Ibid., K, mai
qu'Athénè, Héra, Hermès personnifient des aspects du ciel, mais ce ne sont pas les divinités qu'il invoque le plus souvent. Apollon est toujours pour lui le dieu de l'harmonie, jamais le dieu solaire ; de même il a complètement laissé de côté le caractère solaire du mythe d'Héraclès : il n'a conservé que le lutteur et le justicier. Eros et Aphrodite enfin ne représentent ni le Désir ni la Fécondité universelle; ce sont bien, l'une et l'autre, les divinités de l'amour humain, la Femme et « l'exécrable folie » qu'elle inspire, l'amour qui dompte les héros, qui désarme Hercule et l'agenouillé aux pieds d'Omphale. Si Banville n'est pas insensible au charme de ces vieux mythes qui peuplent la nature d'êtres humains, il l'est bien moins encore à la beauté des légendes qui exaltent l'énergie de l'homme ou qui relèvent et ennoblissent sa misère en l'idéalisant : de là l'importance considérable que prennent, au détriment des autres Olympiens, Aphrodite et Héraclès, l'amour et l'héroïsme, puis, derrière ces deux coryphées divins, Thésée, Achille, les guerriers, Pasiphaé, Ariane, Hélène, les amoureuses. Dix des sonnets qui formèrent plus tard le petit recueil des Princesses figurent, en effet, dans la première édition des Exilés ' ; ils y sont parfaitement à leur place. Mais il ne suffit pas de rechercher dans la mythologie et l'histoire les épisodes qui permettront de glorifier la grandeur et la servitude humaines : célébrer les demi-dieux tueurs de monstres, les guerriers invincibles et chéris du ciel, les poètes, le meurtrier amour et ses victimes, c'était plus qu'une œuvre légitime : c'était un devoir ; mais il ne fallait pas détourner les yeux de la vie moderne. L'actualité tient une place considérable dans les Exiles ; le plus antique des poèmes est parfois inspiré par des préoccupations tout à fait contemporaines. Ne faut-il pas reprocher au siècle son inintelligence artistique, venger les Dieux qu'il outrage, montrer les Olympiens plus grands et plus splendides que jamais, lorsqu'on a le malheur de vivre au temps des gandins, du Pied de Mouton, des femmes peintes, des féeries qui sont des « boucheries » :
Siècle de la lithographie coloriée, du cuivre estampé, des bijoux de zinc, âge où la mémoire d'Orphée a pu être insultée trois cents jours de suite sur un tréteau de baladin ? 2
i. Pasiphaé, Omphale, Ariane, Mèdce, Antiope, Andromède, Hélène, la Reine de Saba, Cléopâtre, Hèrodiade.