‹ Théodore de Banville, 1823-1891Chapitre 99 sur 141 · Cf. Eschyle, Prométhée · texte numérisé non relu

Cf. Eschyle, Prométhée

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ne pas croire que la libératrice était présente au milieu de nos mobiles, comme Athénè dans les rangs des Achéens et les Dioscures parmi les combattants de Marathon ?

Ah ! sans doute, forte et sereine, Dans la nue, en armure d'or, Avec nous la bonne Lorraine Combattait cette fois encor ! [111, 391.]

Puis voici les « villes saintes », Toul, Strasbourg, Châteaudun, les villes martyres, les ruinées immortelles, a qui les flammes de l'incendie font une auréole [lll, 348 et 367] ; plus haut encore voici les deux déesses qui symbolisent la France : Tune gigantesque et terrible, guerrière au cri puissant, pareille à la géante que Rude fait planer sur les cohortes de la Révolution ; c'est la Marseillaise

Cri de la grande nation

Et guerrière au chant symbolique,

Elle est la Révolution,

Elle est la sainte République...

... Allemagne qui remuais,

Elle est le Verbe, elle est l'Idée,

Et vous resterez tous muets

Rien que pour l'avoir regardée ! [111, 342] ;

l'autre, jeune et fière, s'avance plus calme, « le front magnifique et vermeil » ; devant elle vont tomber les « monstres » : la misère, l'échafaud, l'esclavage ; c'est l'héroïne généreuse de 1793,

La République magnanime Qui, pour sauver de leur enfer Les peuples mourants qu'on opprime Trouve des canons et du fer.

Celle-là aussi est immortelle ; celle-là aussi chassera l'étranger ; puis, libre un jour,

Levant vers le ciel diaphane

Un clairon dans sa forte main,

Elle sonnera la diane

Pour éveiller le genre humain ! [111, 36^.!

France, Révolution, République, ces trois mots sont, pour

Banville, unis par des liens indissolubles ; c'est cette trinité qu'il célébrait en écrivant Nice française, c'est en son nom qu'il jetait l'anathème à la politique égoïste du Thiers-Parti, et c'est encore elle qu'avec plus d'enthousiasme il célèbre dans les Idylles prussiennes, elle qu'il voit debout, invincible même parmi les ruines, souriant avec dédain en face de l'envahisseur, car elle sait qu'il n'est pas permis aux mortels de prévaloir longtemps contre les dieux ! Mais quelle sera cette revanche? En quoi consistera cette victoire future qui rendra au lion vaincu son prestige et son courage? Les Idylles prussiennes ne le disent pas et Y Epilogue nous en donne la raison : au lendemain de la défaite, il faut garder le silence et se recueillir :

Et moi, j'étoufferai sans bruit

Le cri qui de mon cœur s'élance,

Car, étant plongés dans la nuit.

Il nous faut garder le silence. III, 4'-<>.

On peut néanmoins deviner ce qu'il désirait, ce qu'il espérait : un jour la France, guérie et relevée, « sonnerait la diane » et libérerait les peuples qu'un despote avait menés contre elle :

Donc travaille, ouvrière, abeille!

Pour le but providentiel Prends le suc de la fleur vermeille Et fais-en le festin du ciel !

Puis va-t-en dans la nuit suspecte Et comme une aurore apparais!

Va nettoyer l'étable infecte Et dessécher le noir marais !

Archer vainqueur, tue et foudroie, Sous ton clair regard vigilant.

Le vieux Vice mâchant sa proie Et le vieil Echafaud sanglant !

Et l'ignorance impie et triste, Qui croupit dans son noir sommeil, Car nul monstre impur ne résiste A la flèche d'or du soleil ! '

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