‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 27 sur 141 · Var. — Le Bourgeois et le Scribe · texte numérisé non relu

Var. — Le Bourgeois et le Scribe

3. Var. — Aimons-nous, oublions que nous avons su lire (1877).

4. Je résume d'après le texte de 1842. En 1877 seulement Banville corrigera ce tableau trop simpliste et admettra qu'Orphée et Homère ont eu des successeurs. Il n'en accordera point à Molière ni à Shakespeare ; il semble cependant qu'il aurait dû. en bonne justice, ne pas oublier Beaumarchais, cité à bon droit par la Préface de Cromwell)

M. H. Roujon a comparé cet interminable « Discours sur l'histoire universelle de la Poésie » aux « mémoires de galopins édifiés, aux diligences que l'aumônier du collège fait rédiger à la veille de la première communion » (Le Temps, i 6 février 190$); il y a du vrai dans cette boutade : placée tout au commencement du livre, immédiatement après la Dernier,1 angoisse, la Voie lactée est une maladroite, emphatique, mais ardente et sincère profession de foi romantique.

Que pouvait taire ce jeune homme, tout plein d'une admiration de néophyte pour ses illustres aines, sinon chanter à son tour ses amours et surtout ses chagrins amoureux ?

Je me sens mille fois heureux de pouvoir causer quelque temps avec mon lecteur j'allais écrire : mes lecteurs . Je me sens heureux de pouvoir lui parler un peu de ce qu'il va lire ; de cet amour vague, indéfini, et comme protégé par un voile transparent, qui rayonne sur tous ces petits poèmes et illumine le livre entier d'une clarté douce et rêveuse.

J'ai dix-neuf ans. Puis-je juger de cet amour dont je suis si près encore } Je ne sais ; que pourrais-je en dire que vous ne sachiez mieux que moi ? C'est cet amour que vous connaissez tous, que vous avez caressé et chanté, que vous rêviez avec délice et que vous vous rappelez avec regret. Vous redirai-je les premiers aveux, l'allée des saules, le premier serrement de mains, les nuits d'insomnie ? Qui de vous, au milieu Jus graves préoccupations de sa vie. ne verse quelquefois une larme d'enfant et ne redit tout bas le nom de son Yseult à une rieur fanée ?

Après ces premières illusions qui sont si douces, viennent les regrets et la mélancolie, qui sont encore une seconde jeunesse ; puis les soucis de la vie sérieuse, les passions d'un jour, l'homme de pierre. Avant, Pendant et Après ; tout mon livre est là, tout s'y groupe autour d' Yseult. type suprême. Préface de 1842.

Un peu plus loin il déclare derechet que l'histoire d'Yseult est une histoire vraie et « qu'il aime encore cette femme ».

Il est malheureusement difficile de savoir au juste quelle créance méritent ces affirmations. Dans les Baisers de Pierre, Banville interrompt le récit des aventures de son héros pour adresser cette apostrophe à la dame de ses pensées :

O vous que j'appelais mon àme, vous, Madame, Que je mêle toujours en mes songes flottants A tous mes souvenirs d'aurore et de printemps,

Vous le rappelez-vous, lorsque le soir flamboie,

Ce vieux jardin riant, plein d'ombre et plein de joie r

Ce fut là le berceau de nos jeunes amours...

Hélas ! où s'envola cette rapide ivresse ?

Maintenant, chaque été, la brise vous caresse

Dans un vague séjour d'eaux quelconques, et moi

Je me suis fait mener, je ne sais trop pourquoi,

Au fond d'une province où des Nemrods sauvages

Dévorent, sans que rien puisse apaiser leurs rages,

Comme au temps où, quenouille en main, Berthe filait,

Des brochets monstrueux et des cochons de lait. [I, 68/

Ces vers s'adressent-ils à l'Yseult qui inspira les poèmes amoureux des Cariatides ? Cette amourette de collégien n'a rien en soi d'invraisemblable, mais rien non plus ne permet de savoir si Banville aima vraiment, vers la dix-septième année, une jeune fille qui devint bientôt la femme d'un autre, et si ses parents jugèrent bon de l'éloigner alors de Paris.

Dans l'odelette intitulée Confession, qu'on trouve seulement dans leséditionsde 1857 et '864, Banville avoue qu'il a chanté la passion et le désespoir d'un ami :

Les jours, ami, sont révolus, Le soleil d'autrefois n'a plus

Autant de flamme, Même on a changé le décor ; Ecoute-moi, parlons encor

De cette femme.

Au temps où, malade et rêvant, Tu me racontas si souvent

Tes catastrophes.

Ton pauvre cœur en étouffait !) Le croirais-tu bien ? j'en ai fait

Chez moi des strophes !

C'est pourtant vrai, frère, je vends Tes pauvres oiseaux tout vivants ;

Il faut en rire.

Ton roman si vrai m'a séduit ; Voilà pourtant où nous conduit

Le goût d'écrire !

Comme si je l'eusse épié Dans mon poème copié

Sur la nature f Ami, ne me querelle point \) Tu trouveras de point en point

Ton aventure.

Malgré notre diverse humeur, Comme moi, n'es-tu pas rimeur ^

Donc, ami Charles, Pour nous il est bien entendu Que dans cet ouvrage éperdu

C'est toi qui parles.

Que veux-tu r J'ai suivi le flot!

Hélas! j'ai rimé ton sanglot

Qu'il eut de charmes!

Tout comme un auteur de grand ton Qui rafraîchit son feuilleton

Avec ses larmes.

J'ai cloué là ta passion.

De la sorte l'émotion

N'est pas petite ; De cette façon-là du moins, En public et devant témoins

La chair palpite.

J'ai lu mes vers dans un salon, Avec la morgue d'Apollon La plus exquise Et comme un vrai carillonneur.

Au fait, je me suis fait honneur De ta marquise ;

Mais toi qui connais bien mes lois,

Tu sais le petit nez gaulois Qu'enfin j'adore ; S'il lui faut ses quatre repas, Ces belles pêches ne sont pas Pour Théodore.

j4 THEODORE DE BANVILLE

Pour les cueillir en si haut lieu J'ai les façons d'un Richelieu

De l'amourette Qui ne sent pas assez l'amant Et fume trop nonchalamment

La cigarette.

Je ne crois pas, toutefois, qu'il faille prendre à la lettre ces aveux et se représenter le jeune poète s'appropriant de sang-froid les confidences d'un ami pour en faire de la « copie ». Mais il est bien possible qu'en écoutant cet ami — sans doute plus âgé et plus passionné — lui conter ses joies et ses douleurs d'amant, il ait été gagné par cette passion, il ait fini par s'imaginer qu'il l'éprouvait lui-même. Cette espèce de suggestion était encore bien plus facile s'il avait aimé lui-même et connu le chagrin d'une rupture.

Au fond, il importe peu de savoir quel a été le héros de cette « histoire vraie », car elle est aussi peu personnelle que possible. L'amant aperçoit Yseult dans une église et il croit voir

Un ange de splendeur aux formes immortelles [1, 73 ;

tout de suite, il est devenu amoureux. C'est ainsi, par parenthèse, que du Bellay, qui imitait Pétrarque, devint amoureux d'Olive ; et c'est à l'église aussi que le jeune Gœthe, à quinze ans, allait contempler sa bien-aimée1. Mais, plus heureux ou moins timide, l'amant d'Yseult a pu lui parler — et elle lui a répondu. Depuis, il a gardé le souvenir de la chère parole de l'aimée.

Comme un parfum subtil dans un vase d'onyx 1, 74],

il lui a donné « son cœur et sa vie », sachant bien que ce n'était rien, et se désespérant de ne pouvoir donner plus. Son amour n'a point été repoussé : bientôt il va faire avec sa dame

... de lointaines courses Sous l'abri des feuillages verts I, 77 :

ils ont « des nuits pleines d'amour», où le plaisir pourtant n'est point sans mélange, car l'àme du poète est une de ces âmes plaintives

Qui sont comme la sensitive

Et que le bonheur fait mourir. [I, 70.

1. Cf. Bossert : Gœthe, ses précurseurs et ses contemporains, 2e éd., Paris, Hachette, in-10, chap. vu, p. i;'>.

L'ardent amour d'Yseult l'inquiète :

Dans vos colères de tigresse,

Vous m'avez fait des nuits d'ivresse,

Où le désir, sous la caresse

Pleure le râle de la mort,

Où toute pudeur se profane,

Où l'ange le plus diaphane

Se fait bacchante et courtisane

Et grince des dents et vous mord. [1, 81.

... Je ne sais quel souffle en votre âme

Alluma cette mer de flamme,

O jeune déesse, et j'ai peur. 1, 83.]

Puis brusquement le rêve a cessé :

L'arbre pensif s'incline encor, l'insecte rôde,

L'églantier semble rajeunir.

Le vent a son parfum, l'herbe son émeraude,

Notre amour est un souvenir. 1. 84.

Banville déclare qu'il a voulu chanter le premier amour, le seul amour pur et véritable qu'il soit permis à l'homme de connaître :

Il ne craint pas que Dieu le voie.

C'est un amour pur et sans fiel

Où toute notre âme se noie

Et dont l'aile ne se déploie

Que pour s'élancer vers le ciel I I, 146.

Mais il ne dure qu'un instant ; bientôt lui succèdent «les soucis de la vie sérieuse, les passions d'un jour, l'homme de pierre ». Cette idée était reprise et expliquée dans un passage de la Voie lactée supprimé en 1877 :

Nous avons deux amours : l'un dore le matin De la vie ; au rayon d'une céleste flamme, C'est le moule divin où se précise l'âme, C'est l'amour sérieux, candide et triomphant, Le rêve calme et pur, comme un rêve d'enfant. Mais ce spectre adoré dans un chaste mystère S'envole sans pitié vers le ciel ou la terre.

ç6 THÉODORE DE BANVILLE

Dans son manteau de pourpre ou dans son blanc linceul,

Et laisse le rêveur inconsolable et seul.

C'est l'heure où la souffrance, emplissant l'âme veuve,

En mûrit la saveur par cette double épreuve,

Où l'homme, suspendu sur les gouffres ouverts,

Enthousiaste encore, a compris le revers.

L'heure où la Muse, instruite et toujours vierge, allie

La science et l'amour, le nectar et la lie,

Où le barde mourant sous son masque rieur

S'est assez approché du monde extérieur

Pour entendre à ses pieds l'autre amour, bruits profanes,

L'appeler par la voix de belles courtisanes.

Mieux vaudrait au nageur caressé sous les eaux

Prêter l'oreille aux voix qui sortent des roseaux

Et présenter sa joue au baiser des sirènes

Chatoyant sur la vague ou sur l'or des arènes

Qu'au poète inspiré lorsqu'arrive ce jour

De présenter son âme aux sirènes d'amour ;

Car ce chant gracieux qui le frôle et l'éveille

Sera son chant de mort s'il y prête l'oreille.

« Après », c'est donc le plaisir grossier, dégradant, le plaisir que vendent les marchandes d'amour, les femmes marquées d'un stigmate qu'elles veulent en vain dissimuler [1, i $ j], les courtisanes

qui portent au front

... ce triangle maudit Que le doigt de Dieu marque au front des mauvais anges. l/»4-

Pour qui faiblit, c'est la déchéance à bref délai : telle est l'idée maîtresse des Baisers de Pierre et du Songe d'hiver.

Les Baisers de Pierre, c'est l'histoire d'un homme qui a sombré, après avoir été honteusement trahi par la première femme qu'il a aimée. Stephen — Prosper dans les éditions ultérieures — a seize ans; il aime follement sa cousine Judith; pendant huit jours, ils ont de fort tendres entretiens, qu'une série de contre-temps vient interrompre : brusquement le jeune homme perd sa mère, puis un oncle dont il va recueillir l'héritage,

De plus, quand il revint, son père avait quitté Notre monde frivole et plein d'iniquité ;

enfin, pour surcroit de malheur, il retrouve Judith mariée au plus

noble et au plus sot des marquis. La dame ne demande pas mieux

que d'égratigner

Le papier qu'a noirci, par un affreux mystère Hymenaeus, dieu jaune en habit de notaire « ;

pourtant le « papier » reste intact ; le mari surprend les deux amants et voici comme Judith se tire de ce mauvais pas :

Elle jeta la lampe avec un grand fracas

Et se mit à rugir ce cri de rage folle

Que hurle avec horreur la femme qu'on viole.

Aussitôt parut, fier comme un toréador,

Un suisse vert lézard caparaçonné d'or...

... Il arrêta Stephen et, contre tout usage,

Le jeta sans façon par la fenêtre, avant

De regarder au moins s'il faisait trop de vent.

Prosper, batoué par sa maîtresse, veut se consoler « en s'engouffrant vivant dans une mer de femmes » ; mais ni actrices, ni « rats », ni princesses, ni courtisanes illustres ne peuvent lui faire oublier son premier amour :

Chaque pas, chaque souffle était un souvenir De ce bonheur enfui pour ne plus revenir.

Enfin, ruiné moralement et physiquement, le héros vieilli avant l'âge, revient a sa petite chambre du quartier latin ; il pleure d'émotion en la revoyant telle qu'il l'a laissée, il croit « retrouver son chemin vers l'azur idéal », mais la flamme est éteinte, le cœur de l'artiste égaré est « vide et taux » :

... il se décide A chercher lentement le plus noir suicide,

et pour mieux tuer « l'existence et le moi », Il se fit substitut du procureur du roi 2.

Ce conte n'est certainement pas le meilleur morceau des Cariatides : une fin burlesque, de froides plaisanteries, des grivoiseries banales y déshonorent une idée sérieuse. On se demande si Banville

i. Var. — Hymen, ce dieu qui porte un habit de notaire (1877 . 2. Var. — Ce Pindare vaincu s'est fait vaudevilliste (1877).

a voulu seulement conter une vulgaire histoire de femmes, ou s'il a voulu protester contre l'imprudente exaltation de la passion — de toutes les passions en bloc. A-t-il pris ce ton de jeune viveur pour ne pas avoir l'air de faire un sermon, ce qui eût été du dernier bourgeois? Il n'importe; le fond et la forme jurent ensemble, le mélange est déplaisant, l'intention véritable ne se laisse pas voir suffisamment. Le Songe d'hiver, malgré de nombreuses faiblesses, est incontestablement supérieur. Le poète y raconte comment il a, grâce à la Muse, évité le sort de Prosper : une nuit qu'il s'est endormi après avoir longtemps pleuré sur son premier « désenchantement d'amour », deux femmes lui apparaissent en songe, superbes et magnifiquement vêtues :

L'une, aux cheveux roulés en onde.

Etalait haut sa tête blonde Sur les lignes d'un cou nerveux ; Ardente comme un vent d'orage, Quand son front commandait l'hommage Sa lèvre commandait les vœux ; L'autre, plus blanche que l'opale, Sous le manteau de ses cheveux Voilait une beauté fatale. 1, 92.

Toutes deux veulent l'entraîner; mais quand elles ont parlé, une vierge au front charmant intervient et s'écrie : « Vous mentez toutes deux ! » Elle fait voir au jeune homme « le grand délire charnel », le festin étrange où, dans un palais à la Piranèse, autour d'une table aveuglante d'ors et de cristaux, boivent « tous les Dons Juans et toutes les Vénus ». La femme blonde préside : par moments les Dons Juans se lèvent, vont lui baiser les seins, puis retournent s'asseoir, « plus graves et plus forts ». Mais des entants se glissent dans la salle et veulent faire de même : brisés par l'étreinte de la courtisane, ils tombent et la femme pâle qui dormait dans un coin s'éveille pour les mordre. D'autres leur succèdent et les cadavres s'amoncellent ; le poète veut les suivre, la vierge l'arrête et lui dit : « Cette femme blonde est la Volupté, cette femme pâle est 1?. Mort ». La vision s'évanouit, mais à son réveil le jeune homme trouve à son chevet l'ange de la poésie :

C'est l'enfant à la lyre, aux célestes amours. Que depuis j'ai suivie et je suivrai toujours Dans son chemin aride.

Voilà pourquoi, souvent sur mon front fatigué. On voit, dans les éclats du rire le plus gai. Grimacer une ride. [1, 108/

C'est un triste sort, en effet, que celui de l'artiste : souffrir et renoncer, tel est son lot. L'élu est

... choisi par les dieux pour la grande douleur I, 15 ;

il doit aimer, et tantôt la mort lui enlève l'amante, tantôt la trahison tue son amour; il est l'Orphée éternellement condamné a perdre Eurydice. Il sent en lui quelque chose de divin, qui l'épouvante et qui l'écrase :

Car l'inspiration, brisant le front débile,

Pour celui qui la porte a le poids d'un forfait. I, 119.

Il se sait grand et il se voit honni ; à lui l'outrage, la couronne d'épines, le calvaire qu'on monte sous les insultes ! Homère mendiant, Ovide et Dante exilés, le Tasse fou, Cervantes esclave, Chénier condamné a mort...

Et dans ses colères la vie, Brisant ce qui leur était cher.

D'une dent folle, inassouvie, Mordait cruellement leur chair

Et les poursuivait, misérables Qui n'espèrent plus de rachats, Ayant tous leurs fronts vénérables Souillés de ses impurs crachats. 1, 1 }&.

... Ainsi, vous le voyez, le poète et l'artiste Suivent l'un près de l'autre un chemin morne et triste. Bordé d'arbres sans ombre et de rieurs sans parfum ; C'est là qu'il faut surtout laisser toute espérance Et ne croire qu'en soi ; pour tous c'est la souffrance Et la gloire pour quelques-uns '.

Quant au succès, l'artiste n'en veut pas : il dédaigne, il craint, il fuit

... le bruit qui déshonore Et le vil applaudissement. 1, 191. ]

1. Conseils à Jeanne (1857); A M. E. C. 1842 , supprimé en 1877.

La vraie gloire est une fleur qu'on ne cueille pas en ce monde ; seule la radieuse mort peut attacher sur les fronts le noir laurier [1, 139]. Et c'est seulement au prix de cette abnégation, de cet absolu renoncement, que le poète méritera d'être le prophète, le frère de l'aigle irrité, celui qui peut

... causer face à face Avec les anges, rois du ciel '.

Comment les Cariatides furent-elles accueillies? D'après les Souvenirs, elles scandalisèrent les « Revues bien pensantes », leur auteur passa « auprès des Philistins » pour un être « criminel et subversif » ; en revanche, la préface des Stalactites parle des « nombreuses marques de sympathie » que reçut le jeune poète. A vrai dire, le livre paraît avoir fait peu de bruit. Toutefois on lit dans la Revue de Paris, du 1 j juillet i8ç6, que Banville

... débuta par un des plus remarquables volumes de vers dont notre génération se souvienne. Les Cariatides placèrent leur auteur à un rang qu'il ignora lui-même, tant il est vrai qu'il faudrait rester digne de son rêve pour arriver au vrai succès.

Mais cet article2, foncièrement malveillant, veut démontrer que le poète a continuellement déchu depuis les Cariatides jusqu'aux Odelettes : il se pourrait qu'on eût, pour les besoins de la cause, exagéré le succès de sa première œuvre.

Cependant il est exact que les bourgeois crièrent au scandale ; une revue imprimée à Moulins fulmina contre l'impudique poète qui déshonorait sa ville natale :

M. Th. de Banville est un jeune homme de dix-neuf ans ; il veut bien nous l'apprendre dans les quelques lignes de prose sans titre dont il fait précéder son recueil...

Or la poésie du Parisien de dix-neuf ans semble être celle d'un homme qui a déjà éprouvé tous les faux enchantements d'une vie dissipée: elle ne respire qu'ironie amère, profond mépris de toutes choses saintes, appétits sensuels et grossiers ; elle est toute imprégnée

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