‹ Théodore, le roi d'étéChapitre 109 sur 120 · CHAPITRE XXVIir. ^Gs · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIir. ^Gs

— C'est un aliéné, dit en balbutiant Olympia, à qui l'excès même de son émotion donnait quelqnes forces.

— Olympia, reprit le jeune homme en s'approchant plus près d'elle, je n'ai point encore perdu la raison, mais je pourrais la perdre si tu étais assez perfide pour oublier tes sermens. Vois, tes vœux sont exaucés, rien n'égale ma misère; errant, fugitif, j'envie le sort du pâtre corse qui vit paisible sur les rochers. Le moment est arrivé de remplir ta parole; viens tenir tes promesses, je t'attends.

— Duchesse, dit Maillebois étonné, les paroles de ce jeune homme ne sont pas celles d'un insensé; et le trouble où je vous vois, doit me faire craindre qu'elles n'aient un sens trop réel.

• — Maintenant je le reconnais ce malheureux! s'écria Olympia dont la honte venait de se changer en colère ; c'est le prince d'Eté, dont j'ai si long-temps éprouvé les persécutions , et qui m'a forcée de fuir la Corse pour échapper à son fol amour!

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Frédéric regarda fixement la belle Olympia, et ne voyant sur son visage que l'expression d'une ironie amère et d'un profond mépris, il tomba sur le pavé sans proférer une parole; et la noble fiancée, passant près de lui, entra dans l'église d'un air triompliant.

Le brillant couple, suivi d'un cortège de seigneurs chamarrés de plaques et de rubans, s'achemina lentement vers l'autel. L'évéque, en habits pontificaux, les attendait pour les unir. Déjà les époux s'agenouillaient devant le prélat, déjà celui-ci levait la main pour les bénir, lorsqu'une voix perçante se fit entendre dans la foule, et ime vieille femme, couverte de haillons, se frayant un passage à travers les flots du peuple, se précipita au-devant d'Olympia.

— C'est elle ! s'écria l'affreuse vieille en pleurant et en riant tout à-la-fois; c'est elle ! c'est ma petite-fille ! et elle pressait les mains d'albâtre de la duchesse contre son cœur et contre sa bouche.

Les illustres conviés se regardèrent avee

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étonnemeiit, et des murmures proférés à demi-voix se firent entendre dans la foule.

— Tous les fous de Livourne se sont donc donné le mot pour venir troubler mon mariage 1 s'écria ^laillebois avec colère , et il se disposa à repousser l'importune créature.

Mais celle-ci s'attacha à Olympia avec fureur. — Est-ce parce que je n'ai pas mes habits de noces , que ta ne veux pas reconnaître ta grand'mère? s"écria-t-elle. Je viens d'un château où l'on a logé tous les gens sensés de Livourne, afin qu'ils ne gênent [)as les fous qui se promènent dans la ville, et j'ai toute ma tète; sinon, con'.ment aurais-je pu te reconnaître , ma chère petite-fille? toi que je n'ai pas vue depuis tant d'années!

— Sur mon honneur, duchesse, s'écria Maillebois, le cercle de vos amis de cœur et de vos proches parens, s'il ne devient pas plus brillant, s'étend du moins de moment en moment.

— Que Dieu me punisse si je connais

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ce monstre ! reprit Olympia en se tordant les mains.

— Tu ne me connais pas? Eh! bien, je te connais, moi, mon petit cœur, dit la vieille en roulant ses yeux hagards. Ecoutez bien tous, vous qui n'attendez que le moment de me chasser. Il y a vingt ans, ma fille ïhermutis venait de mourir eu couches dans un bois voisiji; je ]X)rtais sur mon dos son enfant âgé d'une semaine, €t j'allais demander mon pain de villa en villa comme une pauvre Bohémienne. Un jour, je me trouvai près du jardin de la fière comtesse de Brienne, et ce fut à ellemême que je m'adressai. La riche princesse, loin d'avoir pitié de ma misère, m'ordonna de m'éloigner, me menaçant de me faire fouetter si je repassais sur ses domaines.^ I^ grand Dieu , là-haut , a donné un aiguillon même au plus petit insecte: je jurai de me venger, et Wlaska tient ses sermens. La nourrice pronaenait dans le jardin l'enfant de la comtesse. Je la guettai, elle s'endormit; et moi, m'emparant aussi-

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