Ibid., 28 juin
}. Contemplations, vf, xxvi.
surhumainement nul'. Que dire des caricaturistes? Le « Petit- Crevé » est un type classique comme le petit marquis de Molière : il fallait qu'il tînt beaucoup de place pour qu'on s'occupât si souvent de ce bipède à grands faux-cols. D'ailleurs le libéralisme trop récent et peu sincère du gouvernement ne permettait guère de causer tout haut de sujets plus graves ; il fallait bien se contenter du demi-monde, de ses clients et de la chronique scandaleuse: on en parlait trop parce qu'il était encore dangereux de parler d'autre chose. Au fond, c'était tout de même pour l'opposition un bon moyen de polémique : cette immoralité n'était-elle pas la conséquence nécessaire de quinze années d'empire? Ces histoires de coulisses et de boudoirs auxquelles la presse était encore réduite, ne formaientelles pas contre le régime détesté le plus accablant réquisitoire? Quel spectacle édifiant que de voir le gouvernement cher aux gazettes ultramontaines aboutir — comme disaient les Goncourt, peu suspects de républicanisme — «au triomphe insolent de la fille» ! Ainsi, dans les Occidentales, la satire morale est liée intimement à la satire politique : c'est encore attaquer l'empire que de s'en prendre à la « Cocotte » et à la « Biche ». La musique bouffe, ce « hideux bruit de casseroles » |ni, 261], les opérettes « sacrilèges » | C. F., xvn], représentées dans des théâtres que le directeur Bordenave appelait autrement, les légendes héroïques d'Orphée et d'Hélène servant de prétexte pour exhiber
De grands morceaux de femmes nus,
voilà jusqu'où la France en moins de vingt ans est tombée! Ce n'est pas tout : la jeunesse est souillée par le mal ; le fils de cette société qui fit la fortune d'Offenbach, c'est une falote et piteuse parodie d'humanité, sans cœur et sans cervelle, incapable d'un sentiment généreux, incapable d'une révolte :
Nommez à ce petit, — qui crève Avec un gant rouge à sa main Les grands espoirs qui sont le rêve Et l'âme du génie humain ;
LArt, cette auguste idolâtrie Pour notre paradis natal, L'Honneur, la Vertu, la Patrie.
La Beauté, ce lys idéal ;
i. Cf. Souvenirs d'un homme de lettres: Une évasion, Un membre du Jockey-Club.
Et, parmi ces choses divines,
La Liberté, dont tous les pas
Font tomber de vieilles ruines,
Il vous répondra : « Connais pas ! » [III, 281, 282.
Et cet être nul se rencontre à des milliers d'exemplaires ; la génération de demain en est faite, la France est devenue « la France des petits crevés! » [in, 262.]
Injustice ? Exagération ? Il se peut. Du moins il faudrait pardonner beaucoup au poète en faveur de son évidente sincérité. Non seulement il y a dans les Occidentales des strophes d'une indignation vraiment belle, mais on y sent surtout avec plaisir qu'en dépit d'une apparente contradiction, Banville y demeure fidèle aux principes défendus jadis dans le Pouvoir. Ce qu'il attaque dans l'empire, c'est un régime bourgeois, mesquin et borné; dévot, bien qu'absolument dénué de sentiment religieux, seulement parce que le dogmatisme catholique lui paraît capable de réprimer toutes les audaces de pensée ; intolérant par sottise et tracassier par poltronnerie; vulgaire dans ses plaisirs comme dans sa politique; incapable de goûter autre chose que la Belle Hélène et de comprendre une intervention généreuse en faveur d'un peuple opprimé. C'est toujours, au fond, le bourgeois de Louis-Philippe,
Plus sec que les sables d'Olonne,
d'un égoïsme à la fois odieux et grotesque [ni, 2ji]. Quand on songe qu'alors un grand nombre d'opposants — et non des moindres — dirigent leurs coups contre le seul Napoléon III, que, des Châtiments à la Lanterne, tous sont d'accord pour jeter l'anathème à « l'homme de Décembre » ou l'insulte à « Badinguet », cela fait honneur à Banville d'avoir élevé la polémique plus haut, d'avoir compris et dit que la vraie coupable c'était la sottise d'une caste sans culture et sans idéal.
Peut-être n'était-il pas seul à le penser : Zola paraît avoir voulu montrer, lui aussi, que la débâcle finale était due à la lente décomposition morale de tout un peuple ; mais en 1869 il songe à peine à composer ses Rougon-Macquard \ Au lendemain du 4 Septembre, Edmond de Goncourt écrit dans son Journal :
C'est agaçant tout de même d'entendre à tout propos: « C'est la