K PAPE ET L'IMPÉRATRICE
L()rsr[iio, (m r>iU), le Aj^apil mourut hnis-
qucmont à Constantinoplc, Théodorn courut rnudacioux projet de uic^ttre à profit la vaeau(Uî imprévue du siège poutifjeal. Depuis cpielques années vivait à By^çance, comme nonce apostolique, un diacre nommé Vigile, (l'était une ame ambitieuse, dépourvue de scrupules, capable pour parvenir de bien des faiblesses et de bien des compromis. Issu d'une grande famille s(';naloriale, il avait une fois déjà tenté de mouler dans la cbaire de saint Pierre, et s'était fait, dans ce but, adopter par Boniface II comme son successeur. Obligé, devant l'opposition du clergé romain, de lenoncer à ses espérances, il s'était
LA PirrSE TlirODOliA
tourné vois les Byzantins, et il avait employé Si! mission diplomatique dans la capitale à se pousser fort adroitement dans lu faveur de Tliéodora. Quand la basilissa, furieuse d'avoir du céder aux exigences d'Agapit, «ongea, pour trouver sa revanche, à faire un pape de son choix, disposé à transiger avec les monophysites, Vigile, bien en cour, et dont l'ambition sembhait garantir la docilité, parut Fhomme qu'il fallait pour servir les entreprises de la souveraine.
Vigile et Théodora n'eurent point de peine à s'entendre. La basilissa offrit au nonce la succession d'Agapit ; il promit en retour qu'il serait sur le siège pontifical l'instrument tout dévoué des volontés de l'impératrice. On raconta même, plus tard, qu'en échange de la protection byzantine, il s'engagea plus formellement encore : il promit de renier le concile de Chalcédoine, de rétablir Anthime, d'écrire aux grands chefs du monophysisme, Théodose et Sévère, pour leur manifester son entière conformité de vues avec eux; on raconta aussi que, pour prix des services qu'elle attendait de lui, Théodora fit compter à Vigile une forte somme d'argent. « Pour qui a étudié le caractère de Vigile, a dit un fort pénétrant historien, aucune stipulation ne saurait être écartée par la question préalable. Il était capable
PAPi: KT l/ïMPKRATniCF.
cle tout promettre, ou du moins de tout laisser espérer. » Ce qui est sûr, c'est ({u'il partit en toute hate pour Rome, emporlant des lettres pour Bélisaire et sa femme Antonine, et que ces lettres traçaient au i^énéral son devoir en des termes qui ne souffraient point d'objection. ^ isiblement, dans la nomination du nouveau pape, Justinien s'était résolu à laisser carte blanche à Théodora, désireux de lui offrir cette compensation à Téchec qu'elle venait d'éprouver, et peutêtre aussi secrètement satisfait d une solution qui rétablirait Tunité dans l'Eglise, en mettant le pontife romain d'accord avec les Orientaux.
Pendant que ce pacte se négociait à Byzance, les événements marchaient dans la ville éternelle. Quoique h cette date Bélisaire eût déjà débarqué en Italie, Rome était encore aux mains des Ostrogoths. Le roi Théodat, sentant d'instinct quelle import<nnce il y avait, dans ces conjonctures, à s'assurer du souverain pontificat, avait fait nommer en toute hate un successeur à Agapit et désigné aux suffrages le diacre Silvère, qu il supposait dévoué à ses intérêts. Lorsque Vigile arriva en Italie, la place qu'il convoitait était prise; pour l'asseoir dans la chaire de saint Pierre, conformément au vœu de Théodora, il fallait d'abord en faire descendre Silvèro. Chose
LA TRÈS PIEUSE THKODOIW
grave et d'autant plus malaisée que, pour se faire bien venirhConstantinople, le nouveau pape avait eu pour premier soin crappeler à grands cris les Impériaux dans la ville éternelle et de livrer en décembre 536 Rome à Bélisaire.
Vigile était fort déçu ; Théodora était peu satisfaite. Elle tenta toutefois, indifférente au fond sur la question de personne, d'obtenir de Silvère ce qu'elle avait espéré de Vigile, et elle lui fit demander de rétablir Anthime sur le trône patriarcal. Energiquement, le pontife refusa. L'impératrice alors se décida à agir. Des ordres formels furent envoyés a Bélisaire, lui enjoignant de déposer Silvère et de faire élever Vigile à sa place. Le patrice hésitait, assez ennuyé de la répugnante besogne qu'on lui proposait; mais auprès de lui, Antonine, très désireuse d'être agréable à Théodora, combattait ses scrupules, et pour en triompher, l'ambitieux Vigile, s'agitant autour du général, employait, dit-on, des arguments non moins' décisifs. Il promit de Targent au patrice, et comme il n'était point sans péril au reste de contrecarrer les volontés de la basilissa, Bélisaire finit par se prêter au complot ourdi contre le malheureux Silvère.
A ce moment même les Ostrogoths, sous les ordresdu roi Vitigès, venaient de reprendrel'offen-