‹ Théodora, impératrice de ByzanceChapitre 23 sur 28 · FIGURES DE MOINES ET D APOTRES · texte numérisé non relu

FIGURES DE MOINES ET D APOTRES

Au temps où, de tout TOrient, affluaient à Constantjnople les moines monophysites persécutés par les orthodoxes, Théodora, désireuse de leur off rir asile et de leur donner une marque éclatante de sa protection, ne crut pouvoir mieux faire que de les recueillir au Palais Sacré.

Le palais d Hormisdas était une des dépendances de la résidence impériale. Situé sur le rivage de la mer de Marmara, il avait servi d'habitation à Jnstinien, alors qu'il n'était encore qu'héritier présomptif de l'empire. Monté sur le trône, le prince avait tenu à conserver cette demeure de sa jeunesse, et l'ayant fait magnifiquement restaurer, il Pavait comprise dans l'enceinte

agrandie du palais. C'est de cette maison que Théodora fit choix pour y installer ses amis et elle n'eut point de peine à l'obtenir de la complaisance de son mari. Justinien n'était point fiché au reste d'avoir ainsi sous sa main et sous la surveillance directe de sa police les chefs les plus notables de l'opposition monophysite.

Par les soins de la basilissa, Tantique palais d'Hormisdas se transforma donc, comme écrit un contemporain, « en un grand et merveilleux désert de moines ». Dans les appartements on aménagea des cellules ; de Tune des grandes salles on fit une église, d'une autre un réfectoire. Pour les plus âgés ou les plus illustres des religieux, pour ceux que recommandait une particulière sainteté, anachorètes et reclus expulsés de leurs ermitages, stylites contraints à descendre de leurs colonnes, on construisit, dans les cours et sous les portiques, des cabanes de bois, couvertes de nattes ou de toiles, où ils purent vivre à part dans la méditation et la prière ; à la masse des frères on assigna une vaste maison où, sous la direction d'un abbé, ils pratiquèrent en commun la vie cénobitique. Plus de cinq cents moines, originaires des pays les plus divers, parlant les langues les plus variées, furent ainsi rassemblés en une pieuse communauté ; et tout

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le long du jour, dans les corridors, les cours, les salles du somptueux palais, on n^entendit plus que le murmure des prières et la psalmodie des chants sacrés, on ne vit plus que de vieux moines a barbe blanche, prosternés au pied des autels, s'efforçant par leurs veilles, leurs austérités, leurs jeûnes, de mériter le salut éternel.

Bientôt, par leur sainteté, les Syriens furent populaires dans la capitale. On s'était étonné d'abord de leurs étrangetés ; on arriva bien vite h les admirer. Par milliers les fidèles accoururent au monastère, curieux de ce spectacle imprévu, ou désireux de recevoir la bénédiction des bienheureux ; et les partisans mêmes du concile de Chalcédoine, surpris et charmés', sentaient peu à peu le remords et le repentir pénétrer leurs âmes, et beaucoup d'entré eux, touchés des vertus des solitaires, se convertissaient à la doctrine monophysite. L'ardente Théodora surtout ne se lassait point de visiter ses protégés. Tous les deux ou trois jours, pieusement, elle venait s'agenouiller aux pieds des cénobites, sollicitait leurs bénédictions et leurs prières, leur distribuait de magnifiques aumônes. Elle finit même par décider Justinien, malgré ses préventions, k raccompagner ; et Tempereur. lui aussi, saisi d'admiration, fut si profondément édifié des con-

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versations qiril eut avec les moines, qu'il voulut, comme sa femme, les honorer et les protéger.

Naturellement, clans cet enthousiasme universel, des miracles se produisirent promptement, qui accrurent encore a Byzance la réputation de la pieuse communauté. Un jour, dans la chapelle, les fidèles se pressaient en grand nombre pour recevoir la communion ; comme d'habitude, il y avait beaucoup de femmes et d'enfants dans l'assistance. Tout a coup un grand craquement se fait entendre ; sous le poids de la foule trop compacte, l'édifice s'écroule, ensevelissant des centaines de victimes. De partout montent les gémissements, les cris.de terreur et de deuil ; le bruit en parvient jusqu'au Palais Sacré, et bientôt par la ville entière se répand la nouvelle de la terrible catastrophe. Mais Dieu, en sa miséricorde, veillait sur ses élus. Après un court moment de stupeur, tous les assistants se relevèrent intacts, sans une blessure, sans une contusion, louant et célébrant le Seigneur qui les avait sauvés d'une mort certaine. Devant ce miracle éclatant,- les souverains, les grands, la ville entière, honorèrent davantage encore les bienheureux, et Justinien lui-même tint a honneur de faire reconstruire à ses frais le bâtiment qui s'était elFondré.

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Pendant les dures années qui suivirent le concile de 536, alors que dans tout Tempire la persécution taisait rage, le monastère monophysite de Saint-Serge — c'est sous ce vocable qu'il avait été consacré — dut à la protection de l'impératrice d'échapper à la tempête. A la vérité, les moines étaient un peu prisonniers dans leur retraite : il leur fallait, pour quitter la capitale, et même pour sortir en ville, l'autorisation du gouverner ment. Néanmoins l'influence qu'ils exerçaient autour d'eux était considérable^ et bien qu'avec le temps le nombre des cénobites ait diminué, une partie d'entre eux ayant eu permission de retourner dans leur pays natal, pourtant, aussi longtemps que vécut Théodora, le couvent prospéra ; et après la mort même de la basilissa, Justinien, en souvenir de sa femme, lui conserva sa protection.

Vers le même temps, également grâce à l'appui de l'imp h'atrice, une autre communauté monophysite se maintenait aux portes de la capitale. Au laubourg de SykîC, sur la rive orientale de la Corne d'Or, s'élevait, en face de l'église et du palais de Saint-Mamas, le monastère des Svriens. Il avait été fondé sur un terrain donné par Théodora au moine Zooras, et beaucoup de dissidents qui venaient dans la capitale avaient trouvé

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là la sécurité et la paix. Sur un terrain avoisinant, le pieux Maras avait établi un cimetière pour ses coreligionnaires, et un grand nombre d'hommes illustres du parti avaient été ensevelis dans ce sol consacré. Devenu ainsi comme un lieu saint du monophysisme, le couvent était florissant; son chef, l'abbé Jean, un moine originaire d'Amida en Mésopotamie, était fort en faveur chez l'impératrice, et même chez l'empereur, qui, en faveur de son zèle à dénoncer et à combattre le paganisme, consentait a lui pardonner ses croyances hérétiques. Dans cette sûro retraite peu à peu allaient se rassembler toutes les notabilités du parti, qui trouva là promptement son centre d'action et de propagande.

Ainsi, malgré les édits, malgré les défenses de la loi et les fureurs de la persécution, Théodora soutenait et protégeait ses amis. Partout aux monophysites elle préparait des asiles. Dans l'île de Chios elle fondait, pour les évêqiies expulsés et les moines proscrits, une maison de refuge, à côté du tombeau du saint martyr Isidore. A Derkos, sur le Pont-Euxin, où elle avait dû, au moment de la crise de 536, laisser exiler d'abord le moine Zooras, puis le patriarche Théodose et son clergé, elle n'épargnait rien pour adoucir la demi-captivité de ses partisans.

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Non contente de subvenir libéralement à leurs besoins, elle encourageait discrètement leur propagande, faisait en sorte de laisser parvenir jusqu'à eux les nombreux fidèles qui venaient auprès de leurs pasteurs chercher secours et consolation ; surtout elle s'appliquait à leur mé* nager les moyens de rentrer bientôt dans la capitale, afin de grouper autour d'elle et d'organiser toutes les forces du parti.

Tandis qu'en elfet les populations orientales, malgré la persécution, malgré l'exil ou la mort de leurs prêtres, s'obstinaient dans leurs croyances, les grands chefs de la secte avaient fort habilement compris que du palais seul pouvait venir la restauration de leur Eglise et que tout leur effort devait se porter à Gonstantinople, pour (( adoucir l'empereur, comme dit un chroniqueur, et enflammer le zèle de l'impératrice à l'égard des fidèles ». Ceux-là, c'étaient les politiques. Se tenant pour le moment dans une prudente réserve, ils affectaient d^ respecter les ordres du gouvernement, ne faisant point de propagande trop active, évitant de prêcher ou d'ordonner des prêtres; ils comptaient sur le temps et sur Théodora. Mais leur attitude trop adroite ne plaisait pas à tous leurs coreligionnaires : il y avait parmi les monophysites des

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