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la garde-robe, les silentiaires qui font faire le silence sur le passage du basileus, les chartuîaires qui préparent les promotions, les référendaires qui reçoivent les suppliques, les secrétaires qui ont le soin de la correspondance, tout un monde bigarré de fonctionnaires et d'eunuques, évoluant sous les ordres du grand maître de la chambre. C'était la maison de l'impératrice, dirigée par la grande maîtresse du palais, et étroitement dépendante de la souveraine, qui remettait elle-même h ses serviteurs, femmes et eunuques, les insignes distinctifs de leurs charges. C'était le service des écuries impériales, obéissant au comte des écuries, et Ka foule des employés civils qui travaillaient dans les bureaux de la chancellerie sous la haute autorité du maître des offices. C étaient les soldats des gardes, domestiques et protecteurs, scholaires et candidats, troupes d'apparat à l'uniforme splendide, qui, avec leurs beaux habits, leurs longues tuniques blanches sur lesquelles brillaient des colliers d'or, leurs boucliers d'or timbrés du monogramme du Christ, leurs casques d'or à la rouge aigrette, leurs lances incrustées d'or, leurs longues et splendides épées, faisaient dans les cérémonies un effet prodigieux. C^étaient les spathaires, écuyers de l'empereur,
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les excubiteui S, soldats de la garde particulière, magnifiques géants qui portaient sur Tépaule la terrible hache à deux tranchants. C'étaient les ostiaires, les hérauts, les huissiers, les femmes de chambre, les dames d'honneur, foule immense et compliquée, dont le difficile gouvernement appartenait au curopalate ou maire du palais. C'étaient les gens d'Eglise enfin, chapelains et moines, dont beaucoup vivaient dans la demeure impériale, et dont la rude simplicité, les haillons souvent sordides contrastaient étrangement avec les élégances et les raffinements de cette cour cérémonieuse et polie.
Au commandement du maître des offices, chef du protocole et arbitre suprême de l'étiquette, toute cette multitude aux costumes pompeux s'ordonnait en de savantes hiérarchies, pour rehausser la splendeur des fêtes et la pittoresque variété des processions impériales. Chaque jour, c'étaient des solennités nouvelles, iVu commencement de l'année, en souvenir des vieilles traditions romaines, parfois l'empereur se plaisait il revêtir la dignité consulaire. Assis sur la chaise curule, portant la trabée, l'antique costume des vieux consuls de Rome, le prince, l'air solennel et grave, recevait dans une des salles du palais les compliments de ses sujets. Il écoutait
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les félicitations du sénat, les panégyriques des rhéteurs, il regardait le long et silencieux défilé des fonctionnaires de cour ; et à tous il distribuait les vases d'argent ciselé, les diptyques d'ivoire, les pièces d'or entassées à ses pieds dans des corbeilles, les gratifications proportionnées à chaque grade et à chaque dignité. Puis, h Tappel des hérauts, se formait la pompe consulaire, et à travers les appartements, dans l'étincellement des uniformes et l'éblouissement des armes, la procession se déroulait jusqu'à l'Augustéon, jusqu'à la Grande Eglise, jusqu'au Capitole, où, parmi les applaudissements du peuple et les chants rythmés des factions, le basileus, monté maintenant sur le char triomphal, se rendait par les rues jonchées de verdure, tendues de soies écarlates et de tapisseries précieuses.
D'autres fois c'étaient les audiences solennelles où, dans le grand consistoire, l'empereur conférait les dignités nouvelles, iinnonçait les promotions, remettait les insignes des grades. C'étaient les réceptions des rois barbares, qui venaient, souvent accompagnés de leurs enfants et de leurs femmes, rendre hommage à Justinien, et dont les étranges et pittoresques costumes excitaient fort la curiosité du populaire. C'étaient les visites des ambassadeurs étrangers, porteurs des cadeaux
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de leurs princes; et pour éblouir tous ces barbares, pour graver dans leurs rudes cerveaux l'impression profonde et formidable de la puissance byzantine, on déployait tous les raffinements du luxe, toutes les complications de Tétiquelte. De la porte de la Chalcé au grand Consistorium, les soldats des gardes faisaient la haie en tenue de parade, et parmi le flottement des étendards multicolores, dans l'étincellement des épées nues et des lances dressées, a travers Timmensité des salles splendides^ lentement défilait le cortège des ambassadeurs. Dans la salle d'audience, environné de gardes, d'eunuques, de grands dignitaires, assis sur le trône entre les deux Victoires qui suspendent sur sa tête des couronnes de lauriers, l'empereur attendait, immobile et solennel. Brusquement, a un signal, les rideaux de soie sont tirés ; les orgues chantent^ accompagnant les chœurs des factions; humblement, par trois fois, les ambassadeurs se prosternent sur la terre, jusqu'à ce que le basileus les invite à se relever. Puis les cadeaux, précieux ou bizarres, apportés par l'ambassade, sont présentés au souverain ; et en de courtes formules, réglées par le cérémonial, l'entretien commence, banal, officiel et hautain. Puis ce sont les festins d'apparat, où la cave impériale étale ses richesses pour les
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hôtes exotiques de l'empereur, Avars aux rudes visages, aux longues tresses ondoyant comme des couleuvres, Huns aux cheveux pendants, aux moustaches énormes, aux braies collant sur les cuisses. Abyssins demi-nus parés de bijoux barbares, Arabes bruns ou souples Ibères. A tous le souverain prodigue les cadeaux, les dignités, les politesses, particulièrement heureux quand il peut les convertir à Torthodoxle et compléter les réceptions palatines par un baptême à Sainte- Sophie, où Tempereur lui-même ne dédaigne point de servir de parrain aux nouveaux chrétiens.
Ainsi, dans le Palais Sacré, d'un bout à l'autre de son existence, minutieusement le cérémonial réglait toute la vie publique d'un souverain byzantin. Parfois pourtant, dans cette stricte étiquette, des incidents inattendus, et moins conformes au protocole, venaient mettre un pittoresque imprévu. Maras le solitaire était un de ces moines 'égyptiens, fanatiques et visionnaires, que nul respect humain n'arrêtait quand ils croyaient sentir l'inspiration divine. Chassé de sa cellule par la persécution, il s'en vint à Constantinople, et hardiment il se présenta devant Justinien et Théodora. Son costume déjà aurait suffi a faire sensation au palais : il portait
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un vêtement rapièce de mille morceaux de toutes couleurs grossièrement cousus de fils multicolores, un manteau de même façon, le tout si crasseux, si sordide, que le plus pauvre diable, dit le contemporain qui raconte cette histoire, n'en aurait point voulu, même s'il n'avait rien eu à se mettre sur le corps. Plus encore que son habit, le langage de Maras étonna : il se mit en effet à invectiver les souverains avec une telle violence, que le chroniqueur n'ose, par respect des grands de la terre, reproduire ses audacieuses et outrageantes paroles, si brutales et si grossières, que des gens de rien les auraient à peine supportées. Le beau de l'aventure, c'est que Justinien et Théodora écoutèrent avec une patience admirable cet homme que ne troublait ni l'éclat de la couronne, ni la splendeur de la pourpre; et pleins d'estime pour ce moine parfait qui s'exprimait en de si libres critiques, ils déclarèrent que vraiment c'était un philosophe spirituel. Bien plus,rempereur promit, paraît-il, de déférer à ses conseils et l'impératrice voulut le garder au palais pour s'entretenir avec lui des choses de Dieu.
Zooras aussi était un moine et, comme Maras, persécuté pour sa foi. Lui aussi crut de son devoir d'aller avec quelques disciples dans la capi-
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taie pour braver en lace le tyran. Bien accueilli par Justinien, invité à s'expliquer devant une assemblée crévèques, il se répandit naturellement en injures contre le prince qui persécutait rÉglise de Dieu, versait le sang des fidèles et soutenait le concile impie de Clialcédoine. (( Tous les tourments, criait-il, que les chrétiens ont subis. Dieu t'en demandera compte au jour du jugement. » L'empereur était furieux ; il n'osait faire arrêter le moine, mais des paroles menaçantes s'échappaient de sa bouche: « C'est vous, répliquait-il, cjui êtes des séditieux, des perturbateurs ; le concile est juste, et je n'admettrai pas qu'on me parle plus longtemps sur ce ton. Si vous dites vrai, Dieu me le manifestera par un signe ; sinon, quiconque maudira le concile sera condamné à mort. » Sans se troubler. Zooras ripostait : (( Les anges du ciel même détestent ton concile. Pour croire, les vrais fidèles n'ont pas besoin de signe. Mais sois tranquille. Dieu te donnera un signe, et sur toi-même. » Et il sortit. Le lendemain, dit le chroniqueur, Justinien était fou; il ne voyait plus, il avait à peine forme humaine. Heureusement, l'adroite et prudente Théodora était là : elle enferma le malade dans un appartement secret du palais, et de crainte que le bruit de sa mort ne se ré-
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pandit par la ville, elle n'admit auprès de lui que deux médecins et deux serviteurs. Puis elle fit en hâte chercher le moine, promettant que, si le prince guérissait, il rendrait incontinent la paix à TEglise. Quand Zooras entra : « Voilà bien, dit-il, le signe que tu avais demandé » ; et entrant en prière, il rappela le moribond à la vie. Justinien revenu à lui reconnut le vieillard et comprit ; et désormais, rempli de la crainte du bienheureux, il se gouverna en toutes choses par ses conseils.
Tel était le Palais Sacré de Hyzance, vers le tem])s où Tliéodora y régnait en maîtresse. Ambiti(Uise comme elle était, des[)otique (4 Iniutaine, elle n'avait pas été Ionique îi v saisir d'une main ferme h^ pouvoir dont elle avait fait lacojiquéte ; Irès f(Mnme a\ec cela, toujours coquette et désireuse de phure, elle s'était phis promptement encore accoutumée li sa nouvelle majesté.
LA VIE IMPÉRIALE DE TIlÉODOrxA
Rarement souveraine de naissanee aima et goiita plus que Théodora les joies multiples, plaisirs de luxe et menues satisfactions d'orgueil, que peut donner l'exercice de l'autorité suprême. Elle s'était toujours plu au faste et ii la parure : elle déploya au Palais Sacré tous les raflînements et toutes les élégances. Elle voulut des appartements somptueux, des costuuies magnifiques, des bijoux éblouissants. Surtout elle eut de sa beauté un soin constant et délicat. Pour se faire un visage reposé et charmant, elle prolongeait son sommeil par d'interminables siestes ; pour gardera son teint l'éclat et la fraîcheur, elle prenait des bains fréquents, auxquels succédaient
l'ïmpératuice théodoua
de longues heures de repos. C'était coquetterie naturelle, désir de plaire, toujours éveillé çhez une femme de sa sorte. C'était habileté politique aussi : Théodora savait bien que son charme était le plus sur garant de son influence.
Sa table également était toujours servie avec un goiYt exquis et recherché. Tandis que Jnstinien se plaisait à une simplicité de vie prodigieuse, ne buvant jamais de vin, mangeant à peine, se contentant généralement de quelques légumes, et souvent se levant de table sans avoir goûté aux mets présentés, tandis que, par piété, il demeurait souvent des jours et des nuits sans prendre de nourriture, Théodora exigeait à chacun de ses repas les plats les plus fins, les boissons les plus variées. Elle tenait plus fortement encore i\ l'appareil extérieur du pouvoir. Il lui fallait une cour, des suivantes, des gardes, des cortèges; en vraie parvenue, elle adorait et multipliait autour d'elh^ les complications du cérémonial. Tandis que rempereur se montrait accessible à tous, n'écartant personne de ses audiences, ne se choquant point des légers manquements qui, dans l'attitude ou le langage, pouvaient froisser le protocole, causant familièrement avec ses visiteurs et encourageant leurs réponses, Théodora poussait à Textrème les exigences de Tétiquctte. Elle avait,