CHAPITRE XXIX
j^re apvès avoir vu tous ses plans renversés; c'est ici que languit maintenant son fils, dépouillé de toutes les illusions qui l'entouraient !
— Dieu soit loué! s'écria l'officier, il a recouvré sa mémoire.
— Après Dieu, monsieur le colonel, dit l'infirmier, c'est à cette pieuse novice du couvent de Sainte-Madelaine que ce malade doit sa guérison. Elle s'est jetée aux pieds de monseigneur l'évêque, afin d'obtenir de lui les dispenses nécessaires pour qu'il lui fiit permis de donner ses soins à ce jeune malade, et elle n'a pas eu de repos qu'elle n'en eût obtenu l'autorisation. Le jour comme la nuit, elle s'est vouée sans relâche à ce soin si pénible et si dangereux, et son zèle ne s'est pas démenti un instant.
Pendant que l'infirmier parlait ainsi, Frédéric fixait sur la religieuse des regards où se peignaient tout à-la fois l'anxiété et la joie. L'officier, chercliant à faire diversion à l'émotion qu'il éprouvait, saisit sa main
et lui (lemaiula, me reconnaissez-vous, don Fédérigo ?
— C'est vous , mon ami , don Giaft'eri, répliqua celui-ci attendri , et c'est toi Aima...! Je te revois donc, s'écria-t-il en se mettant sur son séant, et en attachant ses regards sur la religieuse qui cherchait en vain à cacher les larmes qiie lu* faisait verser la joie.
— Pauvre Frédéric! dit-elle eu sangloFtant et en pressant la main du jeune homme sur son cœur, dont les battement précipités soulevaient son voile.
— Tu n'a pas prononcé encore ton fatal vœu? dit Frédéric; ah! dis -le moi à^ grâce...
— Non, répondit-elle en balbutiant, pas encore...
— Je le sens! s'écria alors Frédéric en s'adressant à Giafferi, la joie que j'éprouve doit me donner la mort, ou me rendre la santé; je vous conjure donc d'employer la considération dont vous jouissez, pour qu'à l'heure même, un prêtre unisse, par
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les bénédictions de l'église,, ma main à celle de cet être angélique!
— Au nom du ciell s'écria Taimable fille, effrayée de voir s'accomplir d'une manière si inattendue son vœu le plus ar-d.ent et le pi ils secret.
— Ah! de grâce , joins tes prières aux miennes, Aima; consens à mon bonheur, à ma dernière joie peut-être...! dit Frédéric d'une voix faible.
— Frédéric, s'écria-t-elle en tombant à genoux devant son lit: je suis, à toi pou ir la vie et dans l'éternité 1
— C'en est trop pour mon cœur affaibli par tant de souffrances, dit Frédéric d'une voix presque éteinte; mais si je meui^^ dans ce moment, je meurs d'une mort digne d'envie!
Ses yeux se fermèrent et il retomba sans connaissance. Lorsqu'il rejDrit l'usage de ses sens, ses premiers regards rencontrèrent les personnes qui lui étaient si chères et qui se trouvaient auprès de sou lit avec un prêtre. Le médecin de l'hospice
tenait sa main, et félicitait ses amis de l'heureuse crise qu'il venait d'éprouver.
— Unissez-nous ! s'écria Frédéric. C'est à cette place où j'ai tant souffert, où cet être angélique m'a prodigué tant de soins, que je veux voir ma main unie à la sienne!
Le prêtre remplit ses fonctions, et Giafferi conduisit le jeune couple h son ancien logement dans la maison de l'honnête Bondelli, que les malheurs de sa patrie avaient privé de son ancienne gaîté. Lorsqu'il aperçut Frédéric, il ne put s'empêcher de verser quelques larmes , et le traitant d'altesse, il lui exprima toute la douleur qu'il ressentait de le revoir en cet état.
— Paix , paix , mon vieil ami ! lui répliqua Frédéric, ce titre ne convient point à ma fortune actuelle; je l'ai laissé en Corse. Si tu restes l'ami de Frédéric de Neuhof, c'est le seul titre qu'il te priera de lui donner.
-T— Dieu ne l'a pas voulu! reprit Bon-