‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 42 sur 141 · Poèmes antiques, préface de la première édition · texte numérisé non relu

Poèmes antiques, préface de la première édition

moderne du poème proprement dit, tandis que son compagnon s'arrête à des études antiques. Et cette confiance lui porte bonheur : lorsqu'il s'inspire de l'antiquité, il imite plus librement et il imite mieux. Leconte de Lisle renouvelle parfois l'erreur de Ronsard; Banville, malgré son culte pour le prince des poètes, évite le danger : je ne crains pas de dire qu'Hélène avec ses strophes, antistrophes et épodes, avec ses noms propres fidèlement transcrits, est moins antique, moins grecque que le Jugement de Paris.

Mais il est toujours très dangereux de s'arrêter entre deux camps ennemis : c'est le sûr moyen de recevoir des coups des deux côtés, à tout le moins d'être abandonné par ceux que l'on quitte, sans être approuvé par le parti auquel on ne passe pas. Le poète du Sang de la Coupe a rompu évidemment avec le romantisme, mais sans admettre complètement l'esthétique érudite et pessimiste des Poèmes antiques ; peut-être cela expliquerait-il que ses amis même accueillirent froidement ces vers. D'autre part, en 1857, les Odes funambulesques avaient été déjà éditées et rééditées; il n'est peut-être pas de livre qui ait fait autant de mal à la gloire de son auteur ; pour le public, pour ses admirateurs mêmes, il était déjà le « poète funambulesque », son nom était associé au souvenir d'une certaine manière, et le Sang de la Coupe dérangeait- cette conception simpliste des lecteurs. Enfin il n'est pas invraisemblable qu'on ait fait payer au poète la peine de son attitude politique : peut-être eût-il trouvé dans la critique officielle quelque défenseur, s'il avait été au moins « un homme d'ordre », un prêcheur vertueux, toujours prêt à frapper sur les vaincus, mais respectueux des situations acquises, des réputations volées et des médiocrités en place. Mais le collaborateur des « journaux rgarrons » où l'on daube sur le tiers et le quart ! le feuilletoniste qui ose, dans le propre journal du Prince Président, défendre les républicains, et même — horreur ! — les socialistes ! qui ose rire au nez de Janin et de Véron ! Nul doute que les derniers vers publiés par Banville n'aient été lus par un public hostile, dont il avait, par son attitude et ses railleries, choqué les préjugés et effarouché la sottise.

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