Elle manque dans le n° de Paris du 21 septembre
l8o THÉODORE DE BANVILLE
Dieux qu'on renie », il lui faut se déguiser en saltimbanque, coudre à ses habits des morceaux de paillon, faire le pitre enfin, pour avoir encore le droit de parler,
Pour que dans ce siècle profane, Fût-ce en manière de jouet, On lui permette encor le fouet De son aïeul Aristophane.
Qu'importe d'ailleurs cette défroque ignoble? Rien ne saurait avilir le poète, et, même sur la corde funambulesque, il est encore
Au-dessus des fronts de la* foule. ■
Il est plus près du ciel, et même il peut y retourner : pareil à ce clown qui, de son tremplin, bondit « si haut, si haut qu'il alla rouler dans les étoiles », le poète peut aussi quitter la terre, oublier la banalité, la bêtise et parfois la vilenie de ses contemporains, s'élever jusqu'aux « éthers pleins de bruit » d'où l'on ne peut apercevoir le lugubre habit des notaires et des épiciers [in, 177]. Pour comprendre les Odes funambulesques, il importe de ne pas perdre de vue ces deux pièces.
Que contiennent-elles, en résumé? D'abord l'affirmation de la divinité de la poésie, divinité que rien ne peut dégrader, même quand le malheur des temps oblige le poète à se travestir. Ensuite, cette idée qu'aux époques mauvaises, l'art est le seul consolateur : s'il ne peut chanter pour les hommes, insensibles maintenant à cette voix qui remuait les pierres, le poète chantera pour lui et pour ceux qui, comme lui, veulent oublier. Enfin, dès le début, Banville annonçait le dessein de malmener quelque peu ses contemporains; non pas avec le fouet d'Aristophane, ni « l'ïambe armé de clous » [III, 1 ) , préface de 1 8 <> 7 j : jamais on ne lui eut permis une pareille licence ; non pas même avec la trique de Scapin ou la batte du Bergamasque, mais avec l'arme plus primitive encore de Pierrot. Ce philosophe enfariné, à l'air innocent et distrait, qui prodigue, avec les balivernes et les culbutes,
A Cassandre ébloui les coups de pieds occultes "111, 166],
voila le vrai poète funambulesque. Ce muet éloquent, dont les bêtises sont si profondes, possède seul le secret de rosser copieusement sa victime, sans lui laisser le droit de se fâcher.
LES ODES FUNAMBULESQUES l8l
Oublier le vulgaire odieux, ou lui dire, tout en riant, ses vérités, tel est donc le but de Banville. De là deux parties bien distinctes dans les Odes funambulesques : l'une, très courte, contient les amusements, les « folastreries », eût dit Ronsard, d'un homme d'esprit, heureux de causer un moment avec un véritable artiste ou une vraie jolie femme ; l'autre, la seule qui soit proprement funambulesque, est composée de ces charges énormes, que leur énormité seule fit tolérer, mais qui ne laissent pas de contenir de violentes et cruelles épigrammes.
La première partie ne contient guère que de jolis riens « d'un tour galant », comme on en disait jadis rue Saint-Thomas-du- Louvre : des rondeaux à Mlle Page, à M"c Brohan, à Mme Keller, à Désirée Rondeau ; des odelettes comme Mascarades et la Voyageuse. Les rondeaux des Odes funambulesques rappellent tout à fait les rondeaux des Cariatides : Désirée Rondeau, paraît-il, préférait souvent la misère du poète, dans son nid cher a Cythérée,
Au sac d'écus d'un Mondor importun. 111, i ;o.
Quant à Mmc Keller, qui avait mis à la mode les tableaux vivants, elle ne portait de maillot que sur la scène : lorsqu'on l'appelait dans les salons, elle laissait le maillot « voler en l'air » [111, 181 |; on comprend alors qu'il ait pu chanter « ce corps de soleil » [111, 129] en connaissance de cause. N'importe! c'était aussi délicat à dire que l'amoureuse charité de Désirée! Seul, le charme preste de ce petit poème, l'adresse avec laquelle est rattrapé le refrain, font oublier ce que le sujet a de scabreux. De tels vers ne s'analysent pas : il faut les lire. J'en dirai volontiers autant de cette odelette à Caroline Letessier, délicieux pastel, avec une pointe de libertinage discret, qu'encadrent de « petits culs-nus d'amours » envolés d'une toile de Boucher [111. 36]. Laissons de côté la Ville enchantée et le Premier soleil : la fantaisie y manque de grâce et les alexandrins d'agilité ; on y trouve trop « de périphrases à la Delille », c'est Banville lui-même qui l'a reconnu [111, 181]. Toutefois, il faut signaler, a la fin de la seconde, une plaisanterie digne d'Henri Heine : après un éloge du printemps, composé selon la formule, le poète termine ainsi :
Et toute créature a le cœur plein d'ivresse,
Excepté les pervers et les marchands de bois. "111, J4-]
Parler de verdure, de bosquets, de clair de lune, de violettes, de couples amoureux... et finir de la sorte ! Le poète s'est moqué de nous ; c'est un tour de pince-sans-rire comme à tout moment Pierrot sait en jouer à son maître. Nous voilà sur les confins de la farce, au seuil de la poésie funambulesque.
Désormais taloches et coups de trique vont entrer en danse, ne plus ne moins qu'aux noces du seigneur de Basché. Comme chicanous jadis, seront frottés bourgeois et suppôts de bourgeoisie ; Gilles est cousin de Panurge et de frère Jehan : ce petit livre fait songer à Rabelais, avec ses énormes et truculentes caricatures, ses charges surhumaines, qui ramassent dans un personnage unique toutes les laideurs, tous les ridicules, toutes les bassesses de l'adversaire. Maître Janotus, solennel et crotté, toussottant et sermonnant, cuirassé de syllogismes et de crasse, c'est toute la vieille scolastique, toute la race sorbonagre : le Bourgeois des Odes funambulesques est dessiné avec la même furie endiablée; être chimérique, impossible et vivant, qu'on n'a jamais vu et qu'on rencontre partout, dans mille incarnations diverses ; dieu de la médiocrité et de la vulgarité, du convenu et du factice, des faux bijoux, des phrases creuses et des vertus de pacotille, dieu du laid et du postiche, qui a pu réaliser ce prodige : créer de l'amour en « imitation » et de la gaîté en « simili ».
Voyez à l'Opéra ce notaire et sa famille : le père, nez rouge et tête rase, ventripotent et bavard ; sa femme est verte, elle renifle « et sa gorge a l'air d'une maison » ; ses filles montrent avec une indécente ostentation des cous nus « pelés comme des cous d'oies plumées ». Leur luxe de mauvais aloi trahit la gêne ou l'avarice : la femme du notaire « arbore à foison » des bijoux de strass,
... et. pêle-mêle, au long de tous ces bancs, Traînent toute l'hermine et tous les vieux turbans Qui, du Rhin à l'Indus, aient vieilli sur la terre.
Ces défroques disent à tous les yeux la vie mesquine, les raccommodages réitérés, le désir de paraître qu'exaspère la médiocrité, les soins infinis et ridicules qu'on prendra pour prolonger la vie de ces toilettes fanées et sans goût. Ces gens-Là sentent la benzine, la boutique du dégraisseur, le renfermé des vieilles armoires et les gants « nettoyés avec de la gomme élastique » ; ils incarnent la laideur béte, chiche et vaniteuse.
Pénétrons chez ces bourgeois, voyons ce qu'ils ont « sécrété
autour d'eux » [S., 79]. Voici, dès la préface, la « hideuse boîte » que M. Prudhomme appelle son salon : rideaux en damas laine et soie, attachés à des patères en cuivre estampé. Sur la cheminée, une pendule de Richond, en zinc, naturellement, représente quelque niaise élégie empruntée aux drames de d'Ennery. Sur la table, une lampe avec un abat-jour rose en papier gaufré ; au mur un Mazeppa à la manière noire : si l'on avait négligé de l'y mettre, il y éclorait de lui-même, comme les violettesdans les bois, [ni, 223.] La bêtise du bourgeois est candide, imperturbablement. Ecoutez-le réciter les lambeaux de Guide et de Dictionnaire qui ornent sa mémoire ! Un conducteur des caravanes Cook ne les débiterait pas avec autant d'aplomb, de sûreté, de sérieux :
Oui, biche, le rideau que tu vois représente Le roi Louis quatorze en seize cent soixante- Douze. Il portait, ainsi que l'histoire en fait foi, Une perruque avec des rubans. Le Grand Roi Entouré des seigneurs qui forment son cortège, Donne à Lulli, devant la cour, le privilège De l'Opéra, qu'avait auparavant l'abbé Perrin... 111, $4.
C'est de la meilleure foi du monde qu'il répète les grandes phrases creuses entendues dans quelque réunion, ou lues dans le Constitutionnel :
Que la démocratie S'organise, on verra tous les partis haineux Fondre leurs intérêts... 11J, $6.
Homme de goût d'ailleurs, homme lettré, qui sait joindre l'utile à l'agréable, pour user d'une formule originale et neuve. Admirez cet air de supériorité, cette hauteur de décision :
Mais la pièce est baroque, Elle aurait eu besoin d'un bon coup de ciseau. 111, 58.
Surtout n'allez pas croire qu'il s'agit de retoucher une redingote manquée ! C'est au Saint-Genest de Rotrou que notre homme veut appliquer cet énergique traitement.
Malgré cette suffisance et ces banalités pompeuses, le Bourgeois est un être essentiellement borné. Ce n'est point une pure
métaphore : il est véritablement enfermé, muré dans sa vie médiocre et vulgaire, incapable de l'oublier un instant, d'ouvrir sa tenêtre et de regarder au dehors. Vous croyez que cet avoué chauve, arrivé du Mans pour voir l'Opéra, prête la moindre attention à ce qu'on chante? — Il parle « pratique » à sa voisine. Plus loin, un avocat bavard récite a son interlocuteur l'Annuaire du Barreau de sa petite ville, et M. Josse entame une conférence sur le Koh-innor1. Ce notaire, qui connaît si bien l'histoire de l'Opéra, que peut-il éprouver en écoutant le charivari de l'orchestre ? Ni douleur, ni dépit, soyez-en sûrs : il est tout bonnement ravi d'avoir reconnu « le morceau que Bibiche joue sur son piano! » [lll, ^9.]
Cette impuissance d'esprit qui l'empêche d'oublier un seul instant les tracas, les mesquineries, les platitudes de la vie journalière, explique l'amour du bourgeois pour l'art réaliste, le « meilleur domaine » de M. Coquardeau [lll. 161] : que pourrait-il comprendre à des êtres vrais d'une -vérité supérieure, éternelle, à Chimène, à Roméo ? il lui faut la plate et niaise réalité de tous les jours, réelle « comme le papier timbré, le rhume de cerveau et le macadam » [lll. 9]. Vous voulez qu'il aime « Delacroix et les ciels de Corot» [lll. 167]? Mais où donc aurait-il vu des corps d'athlètes drapés dans la pourpre, des glaives fulgurants, des ors rougeoyants, des lointains noyés dans la brume, des feuillages qui palpitent sous la brise? Faites-lui voir des fronts avec des verrues, des panses soufflées, des masques de carton, des manches à balai [lll. 163] : il reconnaîtra les bourgeois de son quartier et les arbres de la plaine Saint-Denis; mais sachez qu'il serait incapable de faire seulement l'ascension de la butte Montmartre pour voir un peu plus loin !
Encore, si le mal s'arrêtait là ! Mais ses mœurs sont à la hauteur de son goût. Il est extraordinairement vertueux en paroles; montrez-lui Pierrot, il lui demandera sans retard : «Tâchiez- vous d'instruire en badinant? » ce qui ne l'empêchera pas, d'ailleurs, de professer un mépris souverain pour les « suppôts de l'art de Melpomène », même lorsqu'ils jouent des pièces morales [lll. 78 et 91]. Mais le pharisien n'est pas sans faiblesse ; et certains affirment que son épouse n'est pas une Lucrèce. Suivons la Muse
1. 1)1. ;;. Au lieu de la réplique de M. Josse, on lit dans la Silhouette et dans la première édition : « Un Collégien : J'avais du Nord... » ; Banville raillait ainsi la fureur de spéculation qui s'était emparée de la bourgeoisie. L'édition de remplacé ce tra>i de satire sociale et politique par un trait de satire morale.
funambulesque dajis les coulisses du ménage : ce n'est guère propre, mais rien ne peut ternir la majesté sacrée des Dieux :
Alcippe, homme de goût, poète et dramatiste,
Est un original extrêmement artiste ;
11 croit sincèrement devoir à son travail
Les dollars que Madame a trouvés en détail
Sous les petits coussins d'une amie un peu mûre,
Dont pour aucun de nous le boudoir ne se mure ;
Si pourtant le mari, que favorise un dieu,
Veut s'étonner, Madame, en souriant un peu,
Répond qu'elle a gagné cet argent à la Bourse ! 111, 41.
Faut-il monter plus haut, jusqu'au « grrnd monde » ?
Messaline encore extasiée Au matin rentre lasse et non rassasiée, Pâle, essoufflée, en eau. suivant l'ombre d'un mur. Tandis que son époux, orateur déjà mûr, Dans son boudoir de pair désinfecté par l'ambre, Interpelle un miroir en attendant la Chambre. 111, 68.
Bref, dans ce monde où l'on parle tant de vertu, « le parchemin jauni des clauses conjugales » passe par de terribles épreuves. Car Madame n'est pas seule à le déchiqueter ; son époux s'en acquitte aussi de son mieux : la femme a des amants, le mari a la Lorette.
La Fille tient dans les Odes funambulesques presque autant de place que le Bourgeois ; aussi bien est-elle bourgeoise à sa manière. « Elle n'aime rien, pas même l'argent ! » disait l'odelette a Gavarni ; cela ne l'empêche pas cependant d'être aussi rapace qu'un vieil
usurier :
Dans ma main conquérante J'aime à tenir quarante Nouveaux coupons de rente Et du papier Joseph. [111, 112.
Ce que vend cette autre adoratrice du Veau d'or, c'est un Article essentiellement bourgeois, c'est de l'amour et de la gaité postiches, comme les faux bronzes, les faux diamants, les fausses vertus :
Vive Laïs ! Corinthe existe au sein des Gaules !
Ah ! nous avons vraiment les femmes les plus drôles
De Paris ! Périclès vit chez nous en exil
Et nous nous amusons beaucoup ! Quelle heure est-il ? [111, 66.]
C'est ainsi qu'on « s'amuse » chez les filles « de joie ». Pourquoi s'en étonner d'ailleurs ? Le bourgeois pourrait-il jamais faire naître une chose vraie, ne serait-ce qu'un vrai rire? Or c'est le bourgeois qui paie les « demoiselles aux cheveux beurre frais » ; bien plus, c'est le bourgeois de province, plus solennel encore et plus pharisien que le bourgeois de Paris : telle beauté peu sévère est pensionnée par un sous-chef, natif d'Arcis-sur-Aube ; telle autre, dans la morte saison, voit arriver avec plaisir « les vestes de Clamecy » qui répareront un peu la pénurie de sa bourse :
Elles ont vu fort tristement La clôture du Parlement,
Landrirette ; Leurs roses tournent en souci,
Landriry. [111, 1 50.
Heureusement voici « le temps des moineaux » :
Les vacances des tribunaux,
Landrirette, Vont ramener l'argent ici,
Landriry.
Qu'est-ce à dire, sinon que le Prudhomme de la politique et le Prudhomme du tribunal, les plus huppés et les plus gourmés des bourgeois, ceux qui parlent avec le plus de faconde et de grandiloquence de la Vertu, les gardiens patentés de l'ordre et de la morale publique sont aussi les clients du Café Anglais, les commanditaires de « Frison, Nais et Brancador ? »
A tout prendre, la fille est encore supérieure au bourgeois. D'abord elle est, parfois, belle. D'une beauté toute animale et charnelle sans doute, mais c'est tout de même une étincelle divine qui brille dans cette cendre :
Sa chevelure rousse
Coule, orgueilleuse et douce,
Elle épouvanterait
Une foret. 111, 29,
Puis « sur les souples accords de ces beaux corps » se drape un vêtement qui est une œuvre d'art : n'être ni laide, ni fagotée, n'estce pas une espèce de mérite? Ajoutons que, parfois, la fille entend
le luxe ; elle exploite le nigaud, mais avec ses dépouilles, elle fait ce qu'il n'aurait pas su taire :
J'aime pour mes extases Les feux des chrysoprases, Les rubis, les topazes...
J'aime que l'on me bouge Un grand miroir princier, Pour me poser ce rouge Qui plaît à mon boursier.
Enfin la fille a pour elle son cynisme, qui, après tout, est encore une forme inférieure de la franchise : le bourgeois qui la paie va peut-être, au sortir de ses bras, fulminer contre le flot croissant de l'immoralité; la courtisane, devant la naïveté d'un collégien, aura peut-être un mouvement de pitié ou de sincérité:
Crois-moi, je ne vaux pas la bague de laiton
Si brillante jadis à mon doigt de vachère,
Dans le bon temps des gas qui m'appelaient Gothon. 111, 2$.
Ce ne sera, bien entendu, qu'un éclair d'honnêteté ; la demoiselle reprendra bientôt sa gaîté professionnelle : Banville ne croit pas à la courtisane « rachetée » ; il n'y a pas de Jean Valjean parmi les évadées de la Maison d'Or; seulement la fille peut avoir, par intervalles, une seconde de franchise : le Bourgeois ment toujours. De tels personnages n'offrent au poète qu'une matière infertile et petite: va-t-on prendre au sérieux ces notaires, et faire à leur phraséologie creuse, à leurs truismes pompeux, l'honneur de les réfuter ? Que de peine perdue ! Se bornera-t-on à railler leur sottise ? Elle n'est pas risible ! Ira-t-on prendre alors le bâton de Juvénal, pour les fouailler comme ils le méritent ? A quoi bon ! D'abord «Evohé n'a jamais touché que par jeu à la lyre d'airain » [111, 193]; puis le premier devoir du poète n'est-il pas de dédaigner toutes ces médiocrités ? C'est justement l'erreur des réalistes, qui sont parfois des hommes de talent, de prendre pour matière d'art, ce que l'art devrait justement faire oublier. Sans doute, par de maussades journées d'automne, les nuages ont des formes grotesques comme
Le profil de Grassot et le nez d'Hyacinthe. [111, 105.]
Est-ce une raison pour les peindre? En vérité est-on si content de les voir au naturel ? Va-t-on au théâtre pour y retrouver toutes les petites misères quotidiennes ? Il serait bien inutile alors de se déranger ! Mais comment faire un poème comique avec un personnage qui n'est pas drôle? une satire bouffonne sur un monde qui vous ferait presque * mourir de dégoût » ? Pourtant la Muse funambulesque a résolu ce paradoxal problème; je crois qu'Aristophane et Heine l'ont un peu aidée, mais elle a bien profité de leurs conseils.
La manière la plus simple de railler les gens consiste à faire bien voir leurs ridicules : ainsi Molière se moquait de M. Jourdain, des petits marquis aux grands canons et des œuvres de Trissotin ; mais un autre procédé, plus malfaisant, consiste à représenter la victime dans quelque posture grotesque : le souvenir du personnage reste associé indissolublement à l'image bouffonne, l'homme est marqué. Ainsi procèdent les caricaturistes ; ainsi Aristophane suspend Socrate dans un panier et perche Euripide sur un échafaudage; de même Henri Heine change en barbet savant le vertueux poète Souabe. Toutefois, c'est un moyen pour le poète grec d'expliquer l'étrangeté de cette « métaphysique en l'air » et la surabondance des héros boiteux. Il y a encore de la satire littéraire dans les Nuées, dans les Acharniens et dans Atta Troll; mais faisons un pas de plus : que dans cette image bouffonne on ne puisse plus apercevoir une allusion aux défauts du personnage, qu'elle soit ridicule en soi : nous aurons la formule du comique funambulesque.
Voici par exemple Paulin Lymairac, un des plus agressifs chroniqueurs de la Revue des Deux Mondes. Il poursuit avec acharnement plusieurs amis de Banville : Roger de Beauvoir écrit « un français médiocre », V. de Laprade n'est « qu'un disciple prolixe, obscur et trop fidèle de Lamartine, de Vigny et de Quinet » ; la Modeste Mignon de Balzac
... dépasse en afféterie ridicule de langage et en patois inintelligible, les deux jeunes mariés, qui semblaient pourtant le modèle du genre. 1 ' juillet [844.]
Ailleurs (ior juin 1844), Arsène Houssaye est morigéné pour avoir fait « un roman de fantaisie » et « joué avec son sujet ». Lorsque ce magister cesse de distribuer les mauvais points, c'est
pour écrire des aphorismes dont le style eût rendu jaloux l'élève de Brard et Saint-Omer:
La vraie poésie est l'enthousiasme de la raison. "1 5 février [844.
La vraie poésie sait allier la sobriété à l'abondance en évitant d'une part la sécheresse et de l'autre la prodigalité. En un mot elle sait être riche. 1er juin 1844.
S'il est vrai, comme le prétend le Petit Traité de poésie française (chap. m), que la rime s'impose au vrai poète, on comprend mal que Banville ait résisté à l'envie de faire rimer, pour la plus grande gloire du critique, pédagogue avec rogue. Il s'en est bien gardé pourtant. Il s'est contenté d'associer le nom deLymairac à la parodie des romances à la mode, faisant ainsi d'une pierre deux coups, raillant « un genre faux et absurde » et caricaturant sa bête noire.
Ce qui rend la romance ridicule, c'est que « des êtres parfaitement classés comme mammifères, feignent qu'ils sont oiseaux, papillons, fleurs, ou qu'ils pourraient le devenir ». Métamorphosons de la sorte Paulin Lymairac : faisons une tleur de ce doux critique ; aussi bien sa grande cravate et son faux-col prudhommesque lui feront une corolle splendide! Mais que faire de Lymairac, « si Lymairac devenait tleur? » Cette supposition saugrenue, rappelée avec insistance au commencement et à la fin de chaque couplet, aura les conséquences les plus baroques : il ornera la boutonnière d'un député, ou bien la houlette d'Arsène Hcussaye, à moins qu'il n'aille fleurir le cabinet de travail du poète ou qu'un parfumeur n'en fasse de l'huile antique [II], 93 ]. J'en passe et de plus folles ; nous ignorons totalement, une fois la pièce lue, ce que Banville reproche au collaborateur de Buloz, et pourtant nous ne pourrons plus penser à lui sans rire. De même quand nous aurons vu le gros docteur Véron dans son bain de siège [111, 96] ou le « nez immoral » d'Hippolyte Lucas, si proéminent qu'il doit s'appuyer sur le pompier de service, [lll, 104.]
Peut-on aller plus loin encore et imaginer des vers qui fassent rire par eux-mêmes, indépendamment des images bouffonnes qu'ils peuvent éveiller dans l'imagination? Banville l'affirme, et même, s'il fallait en croire la préface de 1 85^9, il aurait publié les Odes funambulesques seulement pour montrer qu'on pouvait « imaginer
une nouvelle langue comique versifiée » qui chercherait « dans la rime elle-même ses principaux moyens comiques» [111, 4]. La formule est assez vague, et l'on eût souhaité des renseignements plus complets sur cette innovation ; nous savons seulement qu'elle est inspirée par les poètes du xvie siècle, les Plaideurs, le quatrième acte de Ruy Blas et « l'admirable premier acte de V Ecole des Journalistes ». On s'étonne un peu d'abord de voir en pareille compagnie le drame, très justement oublié, de Mme de Girardin ; mais sa médiocrité même le rend fort instructif: la verve est un peu grosse, on sent le procédé ; cela fait une mauvaise pièce et un document précieux.
Le premier acte se passe dans le salon de Pluchard, gérant de la Vérité ; Martel, le rédacteur en chef, explique à son ami Edgar de Norval ce que c'est qu'un « canard » :
On appelle canard un mensonge imprimé.
Ainsi ces deux Anglais, jetés sur le rivage Et mangés par un ours...
Edgar
C'est un canard
Martel
Sauvage.
Nous sommes bien tentés de répondre comme Edgar :
Ce calembour, mon cher, est de bien mauvais goût.
Mais ouvrons les Plaideurs: écoutons Léandre et son père:
— Et qui vous nourrira ?
— Le buvetier, je pense.
— Mais où dormirez-vous, mon père?
— A l'audience.
Jamais juge a-t-il reconnu si naïvement qu'il dormait à son tribunal ? Cet aveu dépouillé d'artifice, invraisemblable, inadmissible, est exigé par le rythme et la rime ; de même le calembour de tout à l'heure, énorme, inepte, vraie turlupinade, est si bien imposé par les lois du vers que les spectateurs diraient certainement le mot en même temps que l'acteur. C'est justement par là qu'il est risible : nous sommes contraints d'admettre l'absurde,
notre oreillle réclame précisément ce qui déconcerte le plus notre intelligence.
Autre effet comique : le rythme impose des formes régulières, symétriques, musicales, aux propos les plus familiers et les plus vulgaires. Au premier acte de YEcole des Journalistes, les rédacteurs sortent d'un joyeux festin ; l'un d'eux est abominablement gris, les autres sont fort animés ; les langues vont leur train, encore que certaines soient un peu embarrassées. Mettre en vers les propos interrompus de cette bande joyeuse ne manque pas de piquant; mais que dire de la scène suivante, où les rédacteurs qui tiennent encore debout corrigent des épreuves ornées de magnifiques « bourdons » ? Je ne sais pourquoi Banville n'a pas fait au second acte l'honneur de le citer ; on y retrouve un effet du même genre et plus amusant à mon avis : nous sommes chez Martel et le malheureux ne peut arriver à faire tranquillement son article du jour ; il est assailli par d'innombrables fâcheux qui viennent lui recommander qui sa pommade, qui ses fourneaux, qui ses vers, qui sa pâte pectorale ; l'acte se termine sur ce tableau d'une bouffonnerie achevée et rien n'est plus risible que ce charivari discipliné par les lois du mètre. Mais nous connaissons ce procédé qui consiste à mettre en vers, de force, pour ainsi dire, les choses qui s'y prêtent le moins : Racine n'a-t-il pas mis en vers l'exploit de l'huissier Lebon ?
Nous riions, tout à l'heure, de voir la rime exiger ce que le bon sens se refusait à admettre ; nous rions maintenant de voir traduire en vers ce qui paraît le plus étranger à toute poésie. Le comique, dans ce cas, sera de faire voir au lecteur qu'on lui donne des vers irréprochables et en même temps qu'il est absurde de mettre en vers ce qu'on lui raconte. Ecoutez ce vaurien de Zafari : il a beaucoup d'esprit sans doute, mais la majesté de l'alexandrin convient très mal à son débraillé ; écoutez Me L'Intimé plaidant pour le chien Citron ; voilà une cause qui ne porte guère au lyrisme ; eh bien ! don César et L'Intimé parleront en vers magnifiques, richement, somptueusement rimes ; les rimes difficiles, rares, étranges seront accumulées à plaisir et amenées par les moyens les plus baroques. On ajoute un hémistiche entier, dépourvu totalement de raison :
Vous voulez que j'émigre En cette Afrique où l'homme est la souris du tigre,
Ruy Blas, acte îv, se. 2.]
ou bien on termine le vers par un mot atone, un proclitique :
Tout ce que les mortels ont de plus redoutable Semble s'être assemblé contre nous par hasard : Je veux dire la brigue et l'éloquence. Car D'un côté... Les Plaideurs, acte m, se. 3.]
Tant mieux si l'on ne peut atteindre le but qu'au prix d'un barbarisme, ou d'une inversion baroque, ou d'une hyperbole démesurée :
Une duègne, affreuse compagnonne, Dont la barbe fleurit et dont le nez Irognonne.
Mon manteau le plus neuf qui sur mes chausses pend. Parbleu 1 Monsieur Salluste est un fier sacripan.
Du moins, pour les calmer, âmes à s'aigrir promptes, Si je les arrosais avec quelques à-comptes ?
O délices ! je mords à même un gallion.
La plaisanterie funambulesque ne consiste donc pas uniquement « dans le cliquetis de rimes inattendues et sonores, riches jusqu'au calembour » " ; la rime riche n'est en réalité qu'une conséquence : le principe c'est de faire accepter par le lecteur, au nom des exigences impérieuses de la métrique, ce qui répugne le plus à sa raison, des idées, des images, des tours de phrase absurdes, dont l'absurdité est soulignée, exagérée, outrée à plaisir. Absurde, cette conversation des bourgeois mêlée au charivari que font à l'orchestre « un violon méchant, une clarinette retardataire et un triangle égaré » [111, $4] ; absurde, cette conclusion de hNémésis, ce boniment de saltimbanque, prolongé, sans motif aucun, par le cri du garçon de café qui vient offrir des rafraîchissements :
Entrez, entrez, messieurs ! Entrez ! suivez le monde !
Hurrah ! la grosse caisse, en avant ! Patapoum !
Zizi boumboum ! Zizi boumboum ! Zizi boumboum !
Venez voir Colombine et le Génie, ou YHydre
En mal d enfant ! Orgeat ! de la bière ! du cidre ! [111, 73. j
Et, pour bien faire voir l'ineptie de la chose, le désaccord absolu
1. P. Stapfer, Rabelais, sa personne, son génie et son œuvre : l'Humour comique de Rabelais, chap. iv, p. 597.
entre la forme et le fond, Banville multipliera les facéties les plus
sauvages :
... L'Odéon, noir caveau, Dans ses vastes dodécaèdres Voit verdoyer la mousse. Aux fentes des pignons Pourrissent les lichens et les grands champignons Bien plus robustes que des cèdres. [111, 104.
... ses souliers, vainqueurs du pantalon, Laissant à chaque pas des morceaux de talon, Poussaient de grands éclats de rire 111, 98 ,
les périphrases majestueuses qui déguisent des locutions vulgaires :
Et pour te voir tordu par ce rire usité
Chez les hommes qu'afflige une gibbosité 111, 104 .
les rejets féroces, aggravés parfois d'une rime richissime :
Danser toujours, pareil à Madame Saqui ! Sachez-le donc, ô Lune, ô Muses, c'est ça qui
Me fait verdir comme de l'herbe ! 111, 124.
On lui a reproché quelquefois d'avoir fait rimer avec marionnettes, les filles qu'on marie honnêtes : est-ce vraiment le calembour en lui-même qui est risible ? Reportons-nous au passage : il s'agit du critique désolé d'être stérile :
Oui, la gloire est à moi, j'ai su m'en emparer ; Et, ne produisant rien, je puis me comparer
Aux tilles qu'on marie honnêtes.
Je reste magnifique autant que paresseux, Oui, mais ne pouvoir être à mon tour un de ceux
Qui montrent les marionnettes ! 111, 124.
Cette superbe rime ne nous fait rire que parce qu'elle nous force à accepter cette idée saugrenue de la virginité du critique ! Elle est comique parce qu'elle nous impose une énormité, en dépit de nousmêmes. Dans une strophe précédente, un calembour analogue produit exactement le même effet :
... il voyait d'un œil bleu Mourir en cendre un demi-stère.
Des spectres noirs, sortis du fond de l'encrier, Le talonnaient. C'est bien le cas de s'écrier
Ici: « Quel est donc ce mystère? » [111, 123..
La rime est millionnaire,. mais quelle gasconnade pour l'attraper! Le calembour de Trissotin est insipide parce qu'il prétend signifier quelque chose de très fin ; le calembour de Banville nous fait rire de bon cœur parce qu'il oblige au contraire notre oreille à se déclarer satisfaite quand il nous raconte les plus délirantes folies. La parodie, telle qu'il la comprend, arrive aux mêmes résultats par des moyens analogues. Il faut, dit le Commentaire, « traduire le comique... par des harmonies, par la virtualité des mots, par la magie toute-puissante de la rime » [m, 198]. La parodie doit donc respecter autant que possible les sonorités et les rythmes, en dénaturant les images et les mots. Parodiée de la sorte, en effet, une pièce lyrique est comme un poème à forme fixe, obéissant à des lois d'une rigueur exceptionnelle ; nous ne savons pas seulement quels mètres y doivent entrer, et dans quel ordre, et comment les rimes doivent se succéder ou se croiser : nous savons encore quelles syllabes devront terminer les vers et quel sera le mouvement général de la phrase. Ainsi les exigences de l'oreille sont plus impérieuses que jamais et plus que jamais il nous est impossible de nous révolter contre les extravagances que nous sommes forcés d'admettre. Le modèle du genre c'est V*** le baigneur: substituer à la belle indolente des Orientales ce « vieux faune » qui fut directeur de l'Opéra, conserver ensuite les mêmes images — seulement transposées — et modifier à peine les sons de Sara la baigneuse, tel sera l'extraordinaire tour de force accompli :
Sara, belle d'indolence, V..., tout plein d'insolence, Se balance Se balance,
Dans un hamac, au-dessus Aussi ventru qu'un tonneau,
Du bassin d'une fontaine Au-dessus d'un bain de siège, Toute pleine O Barège,
D'eau puisée à l'Ilissus. Plein jusqu'au bord de ton eau.
L'ustensile est un peu prosaïque et l'eau plus trouble, mais Vè largement ouvert des quatrième et cinquième vers a été soigneusement conservé.
On voit sur l'eau qui s'agite Sortir vite
Son beau pied et son beau col.
Mettons au premiers vers une rime plus riche, déplaçons un mot
et changeons une lettre au troisième: il n'en faut pas plus pour obtenir une énorme bouffonnerie :
On voit de l'eau qui l'évite
Sortir vite Son pied bot et son faux-col.
Banville a même tiré parti des défauts du poème, car il était loin de le trouver irréprochable. Dans une page — supprimée depuis — du Petit Traité de poésie française, il le critiquait en ces termes :
Pour faire sa Sara la baigneuse, Victor Hugo a sans façon retourné. écorché ce rythme1, mettant le poil en dedans et au dehors la peau sanglante.
C'est-à-dire que Victor Hugo a repris à Ronsard le rythme de ÏAubépin, mais en donnant aux petits vers des rimes féminines. Et voici la conséquence :
Il ne s'est pas aperçu que les deux petits vers de la strophe, ayant chacun sa rime au vers précédent, tombent lourdement sur la rime féminine, tandis qu'au contraire, avec une rime masculine, la chute du grand vers est sèche, manque d'ampleur et de sonorité 2.
Mais justement ce caractère anti-musical convient admirablement lorsqu'il s'agit de peindre ce vilain bonhomme !
Même procédé dans l'Odëon ; de nombreuses corrections empêchent, à la vérité, de voir l'intention première, mais elle apparaît nettement si l'on se reporte au texte du Pamphlet : « Bocage a passé là » ; dans le théâtre solitaire et broussailleux, un seul être vivant : ce n'est pas un gracieux éphèbe, c'est Hippolyte Lucas dont le nez prodigieux s'appuie non sur une aubépine, mais sur un pompier fantôme. Différence négligeable puisque le son des rimes n'est pas
changé !
Un pompier, dont le nez servait de point d'appui A ce nez immoral, sans doute comme lui Dans le sol avait pris racine 3.
i. Le rythme de VAubépin, de Ronsard.
2. L'Echo de la Sorbonne, 2e année, 4e trimestre, p. 6i 1. Ce passage devrait être rétabli, dans l'édition Charpentier, p. 165 à 167, à la place d'un autre développement, sur lequel on reviendra, qui commence par « En cette affaire comme en beaucoup d'autres... » et va jusqu'à : « ... les modèles excellents qui vous ont été légués. » 5. Cf. Orientales, xvui :
Il avait pour asile, il avait pour appui Une blanche aubépine, une fleur comme lui, Dans le grand ravage oubliée.
Que faut-il, pour guérir la tristesse de ce nouveau Nasica ?
Veut-il
Le chapeau de Thoré, cet homme si barbu
Qu'un barbier ne pourrait, à moins d'avoir trop bu, En quatre ans lui faire la barbe ?
Pour sourire, veux-tu le casque du pompier, Plus brillant qu'un bonbon plié dans du papier
Ou que cinq pièces d'une balle ?
Que veux-tu ? Rack, gants, feutre ou casque fait au tour ? Hélas, dieux ! dit Lucas, dit l'homme au nez d'autour,
Il me faudrait une autre balle-! «
On voit que les rimes de Hugo sont respectées scrupuleusement, au moins les rimes des petits vers, les plus importants selon Banville.
Pourquoi, plus tard, a-t-il corrigé? Est-ce uniquement pour supprimer deux expressions qui sentent quelque peu l'argot? J'en doute : la nouvelle rédaction
... le casque du pompier Qui consume ses nuits à voir estropier La tragédie ou l'atellane
me paraît bien plutôt inspirée par le désir de lancer au passage un coup de griffe aux acteurs de l'Odéon. On saisit ici comme une transformation du comique funambulesque : il ne consiste plus à nous faire accepter une bouffonnerie, mais à nous imposer une méchanceté. Dans le Petit Traité (p. 56-57), Banville reproche à Boileau d'avoir fait rimer Quinault avec défaut et l'abbé de Pure avec figure ; il aurait fallu écrire, prétend-il, Qiûfault et l'abbé de\ Gure. C'est une boutade qu'il ne faudrait pas prendre à la lettre il voulait dire évidemment que ces deux épigrammes de Boileai