‹ Théodora, impératrice de ByzanceChapitre 12 sur 28 · LES BAVARDAGES D'UNE CAPITALE · texte numérisé non relu

LES BAVARDAGES D'UNE CAPITALE

Chaque jour, sous les arcades du Portique royal, se tenait à Constantinople le grand marché aux nouvelles. Parmi la foule oisive des badauds, des hommes, qui se paraient du beau nom de philosophes, dissertaient dans les boutiques des libraires qui peuplaient ce quartier, discutant de toutes choses, théologie et médecine, poli^ tique et religion, commentant les menus événements de la ville et de la cour. Par leurs grands airs, leur parole pompeuse et facile, les hautes questions qu'ils abordaient, la façon dont ils expliquaient tout, ils imposaient au vulgaire qui les écoutait complaisamment ; et quoique ce fussent en général d'asse-z pauvres sires, sans in-

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sti'uction, sans éducation, et à qui le vin surtout qu'ils avaient bu donnait de Timagination et de l'éloquence, le peuple les admirait profondément. Les gens du monde voyaient en eux des bouffons de moralité assez équivoque, empressés à se faire les parasites des maisons riches, et tout en s'amusant de leurs incongruités et de leurs impertinences, ils les traitaient avec une familiarité souvent insultante et brutale. Mais la foule écoutait avidement les vains discours qu'ils débitaient ; elle s'émerveillait des belles relations dont ils faisaient parade, croyait aveuglément aux récits qu'ils contaient, aux nouvelles qu'ils rapportaient de leurs voyages h l'étranger. Quand Ouranios, médecin et philosophe, très fier de l'amitié que lui marquait Chosroès, tirait négligemment de sa poche les lettres qu'il recevait du grand roi, c[uand il rappelait avec complaisance les conversations familières qu'à Ctésiphon il avait avec le souverain, la multitude se disait qu'un tel homme en savait long évidemment sur les mystères de la politique ; et plus les choses qu'il racontait semblaient surprenantes, plus elles rencontraient créance chez ces esprits crédules et légers.

Constantinople, comme toute capitale, était l'asile naturel de tout ce que les provinces déver-

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