Ibid
N'est-ce pas la joyeuse confiance qui inspirera, l'année suivante, les vers à la jeunesse : Vous en qui je salue une nouvelle aurore? Mais à la même époque Leconte de Lisle avait composé une autre Hélène, fort différente de la scène lyrique qui figure aujourd'hui sous ce titre dans son œuvre ; après avoir évoqué pieusement la Beauté antique, le poète se tournait résolument vers l'avenir et terminait « par des paroles d'encouragement pour ce qu'il augure de l'avenir social de l'art » :
... Forme ! idée ! ô beauté, sois bénie ! Sublime identité d'où jaillit l'harmonie, Sois bénie à jamais, sainte langue des Dieux, ... Sois bénie à jamais sur terre comme au ciel, Toi par qui l'Amphion du culte essentiel Bâtira de ses chants la Thèbes éternelle, Toi qui, faisant vibrer la corde maternelle, Toujours une et multiple et sept fois palpitant, Pleine d'accords divins, verseras en chantant, Comme en deux cœurs touchés par sa voix inspirée, Entre l'homme et la terre une amitié sacrée ! «
N'est-ce pas Là ce qu'avait fait, en 1 841, le poète d'Erato, quand, après s'être écrié douloureusement :
O nature à présent désespérée et vide,
il terminait en s'écriant : « Nous, les poètes, nous retrouverons ceux qu'on a crus morts,
Et la grande Nature avec ses milliers d'yeux Nous verra, stupéfaite en sa tranquille joie, Voyageurs éblouis lui ramener ses Dieux ! I, 16^.,
Mais est-il bien nécessaire d'admettre, malgré ces ressemblances, de véritables emprunts ? Ces idées sur le rôle social de l'art, cet amour pieux de la beauté antique étaient répandus dans toute la jeunesse littéraire de ce temps, et deux jeunes poètes à peu près du même âge, vivant, pour ainsi dire, dans une même atmosphère, peuvent bien s'être rencontrés plus d'une fois, non certes par hasard, mais sans l'avoir voulu. Chacun d'ailleurs conservait sa