CHAPITRE II
dire. Je vois que vous êtes dans Terreur; permettez-moi de vous détromper , et de vous présenter, dans votre propre chère personne, l'unique et légitime héritier du baron de Neuhof et Pungelscheid et de la dame Judith de Kilmanock , tante du duc d'Ormond. Comme preuve de ce que je vous dis , recevez cette lettre de votre père, que j'ai promis à la comtesse de Trévoux, ma mère et votre tante, de vous remettre en mains propres.
Schmidtberg étonné prit la lettre, la décacheta, et lut ce qui suit :
V. Mon fils, le moment est venu où le voile qui enveloppait votre naissance se trouve levé. Banni de ma patrie par de malheureuses affaires d'honneur, je vous y ai laissé, parce que je desirais vous donner une éducation allemande. On vous a caché votre illustre nom, pour vous engager à vous en rendre digne par votre mérite personnel. On vous a laissé en proie aux besoins de la vie, afin que votre
âme, semblable au germe du cèdre royal, brisât par ses propres forces et lançât loin d'elle la glèbe qui la recouvrait, pour s'élever librement vers le ciel. Suivant les rapports que l'on m'a faits à votre sujet, mes intentions se trouvent remplies, et vous méritez de connaître votre père. Les soins que je dois au salut d'un peuple aussi généreux qu'infortuné me privent, pour le moment, du bonbeur de vous serrer dans mes bras; mais dans peu de mois, nous nous verrons pour ne plus nous quitter, s'il plaît à Dieu. Je vous ordoime d'achever vos études dans le courant de cette année, et de vous livrer, dans vos momens perdus, à tous lès exercices clievaleresques. Je désire particulièrement que vous suiviez des cours de droit public et de sciences militaires, et que vous preniez un maître d'italien. Une application soutenue à l'étude vous vaudra l'approbation de votre père, et vous ouvrira une carrière plus brillante peut-être que ne pouvait vous faire espérer votre