‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 72 sur 141 · Ch. Morice, la Littérature de tout à l'heure, p · texte numérisé non relu

Ch. Morice, la Littérature de tout à l'heure, p

cependant quelques infractions discrètes à l'usage moderne, mais dans l'ensemble elle est bien celle de tout le monde et de tous les jours, et l'on s'explique aisément qu'il en soit ainsi ; Banville qui n'a pas cessé de batailler contre la littérature de pacotille, contre les Scribe et les Glairville, qui traitent le plus cavalièrement du monde la langue française et la syntaxe, ne se devait-il pas à luimême d'observer dans ses propres ouvrages la plus rigoureuse correction ? Le respect de la règle, de la tradition, se concilierait difficilement avec le désir de la nouveauté. D'autre part, pour consoler les hommes, pour ennoblir leur misère, pour charmer leurs douleurs, il faut évidemment commencer par leur parler une langue qui leur soit familière.

Aussi n'a-t-il fait qu'un nombre infime d'emprunts à notre vieux langage : la Chanson de Roland lui a fourni l'expression un moutier de nonnains, et, sans doute, aussi le verbe navrer au sens de tuer :

Et puis elle eut sa place aux pieds des anges, Dans un moutier de nonnains... '

L'archevêque Turpin qui la mort sur la joue

Navre encore des païens, qu'on l'en blâme ou l'en loue 2.

Ce verbe se rencontre plusieurs fois dans les Exilés :

Pour qu'Eros, délivré de la mort qui le navre... [11, 24.] Pour guérir tous les maux dont leur cœur est navré [11, 105 ;

au contraire, moutier et nonnain ne se trouvent que dans un seul poème, inspiré du Roland. De même pastoure, qui ne parait guère avoir survécu au Moyen Age, n'est employé qu'une seule fois en parlant de Jeanne d'Arc :

Devant notre pays aveugle et châtié, Pastoure, tu frémis d'une sainte pitié. [11, 137.]

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