CHAPITRE IV
La seconde Manière funambulesque
1. — BALLADES JOYEUSES, HVHES DOSEES, OCCIDENTALES. — Dans quel ordre faut-il étudier les recueils postérieurs aux Exilés ? — Les Trente-tix Ballades joyeuses.
— Que le titre en est justifié, mais que l'humeur de Banville s'assombrit entre 1861 et 1869. — Qu'il imite Villon en apparence, mais Rabelais en réalité. — Causes de l'infériorité du livre.
Les T{imes dorées. — Etudes d« types populaires. — Caractère nouveau de l'inspiration de Banville. Hostilité contre la société. — Que sa poésie ne devient pas, à la fin de
l'empiie, plus amère, mais plus militante.
Les Occidentales. — Banville républicain. — Ses rapports antérieurs avec l'empire. — - Les réformes de 1868 et l'opposition libérale. — Les ultramontains. — Opinions de Banville sur l'Inquisition et le concile du Vatican. — La loi militaire du maréchal Niel ; que Banville était excusable en la combattant. — Les travaux d'Haussmann et l'opposition.
— Attaques de Banville ; spéculateurs et « cocottes » ; l'opérette ; le Petit crevé. — Jugement d'ensemble sur la polémique des Occidentales. — Que le ton n'est pas celui des premières Odes funambulesques et que les procédés sont très différents. — Pourquoi la supériorité des Occidentales n'apparaît pas clairement.
BIBLIOGRAPHIE.— i° Trcnlc-six Ballades joyeuses. — Parues seules chez Lemerre en 1873 in- 16. — Elles sont annoncées dans le Journal de la Librairie du 4 octobre, comme déposées le if! septembre. Dix d'entre elles avaient déjà paru dans le Parnasse contemporain en 1869: Regrets pour Fan 18)0, les Belles Chàlonnaises, la Bonne Doclrine, la Fidélité' de la Poésie, Pour sa Commère, En l'honneur des Pucelles, Aux Enfants perdus, Pour la servante du cabaret, Pour trois sœurs qui sont ses amies, En quittant le Havre-de-Grâce.
Elles furent rééditées : en 1874, avec le Sang delà Coupe (Lemerre, in-16); en 1878, dans le tome 11 des Poésies complètes Charpentier, in-12 ; en 1890, avec le Sang de la Coupe et le Baiser Lemerre, in-16).
Toutes ces éditions sont identiques, mais la première seule contient deux airs avec basse chiffrée, un air de menuet et un air de gavotte, écrits par J. Cressonnois pour chanter les Ballades.
20 Rimes dorées. — Parmi les pièces qui composent ce recueil, quinze parurent d*abord dans les Nouvelles Odes funambulesques (Lemerre, 1869, in-12 ; cf. infra). Une Fête che\ Gautier était intitulée
Feuilleton de théâtre, et les quatre sonnets : le Musicien, VEchafaud, la Blanchisseuse, le Pompier, étaient réunis sous le titre : Etudes et croquis.
Ces pièces parurent, pour la première fois, à part, et sous le titre de Rimes dorées, en 1875 (Lemerre, in-16), avec les Occidentales et les Rondels. Neuf poèmes, qui furent ajoutés alors, se retrouvent dans le tome 11 des Poésies complètes (Charpentier, 1878, in-12), absolument identique à l'édition Lemerre : Pas de feuilleton, A Gérard Piogey, A Alphonse Lemerre, A Jules Claye, A Gabriel Marc, la Danseuse, A Charles Desfosse\, le Bon Critique, l'Ame victorieuse du Désir.
3° Occidentales. — La plupart de ces poèmes parurent d'abord dans le Charivari, de janvier à octobre 1868. Ils furent réunis en volume, pour la première fois, en 1869, sous ce titre : « Théodore de Banville — Etudes lyriques — Nouvelles Odes funambulesques. Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, passage Choiseul, 47, mdccclxix », un vol. in-12. — Elles sont annoncées dans le Journal de la Librairie du 3 juillet 1869. — La dédicace à Pierre Véron, directeur du Charivari, est datée du 10 avril 1869.
Ce volume contient cinquante-trois pièces, soit dix-sept de plus que l'édition définitive. Une seule, Paris nouveau a été retranchée; une autre, la Satyresse, se retrouve à la fin du commentaire des Odes funambulesques; les quinze autres ont été détachées du recueil pour former celui des Rimes dorées. L'ordre et les titres des autres poèmes n'ont pas été modifiés. Cette première édition ne contient pas la Ballade du premier jour de Van.
Le texte ne paraît pas avoir été modifié ; toutefois le Thiers-Parti commençait dans le Charivari par ce vers :
Comme notre œil, après le soleil d'un beau jour...,
qui commence, dans les éditions, la seconde strophe.
La seconde édition, parue chez Lemerre en 187') (in-16, achevé d'imprimer du 20 août), contient encore la Satyresse, à sa place logique cette fois, en tête du recueil, après l'eau forte de Léopold Flameng qu'elle commente. Le titre est Occidentales.
La troisième édition parue chez Charpentier (1878, in-12) forme le tome ni des Poésies complètes, avec les Odes funambulesques et les Idylles prussiennes. Une note de Banville à la fin du volume est datée du 12 juin 1878. Le titre est Occidentales. La Satyresse est placée en « post-scriptum » au commentaire des Odes funambulesques.
Dans ces deux dernières éditions, la dédicace à Pierre Véron est précédée de huit vers, extraits du Charles VU, d'Alexandre Dumas, et qui ne se trouvent pas dans la première édition.
A considérer seulement la date de leur publication, les recueils qui suivirent les Exilés devraient être étudiés dans l'ordre suivant: Occidentales (1869), Idylles prussiennes (187 1), Trentesix Ballades joyeuses (1873), Rimes dorées ( 187^ ). Mais cet ordre empêcherait de comprendre comment la pensée du poète évolua dans les dernières années de l'empire. De ces quatre œuvres, la plus ancienne est le livre des Ballades, commencé en 1861, presque achevé en 1869; viennent ensuite les Rimes dorées, écrites entre 1864 et 1870; Occidentales et Idylles prussiennes, bien que publiées plus tôt, sont cependant plus récentes.
Les premières ballades sont contemporaines des Exilés : Banville rétabli, célèbre, reprend espoir après une crise de découragement et d'amertume. A l'ombre du laurier de la Turbie, dans les jardins de la Bordighera, la gaité lui est revenue et ce sont vraiment des vers joyeux qu'il écrit. Je ne saurais accorder à M. Cassagne que « cette gaité n'est qu'apparente » ' ; sans doute le recueil commence par une ballade de Regrets [il, 549] ; sans doute le poète constate qu'en 1862 « c'est bien fini de rire », car « tout est conquis par les fesse-Mathieu » ; il ne me semble pourtant pas que, dans l'ensemble, ces regrets soient bien douloureux. Certaines pages sont tristes et presque indignées, par exemple la Ballade pour les bonnes gens et la Ballade des sottises de Paris [M, 376 et 379], mais l'une et l'autre sont de 1869 : quand on lit dans l'ordre chronologique les poèmes de cette période, on s'aperçoit que Banville perd peu à peu sa bonne humeur ; son rire devient plus ironique, ses plaisanteries plus mordantes, ses satires plus agressives. Aussi ne faudrait-il pas juger les Ballades par les dernières pièces, composées à l'époque attristante et trouble où tous les esprits clairvoyants apercevaient les points noirs à l'horizon.
En 1862, au contraire, il est tout à sa joie retrouvée. Pourtant il imite Villon, un poète fort peu joyeux, et il l'imite, en apparence, de très près. D'après lui, quand on ressuscite un genre archaïque, il faut « accepter de ses devanciers toutes les traditions, même dans le choix des sujets » [il, 348 J : il écrira donc des ballades en l'honneur de la Vierge, en l'honneur des enfants perdus ou des belles luronnes vaillantes au déduit. Mais nulle part il ne retrouvera