A Léon Ga tares
3. Cf. Molière, Avare, 1, 8 : « C'est pour ne point l'aigrir, | et pour en venir mieux à bout. | Heurter de front ses sentiments | est le moyen de tout gâter. »
« Mais quelle invention trouver | s'il se doit conclure ce soir? — Il faut demander un délai | et feindre quelque maladie. »
J.-J. Rousseau, Discours à l'Académie de Dijon ^première partie; : « La nature humaine, au fond, | n'était pas meilleure. »
« Sans cesse on suit des usages, | jamais son propre génie. »
« L'une était très riche, | l'autre n'avait rien, | et ce fut celle-ci | qui détruisit l'autre. »
Nouvelle Héloïse, i, 25 : «D'excellents fruits sur des rochers | et des champs dans des précipices ».
Flaubert, Mmt Bovary : « Ceux qui dormaient se réveillèrent | et chacun se leva | comme surpris dans son travail. »
« Honteux, ou fatigué plutôt, | Monsieur céda sans résistance. »
« [La rivière coulait en bas, sous lui] jaune, violette ou bleue | entre ses ponts et ses grilles. »
il taut évidemment faire attendre un peu ce prodige et mettre des points de suspension à la fin du second vers. Dans l'odelette
A Charles Asselineau,
Erato saura Toujours où te reprendre 11, 166 ,
il faut détacher l'adverbe et l'accentuer fortement ; il n'y a donc pas à proprement parler de rejet. Je ne crois pas, non plus, qu'il y ait un véritable enjambement entre les deux dernières strophes de l'odelette
A Zélie :
Nous jouions là, gais pour une chimère,
Courant, ou bien assis Dans le gazon. Parfois notre grand'mère,
La veuve aux chers soucis.
Qui fut si belle et qui mourut si jeune.
Se montrait sur le seuil, Le front pâli comme par un long jeûne,
Triste et douce, en grand deuil. 11, 1-4.
Il faut un temps après le quatrième vers: il faut qu'il se détache à la fin du groupe rythmique, comme la robe de l'aïeule se détache, noire, sur le seuil fleuri et joyeux.
Parfois l'enjambement est réel, mais il est imposé par la forme même de la strophe. Les huitains de l'odelette A R. Lebarbier, dont les rimes sont simplement alternées, ne seraient plus que des quatrains arbitrairement réunis si le quatrième vers n'était pas intimement lié au suivant :
La biche qui court
Parmi les charmilles
S'arrête tout court.
Et de jeunes filles
Sous tes feux tremblants,
O lune incertaine,
Lavent leurs pieds blancs
Dans une fontaine. "11, 183.
Ailleurs le dessin rythmique sera comme brouillé pour rendre l'impression du désordre qui règne dans un jardin inculte :
Mon souvenir, empli de ses murmures
Et de ses floraisons, Y réunit les diverses parures
De toutes les saisons.
Et tout se mêle ainsi qu'une famille :
Les soucis et les lys, La vigne folle avec la grenadille ;
Près des volubilis,
Le glaïeul rose et ses feuilles en pointes ;
Partout le vert lézard Venait courir sur les pierres disjointes ;
La liberté sans art
Avait rendu leurs énergiques poses
Aux vieux arbres fruitiers, Et sur le mur pendaient, blanches et roses,
Des touffes d'églantiers. [Il, 173.]
Ou bien ce sera la joyeuse clameur de l'orgie, qui, tombant à contre-temps, interrompra le développement régulier de la mélodie :
Et vous que j'accompagne
Jusqu'au mourir, Versez-nous le Champagne !
Laissons courir,
Avec l'or et la lie
De sa liqueur, L'inconstante folie
De notre cœur. [II, 192.]
Mais Banville tire encore de l'enjambement des effets plus subtils. Très souvent, après une rime féminine, le mot en rejet commence par une consonne ; par suite, on perçoit un repos, court mais sensible, après la fin du vers : le mot en rejet est donc isolé au bout de la phrase et mis en relief :
Une dame au riche manteau,
Les cheveux baignés d'une essence
Divine, rit au vert coteau. [11, 163.]
Que le zéphyr en fête Te berce ! Le poète Qui jadis te pleura
Se souviendra. [II, 169.]
Mai, comme un jeune sein, arrose
De pourpre le bouton de rose. [II, 1 57.]
AU PARIS ET AU FIGARO l6c
L'effet est différent si le mot en rejet n'est pas suivi d'un repos appréciable; l'enjambement peut servir alors à mettre en relief le membre de phrase qui précède :
Au rythme ailé d"or Il fallait encor
Un maître Fou de volupté ; Alors j'ai dompté
Le mètre. 11, i$q.]
Il n'y a pas d'arrêt possible entre le troisième et le quatrième vers, mais il y a un repos appréciable après le second : le couple d'or-encor s'enlève en vigueur et fait mieux valoir la hardiesse de ce vers où le poète donne au rythme les ailes d'or qui portent Iris, messagère des Dieux '. Si au contraire le troisième vers était uni à la fois aux deux premiers et au quatrième, le rythme, effacé et comme sacrifié dans la première demi-strophe apparaîtrait plus net et plus accusé dans la seconde. Voici des vers où cette combinaison rend plus éclatante encore une touche d'un blanc lumineux, comme Banville les aime:
Près du lleuve grec
Murmurant avec Les cygnes
Fiers de leur candeur,
J'ai dit la splendeur
Des lignes. [II, 160.
En voici d'autres où elle signale à l'auditeur un de ces rejets baroques, comme on en trouve dans les Odes funambulesques :
Sans elle et ses prismes fleuris, Pour pouvoir chercher hors Paris
L'eau murmurante Qui court dans les gazons naissants.
Il nous faudrait bien quatre cents
Ecus de rente ! ru, 187.]
Et voici encore, dans l'odelette A Ch. Asselineau, un enjambe-