‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 41 sur 141 · I. Marius-Ary Leblond, op. cit., p · texte numérisé non relu

I. Marius-Ary Leblond, op. cit., p

personnalité propre, l'un plus amer et plus savant, l'autre plus souriant et plus artiste. L'auteur des Poèmes antiques déclare durement à ses frères que leur œuvre est vaine :

Allez, vous vous épuisez dans le vide et votre heure est venue. Vous n'êtes plus écoutés, parce que vous ne reproduisez qu'une somme d'idées désormais insuffisante ; l'époque ne vous entend plus parce que vous l'avez importunée de vos plaintes stériles, impuissants à exprimer autre chose que votre propre inanité.

Il est vrai qu'il permettait au poète d'espérer un rôle plus noble, mais dans un avenir bien éloigné:

Plus tard, quand les intelligences profondément agitées se seront apaisées, quand la méditation des principes négligés et la régénération des formes auront purifié l'esprit et la lettre, dans un siècle ou deux, si toutefois l'élaboration des temps nouveaux n'implique pas une gestation plus lente, peut-être la poésie redeviendra-t-elle le verbe inspiré et immédiat de l'âme humaine. En attendant l'heure de la renaissance, il ne lui reste qu'à se recueillir et à s'étudier dans son passé glorieux '.

Or ce que Leconte de Lisle croit possible « dans un siècle ou deux » au moins, Banville le croit possible immédiatement :

En imaginant [la Malédiction de C)-pris , je fus très préoccupé, comme je l'ai toujours été d'ailleurs, de la nécessité qui existe pour le poète, comme pour l'homme, d'appartenir à la fois au présent, par le fait même de son existence ; au passé, d'où vient directement sa vie morale par la tradition et le souvenir; et à l'avenir, par ses aspirations et ses intuitions. 1, 280.]

• Cela n'est certes pas d'un homme qui veut seulement « se

recueillir dans l'étude d'un passé glorieux ». S'il est, lui aussi,

persuadé

... que les Hélènes sont nos véritables aïeux spirituels et que nous avons hérité d'eux le culte de la beauté et de l'héroïsme,

il veut par contre s'engager sans retard dans le chemin nouveau, sans « longue initiation », sans« épreuves expiatoires », comme dit encore Leconte de Lisle. Il poursuit sa route, il cherche une forme

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