LE MOBILE
Ceux-là qui vaincront sont mes fils ! [111, 392.
Aussi bien le souvenir de la Grèce est-il sans cesse présent à l'esprit du poète : on le retrouve au début du Héros:
Ils le disaient, ces grands Hellènes Qui, morts, dans leurs apothéoses Respiraient encor les haleines Des myrtes et des lauriers roses :
Heureux qui, jeune, à son aurore, Embrassant la mort détestée, Tombe dans le combat sonore Pour sa patrie ensanglantée ! [111, 360.
Lorsque Falguière modèle la statue de la Résistance, la neige dont elle est faite rappelle au poète un vers de Prométhée:
Il choisit la neige, — subtile, Candide, étincelante, franche ; La chaste neige en fleur, qu'Eschyle Nomme la neige à l'aile blanche1.
Et ce jeune lieutenant de mobiles qui va seul, « une fleur aux dents », sous l'averse des balles, ne rappelle-t-il pas ces héros de l'Iliade qui s'avancent, confiants, tandis qu'un dieu fait dévier les traits ennemis qui les menaçaient?
Il marche au feu comme ii lui plaît,
Grâce à la Déesse impassible
Qui toujours le protège. Elle est
Sa dame, et le rend invincible. [111, 364.
Derrière ce héros, voici tout un Olympe moderne, radieuse apparition d'apothéose. D'abord Jeanne d'Arc dont mille circonstances ramenaient, imposaient le souvenir : elle est femme, elle est l'héroïne vierge et martyre ; créature presque surnaturelle, elle incarne tout ensemble le miracle et la patrie. Devant Orléans, comme jadis les Anglais, les Prussiens viennent de connaître la défaite : comment