Jusqu'en
O ma mère, prions ! malgré toute barrière... Non ! le sang de Jésus n'a pas coulé pour rien !
et sa vie et son œuvre, rappelées à grands traits précis, illustrent quelque grave ou sereine idée. Et, comme il arrive à ceux qui savent voir de haut, les petitesses disparaissent, les misères trop humaines s'effacent; l'homme est idéalisé sans être flatté, le portrait reste à la fois sincère et charitable.
Il n'en fallait pas moins pour célébrer Baudelaire, par exemple. Il y a, dans l'œuvre et le caractère de ce merveilleux artiste, de quoi embarrasser les plus déterminés admirateurs : Banville sacrifie hardiment la vie de son personnage, ses misères, ses petitesses ; il dit uniquement le caractère douloureux des Fleurs dix Mal, où s'aperçoivent toutes les laideurs, toutes les hontes de l'humanité :
La femme abandonnée à son ivresse folle
Se parant de saphirs comme une vaine idole... '
La Pauvreté, l'Erreur, la Passion, le Vice,
L'Ennui silencieux... -
L'être vil, ne pouvant cesser d'être divin ;
Le malheureux noyant ses soucis dans le vin,
Mais sentant tout à coup que l'ivresse fatale
Ouvre dans sa cervelle une porte idéale... »
Le libertin voyant en son amer délire
Que l'ongle furieux d'un ange le déchire,
Et le force, avivant cette blessure en feu,
A traîner sa laideur sous l'œil même de Dieu >
La Matière, céleste encor même en sa chute,
Impuissante à créer l'oubli d'une minute.
Pâture du Désir, jouet du noir Remord...
O mon âme, voilà ce qu'on voit dans ce livre. II. i ; j .
Ainsi, pour Banville, Baudelaire symbolise le Compatissant, celui qui « pleure sur notre joie et sur notre folie », celui dont les yeux voient le mal mieux que les autres, et dont le cœur saigne plus cruellement à ce spectacle.
Quelle tâche ingrate encore que de rappeler, en 1860, les dernières années de Musset ! Une foule de gens avaient pu suivre, jour par jour, ce funeste naufrage d'un grand poète : « Ce calme Célio,