LE FÉMINISME DE THÉODOUA
théâtre, et de leur faire contracter, sous caution, rengagement de ne jamais abandonner leur profession. Désormais la loi déclara nuls ces contrats immoraux et autorisa même les comédiennes à rompre le serment qu'elles avaient prêté, sauver son innocence étant, aux yeux de Dieu luimême, un acte tout à fait capable d'excuser un parjure. Ordre fut donné, sous les châtiments les plus sévères, aux gouverneurs de province et aux évêques, de veiller à assurer la liberté des actrices et d'en référer h l'empereur s'ils étaient impuissants à faire respecter la loi. Des peines très rigoureuses frappèrent les entrepreneurs qui exigeaient ces contrats abusifs ; outre la confiscation des biens et l'exil, ils furent passibles d'une amende de dix livres d'or — environ onze mille francs — à payer a la femme pour lui permettre de vivre honnêtement. Ainsi rentrées dans la vie normale, les comédiennes purent contracter mariage avec les plus hauts dignitaires, sans qu'elles eussent besoin, comme l'avait jadis ordonné Justin, lors du mariage de son neveu, de solliciter à cet effet une autorisation impériale ; même facilité fut accordée aux filles des comédiennes. Une seule obligation leur fut imposée : celle de ne plus jamais monter sur le théâtre.
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Mais surtout, gardienne sévère de la morale publique, Théodora eut à cœur de moraliser su capitale. On sait déjà quelle place y tenait la criminelle industrie des lenones^ et combien de malheureuses ils entraînaient par de belles promesses en des métiers infâmes. On a vu à quel point les maisons louches encombraient Constantinople, et par quels honteux engagements y étaient retenues, souvent malgré elles, les victimes de ce déplorable trafic. Théodora voulut mettre ordre à tout cela. Une ordonnance impériale interdit, sous peine de mort, d'entraîner malgré elle une jeune fille à la débauche ; défense fut faite de tenir une maison de tolé- •rance ; on ferma celles qui existaient, en faisant restituer aux femmes qui y étaient enfermées l'argent qu'elles avaient versé comme caution ; enfin on expulsa de la ville les lenones, a comme gens nuisibles et corrupteurs de la moralité publique ». « Nous ordonnons, disfiit le rescrit du basileus, que tous nos sujets, autant qu'il sera en eux, mènent désormais une vie sage, la sagesse étant seule capable de recommander IVune des hommes à Dieu. » EJle-mème, Théodora veilla il l'exécution des mesures qu'elle avait conseillées, et prit h tache, comme dit un chroniqueur, d'affranchir les pauvres filles perdues