‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 64 sur 141 · lbid · texte numérisé non relu

lbid

'Attfi o'iryj OpfXoV UÎOV l'f SjX~0 ~r\/ Il Àrjxii')jcpdff8€ oè ot r.i-'/.o'.o tpaeivoy n-ùyy.0. xàXu^ev

Chez Banville, au contraire, la déesse, bien que faible, montre encore une force digne des Immortels :

... Sa mère Aphrodite, au vent échevelée, L'emportait mourant, loin de la noire mêlée.

Lorsque Diomède l'a frappée, elle ne lâche pas son fils, comme dans l' Iliade ', mais elle pousse des cris pareils à ceux « d'un aiglon furieux » : voilà bien une comparaison homérique, mais il est douteux que l'Iliade l'emploie jamais à propos de la Mère des Amours. Banville a laissé de côté les paroles fort peu respectueuses de Diomède, la prière d'Aphrodite à Mars, le dialogue entre Aphrodite et sa mère. Du long couplet où Dioné rappelle tous les maux que des mortels ont fait subir aux Dieux, il n'est resté qu'une courte période de six vers :

Elle nommait tout bas les meurtriers des Dieux : Hercule, nourrisson de la guerre et, comme elle, Ivre d'horreur, blessant Héra sous la mamelle ; Ephialte, en dépit du Destin souverain, Mettant Ares lié dans un cachot d'airain, Et l'emprisonnant, seul avec la Nuit maudite.

Encore cette période est-elle au style indirect, comme si le poète avait voulu éviter de faire parler sa déesse et de lui donner une personnalité trop accusée. La Titane « au front démesuré », dont la tête « plonge dans la nue », semble une figure largement dessinée, puis effacée à demi, qu'on devine plus qu'on ne la voit, mystérieuse et redoutable. Elle n'a pas la lumineuse précision des figures homériques, c'est plutôt une divinité d'Hésiode, plus vague et plus grande.

Ainsi, les dieux et les héros antiques prennent dans ces poèmes une allure et un éclat vraiment surnaturels. Il est vrai que Penthésilée et Dioné sont postérieurs à la première édition des Exilés, mais on peut saisir les mêmes procédés dans une pièce publiée dès 1867, et visiblement inspirée de Ronsard. Les Vers d'Earymédon et de Callirée racontent comment l'Amour fut allaité par des bêtes féroces et devint féroce comme elles ; c'est un thème cher à la

Page 1