LK FÉMINISME DE THÉODORA
«du joug de leur honteux esclavage)). Par ses ordres, on réunit, avec leurs victimes, les lenones de la capitale et l'impératrice leur fit demander de déclarer, sous serment, combien ils avaient donné d'argent aux parents de ces malheureuses. Sur leur réponse qu'ils avaient en moyenne payé cinq sous d'or par tête, l'impératrice, de ses propres deniers, racheta toutes ces infortunées ; et ayant fait remettre en outre à chacune un vêtement propre et un sou d'or, elle les renvoya dans leurs familles.
Acelles qui étaient abandonnées, l'impératrice se préoccupa d'ouvrir un asile. Sur la cote asiatique du Bosphore, dans un vieux palais impérial, elle fonda pour les filles repentantes le couvent de laMetanoia, c'est-à-dire delaRepentance ; et pour éviter toute tentation future à des malheureuses que le besoin avait souvent perdues, elle dota très richement cette charitable institution. Oii raconte que quelques-unes des nouvelles recluses s'accommodèrent mal de ce brusque changement d'existence, et aimèrent mieux se précipiter du haut des murs de leur prison. Il se peut. L'œuvre n'en fait pas moins honneur à Théodora, et il y a une noblesse singulière dans ces paroles de l'ordonnance impériale que sans nul doute elle inspira à Justinien :
230 l'impéuaïrice théoboua
« Nous avons constitué des magistrats pour châtier les brigands et les voleurs d'argent: ne devons-nous pas, à plus forte raison, poursuivre les brigands d'honneur et les larrons de chasteté ?
Faut-il croire enfin que, dans toutes ces mesures, et dans cette naturelle sympathie pour les femmes dans l'infortune, il entrait, chez Théodora, quelque souvenir et quelque regret de son passé, et que volontiers elle eût, sinon dit, du moins pensé avec le poète .
Non ignara maliy miseris succurere disco *?
La chose est probable, pour ne point dire certaine, et elle n'est point pour nuire à Pidée que nous pouvons nous faire de Théodora. Cette ancienne danseuse montée sur le trône des Césars n'était point en somme indigne de sa fortune. Partie de très bas, elle sut être, malgré ses défauts et ses vices, une grande impératrice, et de son orageuse jeunesse, elle prit surtout, par un étrange contraste et bien inattendu, l'amour des choses sérieuses, le constant et sérieux souci de la morale publique et de sa propre dignité.
1. Connaissant le inallieur, je sais secourir les malheureux.