Dans l'ode à Napoléon II, le couplet
Non, l'avenir n'est à personne...
peut se couper d'une manière analogue, et Banville, dans son Petit Traite, lui a formellement refusé le nom de strophe.
2. Banville écrit cela à propos du dizain dont la « cassure b est entre le cinquième et le sixième vers.
polype » ', c'est au contraire un ingénieux mécanisme en deux pièces parfaitement jointes, que Ton sépare sans peine, mais qui ne sauraient fonctionner l'une sans l'autre.
Enfin pourquoi ce dialogue est-il écrit sur le même rythme que le couplet d'Eris ? Au douzième vers, la jalouse déesse interrompt Zeus pour lancer la pomme en s'écriant : « A la plus belle ! » Ce mot connu, ce coup de théâtre nécessaire, il fallait l'imposer au lecteur, en marquer rigoureusement la place à l'avance, le laisser même prévoir quelque peu. Dès les premières paroles de Pelée, l'oreille reconnaît un rythme déjà entendu, elle s'attend à la quadruple répétition de la première rime. Quand Zeus a dit :
Recevez mes suprêmes dons :
A toi, prince des Myrmidons, Les combats que nous décidons ; A toi, Thétis, la mer rebelle...
la rime « belle » est à demi-suggérée à l'auditeur, et quand, après trois autres vers, Eris s'écrie :
Et cette pomme à la plus belle !
le mot paraît être à sa place nécessaire, il nous semble qu'il ne pouvait pas n'être pas prononcé, il s'impose à notre esprit comme s'impose à notre oreille la résolution après la dissonance.
Ce poème, où se combinent si ingénieusement le lyrisme et le drame, abonde en souvenirs antiques. Comme dans la Voie lactée, Banville s'est inspiré des Métamorphoses d'Ovide : dans le second épisode, le chœur des hommes résume toute l'histoire de Phaéton, c'est-à-dire la fin du premier livre et le commencement du deuxième. Le poète rappelle par de brèves allusions la querelle d'Epaphos et de Phaéton, puis les conseils de Clymène qui envoie son fils
Jusques au palais d'or de Phœbos Apollon.
Le palais du soleil, dit Ovide, était soutenu par de hautes colonnes et tout resplendissant de l'éclat de l'or-.
i. Une strophe, combinée de telle façon qu'on puisse la séparer en deux parties sans laisser un vers privé de sa rime, « n'occupe pas dans l'ordre lyrique un rang plus élevé que dans l'échelle animale un polype dont on peut dédoubler la vie en le coupant en deux ». [P. T., 161 ] 2. Métamorphoses, n, 1 :
Regia sotis erat sublimibus alta columnis Clara micante auro...
Le dieu confie à Phaéton
... son char divin constellé d'émeraudes ', et l'imprudent s'élance
... Dès qu'à l'orient s'enfuirent les étoiles 2.
Mais bientôt les chevaux devinent qu'ils sont tenus par la main d'un faible mortel :
Aussitôt qu'ils l'ont senti ils s'emportent, ils abandonnent le chemin ordinairement foulé par le quadrige, ils ne courent plus dans la même direction qu'auparavant. Lui s'épouvante, il ne sait pas de quel côté tirer les rênes, ni quelle est la bonne route...
... Mais quand du haut du ciel le malheureux Phaéton aperçut la terre qui s'étendait au fond, tout au fond de l'abîme, il pâlit, une frayeur subite fit trembler ses genoux >.
Bientôt, habitués à de plus fortes mains,
Les chevaux du soleil s'écartent de la route.
Phaéton, étranger aux célestes chemins,
Tressaille et de terreur son âme s'emplit toute. [1, 307.]
L'imprudent mortel incendie l'univers et Zeus, imploré par la Terre, le frappe de sa foudre. Il tombe du ciel, « laissant derrière lui des sillons de lumière » :
Telle du vaste azur tombe au fleuve Océan Une étoile ravie à sa splendeur première,
« ut interdiini de caelo Stella sereno », avaient dit les Métamorphoses.