‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 45 sur 141 · Acte 1, se · texte numérisé non relu

Acte 1, se

on s'acharna sans miséricorde contre celui que Baudelaire appelait « l'un des plus orgueilleux soutiens de l'honnêteté bourgeoise » '. Banville fit sa partie dans ce concert de réprobations : il accusa Augier d'avoir « attaqué cruellement et personnellement les poètes », d'avoir représenté l'admiration pour la nature * comme le plus grand des crimes et le plus odieux des ridicules », d'avoir « bafoué sciemment une des meilleures et des plus sérieuses gloires de la France » (17 décembre 1849). Reproches évidemment exagérés, et dont l'injustice ne peut s'expliquer que par une vive irritation ; pourtant, malgré sa colère, Banville a presque vu d'où venait son erreur, et, malgré Gabrielle, il s'est refusé à traiter Augier en ennemi.

Il est difficile aujourd'hui de comprendre comment cette ennuyeuse pièce a pu causer une telle émotion. J'y cherche en vain une satire du romantisme : le notaire Tamponet se donne des airs d'artiste, mais c'est une comédie, il l'avoue lui-même (Acte iv, se. 1 ); Stéphane et Gabrielle sont plus sincères, mais lui n'est qu'un jeune fou, elle une sotte détraquée par l'oisiveté, une sœur aînée d'Emma Bovary. Au demeurant, Augier s'attaque au romantisme de pacotille qui troublait les cervelles bourgeoises : qu'y a-t-il là d'injurieux pour les poètes? et pourquoi Banville s'est-il à ce point trompé ? C'est qu'on ne se privait guère, chez les littérateurs bourgeois, de bafouer et d'insulter ses adversaires : les deux premiers actes de la Camaraderie1 sont pleins d'allusions venimeuses contre Hugo et ses amis ; bien que la pièce fût déjà vieille de treize ans, le souvenir en durait toujours ; Augier s'était fourvoyé en mauvaise compagnie, on lui fit expier les méchancetés de Scribe. Il est d'ailleurs possible et même vraisemblable que les admirateurs d'Augier, ou plutôt les adversaires du romantisme, aient encouragé le public et la critique à faire ce contre-sens, aient répété arbi et orbi que Gabrielle était une satire contre l'art, la poésie, la passion, l'amour de la nature et tout ce que le romantisme avait chanté, exalté, adoré. Banville semble indiquer justement qu'une coterie se sert d'Augier pour satisfaire de mesquines rancunes, et qu'elle le compromet en lui faisant jouer un rôle peu honorable :

M. Augier est un homme d'un grand talent et d'un grand cœur dont

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