‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 84 sur 141 · LES RIMES DORÉES 2ÇI · texte numérisé non relu

LES RIMES DORÉES 2ÇI

La ballade, il est vrai, se prête admirablement à la plaisanterie funambulesque : elle permet de faire carillonner aux oreilles de l'auditeur les plus folles sonnailles, et, comme ses lois sont très rigoureuses, les plus délirants paradoxes y prennent un air de nécessité logique fort amusant. Mais justement les Trente-six Ballades joyeuses évitent ce genre de bouffonneries. Que reste-t-il alors? une pauvre forme, factice et monotone. A force d'esprit et d'adresse, Banville, comme La Fontaine, a pu lui redonner un instant quelque apparence de vitalité, mais, à la longue, tous ses défauts reparaissent en dépit du poète : la Renaissance n'eut peut-être pas tort de dédaigner ces « épiceries ». Il me paraît regrettable que ces trente-six petites pièces aient été réunies en un seul volume : dispersées, séparées par des poèmes d'une autre nature, elles eussent moins montré la corde. Le lecteur eût oublié la faiblesse propre de cette forme vieillotte et il eût mieux goûté non seulement l'esprit, la malicieuse bonhomie du poète, mais la joie sereine et saine de sa philosophie, joie de l'artiste épris de la beauté des choses, à qui la nature donne une fête perpétuelle pour lui faire oublier les mauvaises plaisanteries de la mascarade humaine.

Toutefois, avec le temps, cette mauvaise farce finit par l'indigner: les dernières ballades sont sensiblement plus amères. L'intérêt des Rimes dorées est précisément de nous faire connaître l'état d'esprit du poète entre les Belles Châlonnaises et les Sottises de Paris [il, 3)i et 379J. C'est un recueil fort composite où parmi de véritables odes funambulesques, comme la Lyre dans les bois ou Une FMe chez Gautier [il, 244 et 249], on retrouve des poèmes qui figureraient à bon droit dans les iïxilés, par exemple le sonnet à Glatigny, ou le sonnet sur la mort de Marie Garcia [11,267 et 269]. A première lecture, les soixante pages de cette plaquette laissent l'impression du « déjà vu » ; il y a cependant autre chose, et qui mérite l'attention. Peu importe que Banville écrive une longue épître au directeur du National pour lui dire qu'il ne fera pas de feuilleton [il, 2^6], ou qu'il improvise pendant la soirée même le compte rendu de Pierrot posthume ' ; ce sont là d'amusants badinages, mais le poète se fût bien moqué de ceux qui eussent voulu chercher une idée là dedans ! Tout différents sont les quatre sonnets écrits en 1868 : le Musicien, l'Echafaud, la Blanchisseuse, lePom-

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