Var. jusqu'en 1877. — Dont le dessin va de travers
Ovide, elle imite l'un et traduit l'autre : la Voie lactée contenait en 1842 une traduction de l'épisode de l'âge d'or, dans les Métamorphoses , et Phyllis [l, 84] contient de nombreux souvenirs de la troisième églogue :
Cette coupe de hêtre où l'art d'Alcimédon Sut courber sur les bords par un savoir insigne Le lierre pâlissant et la feuille de vigne...
pocula ponam Pagina, caelatum divini opus Alcimedontis Lenta quitus torno faeili superaddita vitis Dijfusos hedera vestit patiente corymbos v. 56-39].
Tandis que mollement reposés sur cette herbe...
Dicile quandoquidem in molli consedimus herba [v. 55].
Car la Muse se plaît à ces chants alternés
... Amant alterna Camenae [v. '■)?>.
Phébus le dieu pasteur, Phébus le dieu du jour, Par son regard doré m'inspire une hymne sainte Et je tresse pour lui la palme et l'hyacinthe.
Et me Phoebus amat : Phocbus sua sempcr apud me Munera sunt, lauri et suave rubens hyacinlhus v. 65-64 .
Tout en fumant, la muse des Cariatides rêve à Shakespeare et à Watteau ; elle ne respecte guère l'es « mystères terribles » : autour d'un Bon Dieu qui se laisse tromper « comme un Géronte », elle installe au Paradis tous les Ariels, Sylphes et Ondins de la Tempête, qui peignent en se jouant un décor tout neuf pour le mois de Marie [i, m].
Elle aime non seulement les fantaisistes, mais tous ceux qui méritèrent d'être maltraités par des gens trop raisonnables. N'a-t-elle pas eu, un jour, l'idée paradoxale de prendre pour patron Trissotin ! Elle a inscrit en tête d'une série de rondeaux et de triolets ce vers des Femmes savantes :
Vous avez tant d'Iris, de Phillis, d'Amarantes... et elle s'est amusée à imiter la phraséologie galante des ruelles î
les regards « qui allument des feux », l'amour « à nulle autre seconde ». Mais en réalité, rien ne rappelle moins que ces badinages le cuistre de Molière; si la lourde plume qui avait écrit Sur le carrosse amarante, s'était hasardée à écrire le Rondeau à Eglé, quelle inconvenance nous eût-elle épargnée ? De plus, devant la pudique Armande, dans un salon où l'on veut « retrancher toutes les syllabes sales », qui donc aurait risqué des vers comme ceux-ci ?
Entre les plis de votre robe close On entrevoit le contour d'un sein rose, Des bras hardis, un beau corps potelé, Suave, et dans la neige modelé, Mais dont, hélas ! un avare dispose.
Un vieux sceptique à la bile morose Médit de vous et blasphème et suppose Qu'à la nature un peu d'art s'est mêlé Entre les plis.
Moi qu'éblouit votre fraîcheur éclose.
Je ne crois pas à la métamorphose ; Non, tout est vrai ; mon cœur ensorcelé N'en doute pas, blanche et rieuse Eglé, Quand mon regard, comme un oiseau se pose Entre les plis. [1, 99/
Non, ce n'est point l'abbé Cotin qui parle ainsi ! C'est aux jolies contemporaines delà Pompadourque furent adressésde semblables compliments! Ces rondeaux étaient d'abord intitulés: A Climène ; Banville les intitula plus tard ' : En habit zinzolin : mauve, lilas, couleurs chères à Watteau ! C'est bien à lui qu'on pense en lisant ces jolis riens délicatement sensuels.
Ce ne sont là que jeux. La muse ne sourit pas toujours ainsi : la préface en prose nous avertit qu'elle a des moments de colère et des moments de désespoir. De colère, parce qu'elle veut se venger de tous les fabricants de littérature mercantile et bourgeoise, parce qu'elle veut les fustiger comme ils le méritent ; de désespoir, parce qu'il n'y a pas, aux yeux d'un jeune romantique, de poète qui ne soit pas désespéré, qui n'ait pas connu, comme Musset, le supplice d'une folle et inguérissable passion pour une maîtresse infidèle. Aux