‹ Théodora, impératrice de ByzanceChapitre 27 sur 28 · L.V MOHT THÉODOMA · texte numérisé non relu

L.V MOHT THÉODOMA

la grandeur criine porte qu'il jugeait à bon droit irréparable. A la fen.uie qu'il avait adorée, il apportait, dernier cadeau et suprême souvenir, des bijoux somptueux, des étoffes magnifiques brodées d'or et constellées de pierreries, toute une parure funèbre qui devait accompagner la défunte dans sa tombe, comme un dernier reflet de ce luxe et de ces pompes qu'elle avait tant aimés. Et prenant dans ses bras le cher cadavre inanimé, le vieux basileus, les yeux inondés de pleurs, murmurait de suprêmes adieux à sa Théodora.

Alors, sur un signe du souverain, les porteurs impériaux soulèvent le lit funèbre; et le grand maître des cérémonies, s'approchant du cadavre, répète par trois fois, à très haute voix, les paroles rituelles : a Sors d'ici, basilissa : le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs t'appelle. » Et derrière le cercueil, sous les voûtes du palais, une dernière fois, la procession impériale se forme et se déroule. Au dehors, sous les portiques de TAugustéon, une foule en deuil attend le passage du cortège; sur les portes, sur les terrasses, aux fenêtres des maisons, des femmes, les cheveux épars, pleurent en silence ou poussent des cris aigus; dans les rues tendues d'étoffes, jonchées de sable doré, l'encens monte en épais nuages,

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et lentement, à travers le flot de peuple qu'attire la grandeur du spectacle, le cortège funèbre s'avance, magnifique et pompeux. Les chants sacrés des prêtres, les psalmodies des vierges se mêlent aux cris de deuil, au bruit des orgues d'argent, aux clameurs rythmées des factions; des milliers de cierges ondulent en une procession lumineuse ; et à travers la longue rue de la Mésè, par le Forum de Constantin et la place du Capitole, toute la cour s'en va. à l'église des Saints-Apotres, conduire Théodora à son dernier sommeil.

Dans la basilique on célèbre TolTice solennel des morts: et de nouveau le maître des cérémonies, s'approcliant du cadavre, lui crie : a Entre dans ton repos, basilissa : le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs t'appelle. » Puis le préposite enlève le diadème d'or, et le remplace par une bandelette de pourpre; enfin, dans le grand sarcophage de marbre vert d'Hiérapolis, qu ellemême s'est fait préparer dans le Saint-Denis de la monarchie, on dépose le cercueil d'or qui enferme les restes de l'impératrice. Et lentement la foule se disperse, et Justinien, écrasé de douleur, rentre avec sa cour dans son palais désert.

Quand on apprit dans l'empire la mort de la redoutable souveraine, tous ceux qui avaient

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souiïert par elle sentirent renaître leur eourage et leurs espéranees. Jean de Cappadoee reparut à Constantinople et se flatta de reeonquérir la Ikveur de Justinien ; Artabane. répudiant la lemme que lui avait imposée Théodora, erut le moment venu de se venger en eonspirant contre l'empereur; Germanos et ses fils, très -excités^ jugeaient l'heure opportune pour sortir de la longue disgrâce qu'ils avaient subie ; Antonine même, la protégée et l'amie de Théodora, oubliait sa bienfoitrice et cherchait de nouveaux appuis pour assurer son crédit. Aux yeux de tous^ la mort de la basilissa semblait devoir nécessairement entraîner une réaction tout ensemble politique et religieuse ; et déjà les orthodoxes, intriguant chez l'empereur, lui demandaient des rigueurs nouvelles contre les monophysites épouvantés de la mort de leur grande protectrice. Déjà on parlait de purger le Palais Sacré de la présence sacrilège de ces moines qui depuis trop longtemps souillaient le palais d'Hormisdas ; déjà on incitait le prince, puisque l'impératrice était morte, à soumettre par la force à la foi de Chalcédoine ces hérétiques qui avaient surpris les bonnes grâces de la basilissa et osé résister aux ordres de l'empereur.

On comptait sans le profond amour que Justi-

nien gardait h Théodora, sans la longue habitude qu'il avait de suivre ses conseils, sans le soin aussi qu'elle avait pris, avant de mourir, d'expliquer à son ëpoux ses suprêmes désirs et de lui recommander tous ceux qui l'avaient aimée et bien servie, a Désireux, comme dit un contemporain, de se conformer en toutes choses aux volontés de sa femme, même morte », le basileus demeura obstinément fidèle aux conseillers dont elle l'avait entouré et à la politique qu'elle lui avait tracée. Jean de Cappadoce, maloré ses eftorts, resta diso-racié : Bélisaire, malgré ses honneurs, fut toujours soupçonné : Pierre Barsymès et Xarsès conservèrent leur faveur : Antonine, en souvenir de Tamitié d(* Théodora oarda la confiance du souverain. Germanos, et ses fils à la vérité, rentrèrent en grâce ; mais parmi les princes de la famille impériale, celui qui fut toujours le favori du vieil empereur, ce fut le curopalate Justin^ que Théodora avait marié à sa nièce et qu'elle avait désigné pour être l'héritier présomptif de la monarchie.

En matière religieuse. Justinien ne suivit pas moins fidèlement les instructions de Théodora. Lorsque, dans le gynécée impérial, on découvrit le vieux patriarche Anthime, qu'elle y avait recueilli, rempereur fit grand accueil au prélat

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