LE FÉMINISME DE THÉODORA
quand elle fit épouser à Préjecta un neveu de cet Hypatios que jadis la sédition Nika avait proclamé empereur, elle se préoccupait surtout de réduire à l'impuissance un prétendant ; et ce furent des raisons du même ordre qui l'induisirent d'abord à protéger les amours d'Antonine, puis à la réconcilier avec Bélisaire. Quand les intérêts de Théodora étaient en jeu, les scrupules de morale ne lui pesaient guère, et semblablement quand il s'agissait de servir ses parents ou ses amis. On sait comment elle fit faire de beaux mariages à sa sœur Comito et h sa nièce Sophie; elle fit de même épouser la fille de Chrysomallo sa favorite au fils du maître des offices Hermogène. Saturninus — c'était le nom du jeune homme — était fiancé à une de ses parentes, jolie, pure, et de bonne famille ; brutalement l'impératrice rompit l'union projetée et obligea Saturninus à accepter la fille de Chrysomallo. Le mariageeut lieu, mais, après la noce, Saturninus se plaignit vivement h ses amis qu'il n'eût point trouvé la mariée très intacte. Mal lui en prit. Théodora le fit rrèter et battre de verges, pour lui apprendre, disait-elle, a n'être point aussi bavard. D'autres mariages forcés furent, paraîtil, son œuvre, et ne réussirent pas toujours très bien. Nous savons mal le détail de ces histoires ;
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un fait pourtant est cligne de remarque. En toutes ces aventures, Théoclora s'inquiétait peu de riiomme : femme, elle était toujours, selon le mot d'un historien, « naturellement portée à secourir les femmes dans l'infortune ».
Telle elle apparaît surtout dans les mesures (ju'elle inspira a Justinien à l'égard des comédiennes et des femmes perdues. Elle connaissait, pour les avoir traversés, les bas-fonds de la capitale, et savait tout ce qu'ils enfermaient de misères et de hontes; de très bonne heure, elle usa de son influence pour y porter remède. Je croirais volontiers que c'est à elle que Justinien fait une allusion discrète, lorsque, dans une de ses ordonnances pour la réforme des mœurs, il parle de la personne qui depuis longtemps l'avertit en secret de la corruption de Constantinople, et qu'elle provoqua l'enquête officielle d'où sortirent plusieurs lois réparatrices et salutaires. On peut croire, en tout cas, qu'elle contribua à relever les actrices de la déchéance sociale qui les frappait, soit en leur permettant de quitter la scène à leur volonté, soit en faisant tomber les dernières barrières qui s'opposaient à leur mariage. C'était ii ce moment une habitude générale dans la société byzantine, d'obliger souvent malgré elles des femmes à entrer au