‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 85 sur 141 · Cf. J. Gautier, le Second rang du collier · texte numérisé non relu

Cf. J. Gautier, le Second rang du collier

pier ; dans ces quatre petites pièces est la véritable originalité des Rimes dorées.

Tous quatre montrent le pitoyable et douloureux mélange de misère et de grandeur, d'horreur et de beauté qu'offre partout l'humanité. La même aurore éclaire la naissance

De beaux petits enfants sur lesquels brille encor La majesté de Fange et le reflet du ciel ! [11, 274

et la « machine rouge » que vient contempler un ramas de bohèmes et d'escarpes... Quelle est cette belle fille dont les formes sculpturales frémissent dans un pauvre vêtement?

Parmi des Nymphes, clair et souriant essaim, Près du bel Eurotas, où glisse quelque voile, Déesse, elle eût jadis régné, nue et sans voile, Laissant le vent mêler ses cheveux à dessein.

Robuste, elle a des bras d'amazone, et son sein

Aigu, son jeune sein brillant comme une étoile,

Dessine un point saillant sur sa robe de toile

Qui moule de son corps le ferme et pur dessin. [11, 274.]

Ce n'est qu'une blanchisseuse, une fille du peuple vouée à ces durs métiers que la Grèce eût réservés aux esclaves. Et, tandis qu'elle va, d'un pas libre malgré son fardeau, un vieillard libertin

Lui murmure des mots ignobles à l'oreille...

Voici un vieux mendiant que chasse un laquais : il jouait du violon dans la cour,

Il improvisait, fier, défiant ses douleurs,

Beau de l'émotion qui ruisselait en pleurs

De son archet tremblant, comme l'eau d'une branche...

Disant les vains efforts, la soif du beau, l'amour,

Et toute la bataille effroyable de l'homme,

Il chantait. — Le portier l'a chassé de la cour. [1 1 , 27 j.

Dehors le mendiant ! Peut-être cet homme avait-il du génie ? Qu'importe ! Pourquoi ne s'est-il pas mêlé

... sur un tréteau Aux diseurs de paroles vaines ? U. 277]

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