‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 127 sur 141 · R. de Souza, Icc. cit., p · texte numérisé non relu

R. de Souza, Icc. cit., p

11. — LES SCE7VES DE LA VIE ET LES PETITES ETUDES. — Pauvreté de la forme et du fond. — Ses causes. — Tristesse de Banville dans les années qui suivirent la guerre. — Maupassant a-t-il fait le portrait de Banville dans Bel-Ami? — Le Gil Blas ; que Banville y travaille pour le bourgeois.

La théorie du conte. — Sa faiblesse. — La poétique des Exilés se retrouve dans les Contes. — Insuffisance du talent de Banville pour ressusciter vraiment le conte.

L'élément satirique et les Odes funambulesques. — Situation nouvelle du bourgeois. — Son incapacité politique. — Le bourgeois et l'artiste. — La littérature bourgeoise ; naturalisme et satanisme.

L'immoralité bourgeoise. — Le commerce. — La famille. — Mépris de la femme. — La fille produit et fléau de la société bourgeoise. — Les idées politiques de Banville d'après les Contes.

BIBLIOGRAPHIE. — Les Scènes de la Vie et les Petites Eludes comprennent les treize recueils suivants :

i" Les Camées parisiens, parus en 1866 (t. 1 et 11 et [873 t. 111 . Paris, Pincebourde, in- 1 6 avec la mention: Tiré à petit nombre pour les amateurs . Chaque volume comprend quatre douzaines de portraits. — La deuxième édition Charpentier. 1883, in- 12 contient seize douzaines de portraits au lieu de douze, plus le portrait de l'auteur, de sa femme et de son beau-fils ; on y a joint la Lanterne magique et une fantaisie satirique, la Comédie Française en mil huit cent soixante-lrois racontée alors par un témoin de ses fautes. C'est la reproduction d'un feuilleton paru en i8(>5 dans le Nain jaune, sous la signature de V Inconnu, et édité ensuite sous le titre de 1680-1S6}, la Comédie Française racontée par un témoin de ses fautes, avec une préface et un épilogue en vers. Paris, Edmond Albert, éditeur, 11 , rue de Seine, mdccclxiii. une brochure in-16 de 72 pages devenue rare ;

20 Contes pour les femmes, parus d'abord dans la République des Lettres n°s 1 à 17, de février 1876 à mars 1877 ; puis dans le Gil Blas 24 à 40, janvier à octobre 1880) ;

3° Contes féeriques (intitulés d'abord Contes fantastiques), dans le Gil Blas, de novembre 1880 à octobre 1881 ;

4° Petites études, dans le Gil Blas, de mars à juin 1881. Une partie seulement a été publiée en volume, sous le titre de Feuilles volantes, à la suite de Paris vécu; d'autres articles ont été réunis aux Souvenirs;

5° Mes Souvenirs, dans le Gil Blas, de juillet 1881 à mai 1882, sauf l'article sur Nestor Roqueplan, paru dans le National du 2 mai 1870. Le premier numéro de la Renaissance littéraire et artistique con-

tient un article sur Baudelaire, qui est comme un premier crayon de 1 article des Souvenirs; J

<>" Paris vécu, dans le Gil Blas, de novembre 1 83 1 à décembre ,882 ■

7 La Lanterne magique, dans le Gil Blas. de mai àdécembre 1882 '

vier 18^4 *"**'*' dans le GlL Blas, de janvier 1885 à ja'n'-

9" Cmtes héroïques, dans le Gil Blas, de juillet 1883 à juin 1884 ■ io- Contes bourgeois, dans le Gil Blas, de mars à décembre 1884 • 11 Dames et demoiselles et Fables choisies mises en prose, dans le Oïl Blas, de décembre 1884 à septembre 1885 •

,2o ffî beUîS P°UpéeS> danS le GlL Blas' de J^et i386à mai 1887 ■ 15 L Ame de Pans, dans le Gil Blas, d'août 1886 à mars 1888 Chacun de ces recueils a été publié dans la bibliothèque Charpentier peu après son apparition dans le journal.

qutre le Petit Traité, Banville a publié, de 1880 à 1890, onze ^ volumes de prose, divisés en deux séries : les Scènes de la vie ex les Petites études ; la première série comprend quatre recueils de Contes: Contes pour les femmes, Contes féeriques, Contes héroïques, Contes bourgeois; la seconde, formée d'éléments plus disparates, comprend deux volumes de contes : Dames et Demoiselles et Belles Poupées; un volume de fantaisies satiriques ■ la Lanterne magique; un volume de notes sur les amis et les contemporains illustres du poète : Mes Souvenirs; enfin trois volumes de chroniques sur divers sujets d'actualité : Paris vécu, l'Ame de Paris et les Lettres chimériques. Tous ces volumes, à l'exception d un seul, sont formés entièrement d'articles écrits pour le Gil Blas ■ ils forment, matériellement, un ensemble plus considérable que les recueils poétiques, et la différence serait encore plus grande si l'on y ajoutait les articles postérieurs à 1884 et ceux qui parurent plus tard a l Echo de Paris. Toutefois ne regrettons pas outre mesure que ces derniers n'aient pas été joints, comme leurs devanciers, aux œuvres complètes de Banville, car ces contes et ces chroniques n ajoutent rien à sa gloire : à peine en a-t-il lu quelques pages que le lecteur le plus indulgent, le mieux disposé, est surpris désagréablement par la négligence et le laisser-aller du style, par la monotonie de ces insignifiantes et parfois désobligeantes fantaisies. La langue, si châtiée dans les autres œuvres, s'orne ici de

néologismes dont plusieurs ne sont ni très gracieux, ni très utiles ■ ; les expressions familières et parfois triviales se multiplient 2 ; on est tenté, vraiment, pour employer un mot cher à Banville, de trouver que l'abus de ces locutions est un moyen trop « initial » de donner à son style la simplicité de la causerie.

Et c'est un procédé trop commode encore que de faire rire le lecteur en allongeant, travestissant ou défigurant d'une manière bourfonne ces mêmes locutions. Ce n'est pas qu'en soi le procédé ne vaille absolument rien, mais son application exigerait beaucoup de mesure et de discrétion. On rit volontiers, dans les Pauvres saltimbanques, d'une coquette qui roule des yeux « à faire mourir un revenant », et de ce transfuge de la poésie, passé aux revues sérieuses, qui meurt « pauvre et malhonnête » | P. S., 48 et 92 | ; dans le feuilleton du National, on remarque déjà une fâcheuse tendance à renouveler trop souvent ces bouffonneries', mais au Gil Blas l'abus devient criant : un viveur physiquement ruiné est « un Don Juan sur tous les retours » | B. P., 1 $ | ; une personne fort occupée « tient la queue d'innombrables poêles » [B. P., 44], et une autre manifeste son indifférence en disant : « Je m'en lave les mains à me les écorcher » [D. D.. 146]. Ailleurs, le mot figuré sera traité comme s'il était pris au sens propre :

Un public revenu de tout sans y être allé. P. V., -1 .

1. Costumation (P. V., ;j] ; bourgeoisisme ;C. p. F., 3 ; japonisme D. D., 49 , féminisme C. p. F., 20^ ; fumerie L. Ch., 51); turquerie —costume ou objet turc — C. p. F., 50) ; versiste, P. V., 265; ; théâtriste L. Ch.p 88 ; costumiste (S., 259) ; donjuanesque P. V.. 287 ; michelangesque C. p. F., 18 ; L. Ch., 112) ; berquinesque L. Ch., 12 ; japonaise C p. F., 22s ; indigéré = malade d'indigestion — L. Ch., 167 ; vertigineusement P. V., 188 ; plantation —manière dont une chose est plantée — C. p. F., 531); subtilisé [— rendu plus pénétrant, en parlant des sens — C p. F., 2;), etc.

2. Rôtir le balai D. D., 28) ; mener une vie de bâtons de chaises B. P., 71) ; se brosser le bec (B. P., 46) ; avoir d'autres chats à peigner (A. P., 188) ; il n'y a pas de quoi fouetter un chat P. V., 187) ; faire de la bouillie pour les chats

L. Ch., 168 ; en avoir plein le dos P. V., 174) ; il y a belle lurette A. P.. 163) ; c'est une autre paire de manches B. P., 328) ; mettre les pieds dans le plat (C. p. F., 18) ; tenir la queue de la poêle D. D., 509; ; mener une vie de polichinelle ^B. P., 220) ; attacher ses chiens avec des saucisses (A. P., 184) ; prendre des vessies pour des lanternes D. D., 94 .

Je n'ai cité qu'un exemple de chacune de ces locutions, mais il suffit d'ouvrir au hasard un des volumes de contes pour en trouver un grand nombre d'autres.

3. 11 faudrait nettoyer tour à tour trop d'académies d'Augias (23 mai 18-2 ; du temps que les poètes parlaient (30 novembre 1874} ; donner sa langue au sphinx

9 août 187$); prendre des vessies pour des constellations 22 octobre 1877), etc.

Des mets de tonnerre et de flamme qui depuis longtemps m'ont emporté la bouche et ne me l'ont jamais rapportée. B. P., 1^3.

Quelquefois la correction remplacera un mot par un autre mot plus moderne, ou qui convient mieux au personnage, à moins qu'elle n'introduise quelque hyperbole démesurée : « Vous n'avez pas inventé la dynamite ni la poudre de riz », dira une courtisane | B. P., 43J ; des contes absurdes deviendront des histoires « à dormir debout sur un paratonnerre » [D.D., 318]. On peut, sans aucune peine, multiplier à l'infini les plaisanteries de ce genre.

Un autre procédé que prisait fort la muse funambulesque, c'est l'allusion parodique. Certes, il ne peut être que glorieux de suivre l'exemple de Racine et d'Aristophane, mais les Contes le suivent un peu trop souvent: les anciens et les modernes, le sacré, le profane, Rabelais, Racine, Boileau, Shakespeare, Perrault, Beaumarchais, Baudelaire, Virgile, Térence, tout s'y trouve ; le Cantique des Cantiques sert à louer les beautés les plus profanes ' ; l'épisode fameux de la conversion de saint Paul revient à chaque instant avec une agaçante régularité2 ; la nudité de Hassan, des plats d'argent et des discours académiques, la vache de Victor Hugo « qui regarde vaguement quelque part », sont également rappelés à tout propos > ; quant à Ruy Blas, on se demande si Banville n'aurait pas fait la gageure d'utiliser l'un après l'autre tous les vers de la pièce4.

Malheureusement le fond ne rachète pas les faiblesses de la forme, cène sont partout que beautés splendides, statures héroïques, chairs de marbre, dents d'acier, chevelures de lumière ; les âmes sont à l'avenant: s'ils ne sont pas des fantoches, les hommes sont tous forts comme Hercule, braves comme Roland et savants comme

Page 1