‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 98 sur 141 · LE MOBILE · texte numérisé non relu

LE MOBILE

Ceux-là qui vaincront sont mes fils ! [111, 392.

Aussi bien le souvenir de la Grèce est-il sans cesse présent à l'esprit du poète : on le retrouve au début du Héros:

Ils le disaient, ces grands Hellènes Qui, morts, dans leurs apothéoses Respiraient encor les haleines Des myrtes et des lauriers roses :

Heureux qui, jeune, à son aurore, Embrassant la mort détestée, Tombe dans le combat sonore Pour sa patrie ensanglantée ! [111, 360.

Lorsque Falguière modèle la statue de la Résistance, la neige dont elle est faite rappelle au poète un vers de Prométhée:

Il choisit la neige, — subtile, Candide, étincelante, franche ; La chaste neige en fleur, qu'Eschyle Nomme la neige à l'aile blanche1.

Et ce jeune lieutenant de mobiles qui va seul, « une fleur aux dents », sous l'averse des balles, ne rappelle-t-il pas ces héros de l'Iliade qui s'avancent, confiants, tandis qu'un dieu fait dévier les traits ennemis qui les menaçaient?

Il marche au feu comme ii lui plaît,

Grâce à la Déesse impassible

Qui toujours le protège. Elle est

Sa dame, et le rend invincible. [111, 364.

Derrière ce héros, voici tout un Olympe moderne, radieuse apparition d'apothéose. D'abord Jeanne d'Arc dont mille circonstances ramenaient, imposaient le souvenir : elle est femme, elle est l'héroïne vierge et martyre ; créature presque surnaturelle, elle incarne tout ensemble le miracle et la patrie. Devant Orléans, comme jadis les Anglais, les Prussiens viennent de connaître la défaite : comment

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