‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 108 sur 141 · Cf. acte u, se · texte numérisé non relu

Cf. acte u, se

Mais la Déesse n'a pas besoin qu'un Alceste vienne interrompre cette « scène des portraits » : elle y met fin elle-même assez brusquement lorsque ses nymphes essaient — bien timidement — de prendre la défense de l'amour. Glaucé, qui aime le berger Hylas, ou plutôt le dieu Eros qui a pris ses traits, Glaucé trouve un prétexte pour ne pas suivre la chasse : son amant vient bientôt la rejoindre ; Diane, avertie par Gniphon, les surprend tous les deux ; la nymphe est désormais indigne d'accompagner la déesse, elle sera exilée à jamais ; mais Eros veut sa revanche, il faut que Diane elle-même connaisse la puissance de son ennemi : l'Amour prend la figure d'Endymion, se couche et feint de dormir sur un tertre éclairé par la lune ; Diane, attirée par un charme irrésistible, survient, l'admire et lui donne un baiser; Eros s'éveille et, vaincue par de douces paroles, Diane tombe dans ses bras. A ce moment retentit un rire bruyant et mauvais : c'est Gniphon qui surprend Eros pour la seconde fois et s'empare du cor de Diane pour appeler les nymphes et leur montrer leur vertueuse maîtresse. La déesse irritée le change en statue et chasse le dieu qui voulut la déshonorer; mais elle ne peut plus condamner Glaucé pour une faiblesse dont elle-même fut victime : la nymphe reprendra sa place dans le divin cortège, et l'Amour, pour lequel intercèdent les jeunes chasseresses, pourra du moins revoir l'Olympe et « sa mère aux cheveux d'or ». En résumé, transformation complète de la donnée antique, combinaison de cette fable avec quatre épisodes empruntés tantôt à Molière (scène des portraits, scène des nymphes et de Gniphon), tantôt à Virgile (imitation de la sixième églogue), tantôt à une œuvre d'art contemporaine (tableau du sommeil d'Eros-Endymion). Il y a, comme on voit, un procédé curieux de contamination qui n'exclut pas une grande liberté à l'égard de ceux qu'on imite. Une autre comédie permet de voir jusqu'où va cette liberté, comment le poète, lorsqu'il ne fait pourtant que traduire en drame le récit d'un prédécesseur, corrige hardiment — et heureusement — son modèle. Tout le début de Dèidamia suit pas à pas le texte de Stace, mais que de retouches de détail, que de mots malencontreux effacés, que de froids épisodes changés en scènes amusantes et gracieuses ! Au lever du rideau, Achille s'éveille ; sa mère lui dit pourquoi elle veut le cacher dans la maison de Lycomède ; le héros se révolte :

Cette âme impitoyable, les caresses de Thétis cherchent en vain à la

fléchir: ses prières ont contre elles le père d'Achille et son illustre nourricier et les sanglants débuts d'une âme héroïque1.

Ce dernier vers sera longuement développé par Banville :

Quoi donc! Moi dont les premiers jeux Furent de terrasser, dans les antres neigeux, Des louves, et qui fus instruit par le Centaure A faire voir mes bras tout sanglants à l'aurore ! Moi qui perçais les ours de mes flèches d'airain ! Moi qui, sous le grand ciel redoutable et serein, Dans mes deux mains d'enfant encor toutes petites Emportais, pour jouer, les maisons des Lapithes, Et qui, pour rafraîchir mes yeux jamais lassés, Baignais mon large front dans les fleuves glacés, Je me résoudrais, moi que le carnage affame, A porter lâchement des parures de femme ! [C, 379. j

Thétis serait vaincue si, juste à ce moment, n'apparaissait au milieu de ses sœurs la belle Déidamia :

Comme Vénus, au milieu des Nymphes du vert Océan, les éclipse toutes, comme la haute taille de Diane surpasse celle des Naïades, ainsi brille Déidamia, reine du chœur adorable, faisant oublier la beauté de ses sœurs2.

Même comparaison au début de la scène 3 :

Dieux ! quelle est cette vierge si belle? Telle, faisant éclore à ses pieds l'asphodèle, Parut Cypris, et telle en nos bois Artémis Accourt d'un pas léger. [C, 387.]

Thétis profite du trouble de son fils pour changer son vêtement en un vêtement féminin ; puis, en deux mots, — la scène est sobrement

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