‹ Théodora, impératrice de ByzanceChapitre 21 sur 28 · POLITIQUE ET THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

POLITIQUE ET THÉOLOGIE

Au moment où Théodora montait avec Justinien sur le trône des Césars, un grave conflit religieux troublait depuis longtemps l'Orient tout entier. Depuis qu'au cinc^uième siècle des théologiens subtils s'étaient avisés de vouloir expliquer comment, dans la personne du Christ, se combinaient l'humanité et la divinité, le problème des deux natures et de leur union agitait profondément l'Eglise. Vainement, en 451, le coucile de Chalcédoine avait teulé, avec l'approbation du pape Léon le Grand, de fixer sur ce point la doctrine orthodoxe, et condamné avec une égale sévérité l'hérésie de Nestorius, qui dans le Christ distinguait trop nettement deux

personnes, et celle d'Eutychès, qui dans le Chrkt n'admettait au contraire qu'une seule nature. Les partisans de Nestorius comme ceux d'Eutychès — on nommait ces derniers monophysites — refusaient également de souscrire h leur condamnation, et le parti monophysite en particulier, ayant a sa tète des hommes de grande valeur, appuyé sur de fortes majorités en Egypte et en Syrie, soutenu par des hordes de moines fanatiques et indomptables, se flattait de reprendre quelque jour la direction de l'Eglise byzantine.

Ce qui augmentait la gravité de cette querelle théologique, c'est que les provinces orientales où dominait le monophysisme ne se rattachaient h l'empire que par des liens assez lâches de fidélité. En Egypte, en Syrie, subsistaient des nationalités fortement constituées, vivant de leur vie propre, toujours prêtes à se détacher de la monarchie; leurs croyances religieuses n'étaient guère que la forme sous laquelle se manifestaient leurs tendances séparatistes. Aussi les empereurs de la fin du cinquième siècle et du commencement du sixième, les Zénon, les Anastase, s étaient-ils préoccupés, par d'opportunes concessions, de donner satisfaction aux monophysites, aimant mieux, pour rétablir l'unité en Orient, sacrifier, s'il était besoin, l'union avec

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Rome. Depuis l'avènement de Justin P% depuis surtout que Justinien avait apporté dans les affaires de l'Eglise sa puissante et dure ténacité, une autre politique prévalait, et devant la persécution déclarée, les monophysites avaient du reculer. Mais, malgré les rigueurs et les exécutions, le parti demeurait puissant en Syrie, en Palestine, en Arménie, en Mésopotamie, surtout en Egypte, où tous les efforts des orthodoxes étaient demeurés impuissants ; et partout, dans les communautés monophysites, on attendait beaucoup de Théodora.

Dès sa jeunesse, on l'a vu, Théodora s'était trouvée en rapport avec les chrétientés d'Egypte et de Syrie, et de ces lointaines relations elle avait toujours conservé un tendre et reconnaissant souvenir. On sait, d'autre part, quelles raisons politiques l'inclinaient à favoris^^r les dissidents orientaux et venaient accroître encore la naturelle ardeur des sympathies qu'elle leur témoignait. Avant même de parvenir au trône, elle avait activement employé en leur faveur, pour tempérer la fureur de la persécution, 1 influence toute-puissante qu'elle exerçait sur Justinien. Devenue impératrice, elle mit plus ouvertement encore son crédit à leur service. C'est à elle que TEgypte hérétique dut de longues

THES PIEUSK THÊODORA

années de tolérance: c'est à elle que la Syrie hérétique dut la reconstitution de son Eglise nationale persécutée : c'est a sa protection que les dissidents durent, d'abord de rentrer en grâce et de pouvoir librement recommencer leur propagande, plus tard de pouvoir braver' les excommunications des conciles et les rigueurs du pouvoir séculier: c'est à ses encouragements enfin et à son concours que les missions monophysites durent leurs succès en Arabie, en Nubie, en Abyssinie. Toute sa vie elle s'appliqua h chercher un terrain de conciliation et d'entente qui, en dissipant les défiances et en apaisant l'opposition des Orientaux, rétablit dans rÉglise et dans Tempire Funité et la paix, et il n'a point tenu à elle que le dogme monophysite ne devînt, malgré Rome même, la croyance universelle de la monarchie.

Comme don de joyeux avènement et gage do ses bonnes intentions, elle commença par inspirer au dévot Justinîen une mesure inattendue de tolérance. Les évèques et les moines fugitifs ou proscrits furent rappelés d'exil, et rentrèrent, après de longues années d'absence, dans leurs éo'lises et leurs monastères saccaoés et déserts. A l'appel de l'impératrice, les monophysites reparurent dans la capitale et jusqu'au Palais

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