Cf. supra, p. jjç
garde bien d'y répondre et manœuvre de telle sorte que sa visiteuse elle-même, soudain calmée, lui posera des questions au lieu de
l'égratigner :
Myrrhine, En toi le beau Dracès a la beauté divine. Les cheveux ruisselants, la lèvre qui fleurit...
Myrrhine Que va-t-il donc chercher ailleurs ?
Socrate
C'est un esprit Qui, par un entretien sérieux ou futile, L'enveloppe à son gré d'une flamme subtile ; C'est la pensée, ainsi qu'un grand aigle irrité Fuyant vers la justice et vers la vérité. Si tu veux près de toi le retenir, ô femme ! Que ne lui montres-tu ton esprit et ton âme ?
Surprise à la fois de ce calme et de ce langage un peu mystérieux, Myrrhine demande des explications, et Socrate, interrogeant à son tour, lui fait découvrir elle-même la cause des froideurs et des absences de son mari Dracès et le moyen de le ramener :
Dracès apprit de moi comment Notre àme vers le beau s'élève éperdument Et se rend la vertu docile et familière. O Myrrhine, à ton tour deviens son écolière ! Si, buvant longuement aux flots inépuisés, Il t'enseigna jadis la douceur des baisers, Il t'apprendra le noble orgueil, la sainte joie De saisir, d'embrasser le vrai comme une proie, Et de sentir en soi le doute évanoui ! Vis avec lui ! cherche avec lui ! pense avec lui !
C'est Socrate qui résume ainsi l'entretien ; mais le spectateur a l'impression fort nette qu'il aurait pu, s'il avait voulu, faire dire la même chose par Myrrhine : réduit aux proportions restreintes que lui imposait la forme dramatique, le dialogue a gardé cependant les caractères essentiels, la marche et le ton des dialogues socratiques. A part cela, tout est inventé par Banville, sauf peutêtre la question ironiquement naïve du début ; elle rappelle quelque
-y6 THEODORE DE BANVILLE
peu celle que Socrate adresse à son fils Lamproclès dans les
Mémorables :
Penses-tu que l'humeur sauvage d'un animal soit plus difficile à supporter que celle d'une mèrer — Non certes, quand il s'agit d'une mère comme la mienne ! — Est-ce que par hasard elle t'aurait fait quelque morsure ou lancé une ruade, comme tant de gens en reçoivent des animaux r '.
Dans le Banquet de Xénophon, les convives disent en riant au philosophe :
Comment se fait-il, Socrate, que tu t'accommodes de cette femme, la plus acariâtre des créatures passées et à venir r — Je vois, répondit Socrate, que, pour devenir bon cavalier, on ne se procure pas les chevaux les plus dociles, mais les plus fougueux; on est certain, si on les dompte, de venir facilement à bout des autres. De même moi, qui veux vivre en société avec les hommes, j'ai pris Xantippe, persuadé que, si je la supportais, je m'accommoderais facilement de tous les caractères 2.
Banville semble s'être inspiré de ce passage dans les vers de la dernière scène où Socrate veut justifier son amour pour Xantippe:
Xantippe va sortir de ma maison déserte
Et j'en sens dans mon cœur l'irréparable perte.
Car son utile rage était le fouet têtu
Dont la rude lanière, éveillant ma vertu,
Comme l'âne fouaillé par le vieillard Silène
Tenait ma patience et ma force en haleine.
Mais ce sont là plutôt de libres imitations que des emprunts véritables comme on en trouvera dans les autres comédies.
i. Xénophon, Mémorables, n, 2-7:
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