Hiéria. C'était, sur la côte asiatique du Bosphore, une élégante maison de plaisance bâtie au bord de la mer, et toute pleine d'ombrages et d'eaux courantes. Les poètes de l'époque en ont célébré les délices : (( En ce lieu, écrit l'un d'entre eux, les Nymphes et les Naïades, les Néréides et les Hamadryades se disputent la royauté. Entre elles la Grâce sert d'arbitre, et elle ne sait comment juger : tant en cet endroit sont rassemblés d'agréments divers. » Un autre s'exprime ainsi: « Bois sacré de Daphné, situé loin des flots, quelle que soit la beauté de ta solitude agreste, tu dois me céder la primauté. Ici les Nymphes des forêts et les marines Néréides ont fixé leur lieu

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de réunion. Elles se disputent ma possession. Mais Neptune a jugé, et m'a attribué par moitié aux deux parties. »

Dans ce lieu enchanteur, sans cesse la cour se transportait. L'empereur y venait en automne célébrer la fête des vendanges; l'impératrice y venait plus fréquemment encore chercher le repos et la tranquillité. Mais comme, à la campagne même, elle voulait autour d'elle une cour nombreuse et attentive, les voyages d'Hiéria faisaient le désespoir de l'entourage impérial. Les gens de service, assez mal logés, se plaignaient de manquer souvent, dans la somptueuse villa, des choses les plus nécessaires ; plus encore, la traversée troublait leurs tètes prodigieusement. Depuis près de cinquante ans, en effet, un monstre marin redoutable infestait le Bosphore ; c'était une énorme baleine, longue de près de quinze mètres, qui coulait les navires et noyait les passagers. Vainement on essayait de la prendre : tous les ordres de l'empereur étaient demeurés sans effet, et les courtisans infortunés étaient fort inquiets quand il leur fallait traverser le détroit pour se rendre àHiéria. Finalement pourtant, on captura le terrible cétacé. En poursuivant une bande de dauphins, le monstre vint s'échouer dans la vase, aux embouchures du

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