CHAPITRE XXVII
exprimait l'inquiétude et une curiosité telle qu'il semblait saisir au passage chacune des paroles qui sortaient de sa bouche ; il fit signe à Hassan de s'éloigner avec l'israclite ; puis il continua : — J'ai fait débarquer plusieurs cargaisons d'artillerie et de munitions. Ces objets ont été fournis à crédit par des juifs d'Amsterdam, auxquels j'ai été obligé d'accorder le monopole des huiles de la Corse. Le drôle que tu viens de voir est le subrécargue de ces cargaisons; je dois lui taire compter ici cent mille ducats. As-tu les moyens de subvenir à ce paiement?
Frédéric haussa les épaules en signe de négation; et au même moment, on entendit au-dehors une discussion fort animée; on distinguait surtout les cris plaintifs de l'israélite.
Après quelques instans, Hassan se précipita dans la salle; son visage était pourpre, il parla long-temps à Théodore du ton de la fureur. Celui-ci fit un mouvement d'impatience en apprenant les nou-
velles que lui communiquait le musulman ; mais il ne parut pas consentir à ses demandes. Le Tunisien insista , et enfin le roi donna son consentement par un mouvement de tète. Hassan sortit d'un pas précipité , ses regards semblaient répandre la mort autour de lui.
— Cette affaire est mauvaise, dit Théodore à .son fils avec quelque embarras, et elle s'envenime de plus en plus. Ce juif^ à ce qu'il paraît, a soupçonné la vérité, et l'angoisse où le met l'idée de perdre son or, lui a donné le courage de faire des menaces. Je devais craindre que ses propo.^ au sujet de mon marché d'Amsterdam,, n'éclairassent mes gens dont la fidélité commence déjà à chanceler, et je me suis donc vu dans la nécessité de suivre le conseil de Hassan.
— Au nom de Dieu, mon père! quel conseil peut avoir donné ce misérable ? s'écria Frédéric en proie aux plus sinistres appréhensions.
— 11 faut , répondit Théodore en faisant