Scène 9, p
Leurs pourpres envolées Qui parmi les mêlées Montraient leurs plis vermeils Aux grands soleils.
... chaque rail vers nous porte Avec les plus chauds Pomards
La cohorte Des huîtres et des homards.
expiatoire du réalisme. Aristophane s'indigne ; aussitôt une Muse récite une ode sur le beau dans l'art, et Courbet, honni, se retire honteusement. C'est l'histoire de Palissot avec J.-J. Rousseau ; et Palissot en fut pour sa courte honte.
De son côté le comte de Villedeuil a beau déclarer que Banville « emprunte ses défauts à l'amour excessif de ses plus brillantes qualités »,que le poète « a pris dans l'étude de l'antiquité un sentiment exquis de la perfection » et que « la rigueur de ses jugements vient de là », quelque désir qu'il éprouve de ne pas se montrer sévère à l'égard d'un collaborateur, il se refuse à « abandonner Courbet » :
C'est à tort que l'on accuse l'école réaliste d'avoir pour idéal le laid... M. Courbet fait des paysans laids ; mais les paysans ne sont pas beaux. Je ne leur reproche pas leur laideur, mais de ce qu'elle n'est pas leur fait à eux, elle n'en est pas moins un fait.
Ces critiques ne sont que trop fondées, mais un peu incomplètes aussi: Banville pouvait-il n'être pas injuste? pouvait-il s'en tenir aux actualités de l'année? Je ne le crois pas, et c'est là justement qu'apparaît le vice radical de sa tentative.
Si la principale qualité d'une revue est de parler au public de choses qu'il connaît bien, il est évident qu'elle ne peut reproduire dans ses satires que les griefs du public contre tel homme du jour, telle œuvre ou telle institution. Or la masse a toujours tendance, principalement lorsqu'il s'agit d'art, à rendre les maîtres responsables des excès de leurs disciples; ce n'est point d'hier qu'on reproche à Ronsard le jargon du Bartas. D'autre part le profane, incapable de juger, se borne à répéter les formules qui l'ont frappé, formules souvent inventées par des critiques plus curieux de faire des mots que de penser juste ; et qui peut dire à quel point ces jugements tout faits, ces aphorismes pour conversations mondaines, ces éternels « tarte à la crème » se transforment et s'altèrent, à circuler sans relâche dans la foule des ignorants ? L'auteur de revues est l'esclave de la pensée de son public, et cette pensée est, presque toujours, banale, injuste, peu éclairée, bassement ironique et jalouse à l'égard des talents qui la dépassent ; d'ailleurs, très mal informée de tout ce qui concerne l'art et les artistes, ne connaissant guère que l'œuvre à scandale, l'œuvre applaudie sans raison, l'œuvre sifflée sans justice. Mais quand la Muse de la
peinture, dans le Feuilleton d'Aristophane, faisait allusion au sculpteur Pradier qui venait d'exposer sa célèbre Sapho, ou au dessinateur Johannot qui venait de mourir, combien de gens dans la salle étaient capables de comprendre? Pour être entendu des autres, il fallait bien revenir sur les « affaires » célèbres, fussentelles déjcà de vieilles histoires. Et si le public avait été capable de s'intéresser à de sérieuses discussions artistiques, s'il avait été suffisamment instruit de la plus récente actualité, aurait-il pu rire de choses qui n'ont rien de risible en soi? Banville, sur ce point, s'est lourdement trompé : loin d'être le seul genre possible de comédie moderne, la revue est le pire de tous, car elle ne peut vivre que des banalités de l'année. Amusette d'une heure, dont on rit en petit comité, ou bien prétexte à décors somptueux, à calembours audacieux, à costumes plus audacieux encore, elle ne saurait devenir un genre littéraire, ni surtout un genre poétique. Banville persista dans son erreur, puisqu'en 187^ il parlait encore avec estime de « ce vieillot examen de conscience que marmotte chaque année qui meurt » ■ ; étrange parti-pris chez un artiste si fin et si clairvoyant ! Du moins sa tentative n'eut pas de lendemain ; il renonça pour toujours à cette tâche impossible : la récapitulation spirituelle et poétique des événements de l'année devant un public de théâtre. Toutefois il se peut que, de temps en temps, les circonstances rendent une certaine actualité à des sujets qui n'en ont pas par euxmêmes. Lorsqu'en 1864, la Belle Hélène renouvelle les plaisanteries sacrilèges d'Orphée aux enfers, la Pomme, représentée l'année suivante, a bien l'air d'une protestation contre le comique parfaitement inepte d'Offenbach et de ses librettistes ; surtout les vers héroïques de Dèidamia pouvaient paraître absolument modernes en 1876, alors que les plaies de la guerre étaient encore mal cicatrisées, qu'on pouvait même redouter de nouveaux conflits, et qu'on sentait plus fortement que jamais la nécessité du sacrifice et de l'abnégation. Lorsque la ruse d'Ulysse a découvert enfin Achille, Dèidamia, maintenant épouse et mère, voudrait le retenir; mais le héros résiste :
... cette Hélène à qui je veux sacrifier La vie, avec raison tant chérie et vantée, Ce sont les Dieux, et c'est la patrie insultée... [C, 44°-]