‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 133 sur 141 · IbiJ., p · texte numérisé non relu

IbiJ., p

CONCLUSION m-

Montrer la Beauté ne consiste pas à décrire la réalité, mais à la transfigurer, à l'idéaliser :

Les paysages qui ne sont « situés » ni dans le temps, ni dans l'espace, sont vrais d'une vérité plus générale que les descriptions à jamais immobilisées par un pittoresque trop précis et, tôt ou tard, trouvées en défaut par la science ou l'érudition ».

et ailleurs :

Le poète symboliste, affranchi de l'objet, recrée le monde à sa fantaisie, mais lui-même n'existe que dans les traits généraux communs à toute l'humanité. Le reste, accident, contingence, ne vaut pas d'être connu 2.

Il n'est pas, je crois, nécessaire d'ajouter un seul mot pour montrer combien l'art des symbolistes doit à celui de Banville.

Où donc est le désaccord ? Sur la question de la rime, uniquement. Les symbolistes professent la même haine que Verlaine pour « ce joujou d'un sou » et parlent volontiers des « excès funambulesques de Banville et de son groupe » "> ; seulement ils font honneur au poète de Sagesse d'innovations comme les successions de rimes masculines ou de rimes féminines, oubliant qxi'bJrinna est de 1 86 1 et que les Stalactites furent composées lorsque Verlaine était au maillot. C'est grâce à Verlaine, paraît-il, que « la poésie devient musicale après avoir été plastique » '. — Il se peut, mais, en relisant les Cariatides et les Odelettes, il me vient des doutes.

Tout compte fait, je crois comprendre en quoi la poésie symboliste s'oppose au romantisme, à la poésie marmoréenne de Leconte de Lisle, aux émaux flamboyants, mais parfois un peu durs, de Heredia ; je vois moins bien en quoi elle s'oppose à Banville. M. Vigié-Lecoq a voulu prouver

... que les réformes des poètes d'aujourd'hui... sont moins des nouveautés dangereuses que le terme de l'évolution poétique qui commence avec le romantisme > ;

cette opinion renferme certainement une grande part de vérité,

i. Vigié-Lecoq, op. cit., p. 64 2. Ibid., p. 225.

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