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tudes et comme une tenue chrétienne, sinon l'esprit chrétien lui-même. Un temps où il a été possible, comme le raconte le P. Gratry dans ses Souvenirs de jeunesse^ que le chef d'un établissement d'instruction publique dît à ses élèves : « Communiez à Pâques. Moi qui ne suis pas croyant, je le fais bien » ; un tel temps mérite quelques-unes des invectives de Jouffroy. Dans les cadres universitaires, Bautain le montre admirablement, la religion commandée ou conseillée d'une façon maladroite à tout le moins, et parfois intéressée et hypocrite, perdait sa dignité, son efficacité ; et plus on prétendait la relever dans les institutions, plus on l'abattait dans les âmes. Si Jouffroy n'avait que stigmatisé cela, son pamphlet serait bon. Il a montré comment les dogmes finiraient dans les esprits et dans les sociétés où, l'indiffé-
rence et le scepticisme grandissant, Tintérêt seul et la politique deviendraient les auxiliaires d'une religion dont le sens se serait perdu. Mais il a prétendu raconter un fait.
Il a dit que c'était le vice de toute la société de son temps. Il a dit que c'était l'irrémédiable sort du christianisme. 11 a confondu avec le dogme même une certaine façon défectueuse de l'entendre, de le déclarer, de le défendre. Il a vu un plan dans les mauvaises pratiques d'une habileté douteuse ou d'une maladresse notoire. Et il a cru et déclaré le christianisme usé, fini, «mort».
Pauvre Jouffroy à qui des misères ou des tracasseries ressenties par lui et autour de lui ont dérobé la vue de l'incessante vitalité du christianisme, du catholicisme ! 11 enregistre presque Tacte de décès de la religion . Q ue dirait-il si, à la fin de ce même
XIX* siècle, il la voyait présente à tout, mêlée à tout, partout agissante, et d'une tout autre manière que celle dont il était indigné et écœuré ? Que dirait-il en voyant la Papauté ressaisir cette suprématie que Leibniz regrettait au xvii* siècle qu'elle eût perdue*, et les plus hautes questions traitées par elle, et la démocratie par elle accueillie, bénie, guidée? Mais déjà au temps où il écrivait, bien des signes manifestaient la vitalité du catholicisme, et bientôt Montalembert allait parler et écrire, Lamennais
I commençait à dire que le moment était venu
de séparer la cause des rois et celle de rÉglise, et il risquait, au sujet de Favenîr du christianisme romain, ces grandes prévi-
I sions qu'il compromettait et qu'il gâtait
1^ 1. Cf. Ollé-Laprune, Ce qu'on va chercher à RomCy pp. 65-66
(Paris, Colin).
par sa chimère d'une liberté sans limites et d'un renouvellement total et foncier de rÉglise.
Aveugle sur le vrai caractère et sur la puissance invincible du christianisme, Jouffroy voit du moins avec netteté qu'il en faut finir avec l'esprit du xviu* siècle, et il le dit avec une admirable vigueur. La passion sectaire étroite, inintelligente, complice souvent de vulgaires et bas intérêts, n'a jamais peutêtre été peinte en traits plus sanglants.
Il faut que la génération de ceux qui ont ruiné l'ancienne foi passe. Son œuvre fut de détruire, jamais il ne lui sera donné de rétablir... Leur vie s'est usée à combattre l'ancien dogme; arrivés vieux à leur fin, leur vigueur défaillante s'est endormie dans le scepticisme, et leur esprit vide de croyances s'est laissé prendre à la morale des passions'...