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du mauvais goût ! Le Zodiaque devient une vraie ménagerie : le Lion veut mordre, le Taureau veut donner des coups de corne, le Scorpion veut piquer et le Cancer pincer ; quant à l'Ourse, elle tente en vain un plongeon pour trouver un peu de fraîcheur [^11, 78 sq., 19c sq.]. Tout cela est si ridicule qu'on se demande si le poète ne se moque pas de son sujet et de ses lecteurs. Banville élague tout ce fatras, garde seulement quelques traits, quelques phrases générales, qui suggèrent bien mieux qu'une liste interminable de noms propres l'immensité de la catastrophe :
Il voit les monts s'ouvrir, les fleuves se sécher, Les forêts devenir un immense bûcher, Et comme des flambeaux se consumer les astres. Alors la Terre énorme, en proie à ces désastres. Supplia Zeus vengeur dans les cieux étoiles, Déplorable, et montrant sa tête flamboyante, Son vaste sein tari, ses grands cheveux brûlés Et ses os de rocher fondus en lave ardente. 1, 39;.
Seulement ce travail par grandes masses, ce hardi sacrifice des détails, sont d'un tout autre art que l'épopée homérique. Le vrai fragment épique de cet épisode, c'est le récit de la mort de Sémélé que chante le chœur des femmes : là nous voyons Héra prendre les traits d'une vieille nourrice, nous entendons les artificieuses paroles de la déesse :
Elle dit. Aussitôt elle ride son front Comme s'il eût, des ans, subi le rude affront. De rares cheveux gris elle ombrage sa tempe, Et fuit vers Sémélé dans un nuage d'or. Sérieuse, courbée et portant une lampe, Parlant à mots comptés d'une voix ferme encor, Elle avait tout l'aspect de la sage nourrice Béroë qui porta Sémélé dans ses bras. « Hélas ! dit-elle, enfant, redoute un artifice, Bientôt, le cœur gonflé de pleurs, tu gémiras, Car souvent un mortel, le mensonge à la bouche. Est monté comme dieu sur une chaste couche.
Si l'amant de tes nuits est le Dieu des humains,
Qu'il vienne à toi, brillant des clartés qu'il étale
Aux genoux dédaigneux de Héra ta rivale,
Ceint d'éclairs et terrible, avec la foudre aux mains. » 1, 393.]
On ne retrouve pas cette précision familière dans l'épisode de Phaéton. Banville a supprimé tout ce qu'il y avait de trop réel, de trop humain dans son modèle. Toutes les supplications, parfois touchantes, d'Apollon à son fils, sont réduites à un seul hémistiche :
Le dieu lui confia, malgrésa crainte amure, Son char...
Si, comme le dit M. A. Croiset, le propre du poète lyrique, c'est de ne pas analyser, mais de voir les choses « de haut et d'ensemble, d'un regard pénétrant mais simplement synthétique et sommaire »', la mort de Phaéton est une page essentiellement lyrique. J'oserai même dire qu'ici Banville me paraît infiniment plus près de Pindare que d'Homère. Qu'est-ce que ce second épisode ? Une sorte d'intermède entre les deux scènes capitales du Banquet et du Jugement. Comment se rattache-t-il au reste ? Quel lien logique unit l'histoire de Sémélé à celle du fils de Clymène, et toutes deux à la querelle des trois déesses? Aucun assurément. Mais ces chars divins pareils à des météores, ces traits enflammés qui traversent le ciel, rappellent au chœur les deux mortels qui succombèrent pour avoir vu le feu céleste, dont les dieux mêmes ne peuvent supporter l'éclat :
Le lyrisme a sa logique que la logique ordinaire ne comprend pas. Il a ses liaisons que le discours ignore. Les idées s'y enchaînent non seulement par leur filiation logique et abstraite, mais par tout ce qu'il y a en ellesde sensible et de poétique, parleur éclat brillant ou sombre 2.
L'important est de provoquer une émotion qui concoure à l'effet d'ensemble. Cet intermède flamboyant et fulgurant rappelle à propos au lecteur quels personnages surhumains parlent devant lui. Dans la mythologie grecque peu de légendes sont aussi dangereuses, aussi difficiles à traiter sérieusement. Ces trois déesses qui se disputent une pomme et qui sont réduites à prendre pour juge un mortel, Cypris qui triomphe en usant du même argument que Phryné, tout cela est à deux doigts du burlesque. Comment éviter de verser dans l'opérette ? — En grandissant les personnages à tel point qu'on ne soit plus tenté de les ramener aux proportions
i. A. Croiset, La Poésie de Pindare et les lois dit lyrisme grec, 2e partie, livre II, chap. m, § i.